Dans les années 60, les musiciens suédois trainaient dans les folkparks, avec leurs guitares acoustiques, leurs mélodies mièvres et leur air niais, ou se contentaient de reprendre à leur sauce les grands standards du Rock de la décennie en cours. Rigolo et exotique, le paysage musical local n’avait vraiment pas de quoi impressionner ses voisins Européens, encore moins les maîtres américains.

Puis dans les seventies, les nordiques nous ont bombardés avec leur ABBA chéri. Kitsch, rigolo encore, mais sacré hold-up des charts internationaux. Un semblant de crédibilité commençait à naître, mais tout ça ressemblait fortement à une exception qui ne confirmait pas vraiment la règle. Et puis dans les 80’s, surgirent les EUROPE. Là encore, le barnum avait de quoi faire plisser les lèvres de gimmicks de synthé et de permanentes savamment travaillées.

Mais le temps a passé, comme toujours, et les nineties sont arrivés. Et là, la déferlante Néo Death/Néo Thrash a commencé à faire plier le roseau, sans le casser. Les instrumentistes internationaux se sont alors dit que finalement, ce petit pays bien poli avait sans doute des choses à dire musicalement parlant, et la condescendance à fait place à un intérêt poli.

Mais.

Mais quelques années plus tard, plus personne ne se marre. Car les Suédois sont devenus les maîtres, dans tous les domaines. A force d’ignorer qu’ils partaient avec un handicap, et de croire qu’ils pouvaient faire aussi bien que les autres, ils ont fini par y arriver. Par devenir des références dans tous les domaines, à damer le pion aux influences qu’ils respectaient religieusement jusqu’à présent. Jugez du peu, ils sont partout. Shoegaze, Post Rock, BM, Hard-Rock vintage, Pop, Dream Pop, Doom, Blues nostalgique et Rock pratique, ils dominent de la tête et des épaules tous les secteurs, sans vraiment y attacher une quelconque importance.

Et entre temps, un monstre a vu le jour du côté d’un peu partout dans le pays, un monstre assemblé et peaufiné par des chirurgiens de l’impossible mélodie, qui ont finalement choisi de nous faire faire un bond dans le temps, histoire de rattraper leur retard. Un retard comblé à postériori, ce qui n’est pas le moindre des exploits.

Car le miracle THE NIGHT FLIGHT ORCHESTRA, c’est justement de nous faire croire qu’il y a trente ou quarante ans, les Suédois auraient pu dominer les charts du monde entier avec un mélange de Soft Rock, de Pop, d’harmonies discoïdes, et de chansons chatouillant la voute plantaire et vous obligeant à courir sur la piste pour vous démanger les guiboles. Oui, un miracle, car tels des Moïses séparant la mer rouge, les membres du sextette ont fait comme si de rien n’était, comme si leur propre histoire avait été différente, et tout le monde est tombé dans le panneau, et a couché au motel de la joie. En route pour ? La joie justement. Une joie exubérante qui transforme de simples chansons en incantations magiques, détournant les meubles de votre salon Ikea en dancefloor de club californien ou New-yorkais de 77/81, sans Blondie, mais avec TOTO et d’autres valeurs en ligne de mire. La classe, le savoir-faire. Et cette classe, ce savoir-faire se transforment aujourd’hui en livre d’or du crossover entre musique spatiale et velléités Rock pour un concept album qui va faire tomber encore quelques barrières et convertir de nouveaux réfractaires.

Entendons-nous bien, je ne reviendrai pas sur la bio de ces oiseaux de nuits. On sait depuis le début qu’ils viennent d’horizons divers et extrêmes, de SOILWORK, d’ARCH ENEMY, de MEAN STREAK, alors inutile de gloser une fois de plus sur l’extrapolation de genres auquel ils se livrent. Les mecs sont libres, s’amusent, et nous enchantent par extension avec une nouvelle histoire qui nous ramène à l’instar du fabuleux trip Stranger Things à l’orée d’une décade rongée jusqu’à l’os par les excès. Ils le disent eux-mêmes, et je ne me porterai sans doute pas en faux contre leurs affirmations.

« La plupart des autres groupes de Rock classique font le même effet que la beuh ou le LSD. Nous, nous sonnons comme de la cocaïne ».

La cocaïne a peu ou prou les mêmes effets sur l’organisme que cet Amber Galactic qui effectivement, brille en paillettes et tâche les narines d’une fine pellicule blanche qu’on essuie d’un revers de manche pour ne pas paraître trop addict. C’est un rush to the head immédiat, qui comme le crack, son ennemi juré mais complément/extension, vous rend accro dès la première prise. Il est la suite logique de Skyline Whispers, et pour beaucoup, pâtit de sa gigantesque ombre alors même qu’il s’en est extrait pour se montrer en pleine lumière de l’espace.

Du coin de l’œil, en studio, les musiciens ont entrevu la vérité sous la forme d’une alternative irréelle, et se sont projeté dans un univers haut en couleurs et en sensations lysergiques, un univers dominé et commandé par des femmes à responsabilités, et aux colliers de perles qui brillent sous les néons de spaceships verts et rouges fluo. Ces femmes qui dirigent le monde d’en haut, ont fait entrevoir aux THE NIGHT FLIGHT ORCHESTRA leur passé à venir, et leur avenir déjà passé. Elles leur ont dit que finalement, ils incarneraient peut-être les TOTO de l’an 2130 (« Sad State Of Affair », mélange de classe entre David Paich et Tom Schultz), ou une nouvelle définition hybride de la Pop synthétique des ELECTRIC LIGHT ORCHESTRA, jouant des arrangements de luxe avec les BALANCE et autres TORONTO (« Jennie », sublime démonstration de force harmonique, qui aurait sans aucun doute possible fait éclater les classements de disques à une époque où le contenu était plus important que le contenant). Cordes jouées au synthé, guitare qui se permet de chatouiller les mélodies de Jeff Lynne, et rythmique qui colle au palais comme un chewing-gum à la fraise, nonchalamment mâché par une sublime créature à revers de col. Et déjà, après à peine quelques années lumières de voyage, l’ambiance est plantée, et l’addiction concrète et irrémédiable.

Certains, à l’esprit un peu chagrin, diront que le gros tort d’Amber Galactic est de passer après l’énorme choc sismique de Skyline Whispers, et d’en incarner non un démarcage, mais une simple extension. Ils ne se trompent pas vraiment, mais cette même extension emmène les débats si loin sur le terrain du génie que personne ne songera à s’en plaindre. Et si le second album de la bande incarnait à la perfection une transition entre la fin des 70’s et l’orée des 80’s, ce troisième né se plante des deux souliers dans cette période si caractéristique d’excès, capable de groover Funk et de smoother Pop, à l’image d’un Rod Temperton signant des hymnes noir et blanc à Michael Jackson, tout en gardant la science transgenre de Nile Rodgers en tête (« Domino », comment douter encore du talent de mecs capables de faire claquer une rythmique Thrash et aussitôt après, de chalouper une ligne de basse aussi Funky que celle d’un Mike Porcaro sur n’importe quel titre de IV ?).

D’ailleurs, en parlant de la bande des frangins Porcaro, les Suédois se débrouillent aussi très bien avec les prénoms féminins, même s’ils ne se terminent pas en A comme ABBA ou « Rosanna » (« Josephine », ils le font exprès, sinon, comment comprendre qu’ils soient capables de signer des copycats des meilleurs titres de TOTO les uns après les autres, sans même faire appel à Joseph Williams ou Bobby Kimball ?).

Enregistré aux Handsome Hard Studio de Lund, et premier LP publié pour l’écurie mondiale Nuclear Blast, Amber Galactic a négocié le cap intersidéral du troisième album avec une telle facilité qu’on se demande si un obstacle pourra un jour ralentir la course de ce side-project décidément pas comme les autres. Et quand le sextette s’amuse autour d’un thème brodé de Rock, de Pop, et aussi marqué du sceau bondissant des JAM que des harmonies subtiles et sucrées de Georgio Moroder occupé à OSTiser un nouveau délire Electric Dreams (« Space Whisperer »), on pense immédiatement et inconsciemment à une association de spationautes échappés des planètes de RAH BAND et de SPACE ELEVATOR. Synthés ludiques et rythmique typique, chant qui surfe sur les étoiles, et contretemps qui vous font bondir de comètes en anneaux de saturne, avant qu’un ballet de navettes n’ose la grandiloquence d’un drame hors atmosphère sur le sentimental trip « Something Mysterious ». Voix rauque et beat plombé, archétype d’AOR outer space retranscrit dans un langage humain, pour un hommage conjoint à Joe-Lynn Turner et le SURVIVOR de « Burning Heart », c’est une autre perle qui s’échappe du collier brisé d’une des hôtesse du vol, tombée sous le charme de ces hommes qui ne parlent pas de promesses stériles, mais qui offrent le monde sur un plateau en suspension.

   

Et puis avant ça…

« Gemini » ? Oui, dansant comme du Michael Sembello exilé sur la BO de Footloose. Mais ne cherchez pas à faire du track-by-track comme vous analyseriez un plan de vol pour éviter les pluies d’astéroïdes. Le but du jeu étant justement de vous perdre dans un univers autre que le vôtre, ou la rationalité n’est pas de mise, et dans lequel des musiciens typés 2017 peuvent vous faire croire qu’ils naviguent à vue dans des clubs des années 80, avec chemise ouverte et pantalon de flanelle tombant sur des mocassins blancs vernis.

La classe non ?

Comme cet album. Le meilleur ? Je n’en sais pas plus que vous là non plus. Peut-être. Mais difficile de faire un classement de valeur pour un groupe qui justement à trop de classe pour être disséqué avec raison. Seule la passion compte, et seul un constat tombe.

Les Suédois sont les maîtres des mondes. Du leur, de l’espace, et de la musique, qui refuse de se cantonner à une humeur, et qui peut se la jouer racoleur dans le vintage tout en sonnant plus authentique qu’un single de cire paru à l’époque. Mais quelle époque en fait ?

Une époque où les Suédois font toujours autant sourire le monde entier, mais pas pour les mêmes raisons qu’il y a quarante ans.


Titres de l'album:

  1. Midnight Flyer
  2. Star Of Rio
  3. Gemini
  4. Sad State Of Affairs
  5. Jennie
  6. Domino
  7. Josephine
  8. Space Whisperer
  9. Something Mysterious
  10. Saturn In Velvet

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par mortne2001 le 19/05/2017 à 16:24
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