Oyez, oyez fans de NEUROSIS, TENGIL, PIGS, JUNGBLUTH et autres PRIMITIVE MAN, il semblerait que l’Allemagne souhaite étancher votre soif de sonorités abrasives et de rythmiques percussives via le second effort des hambourgeois de KAVRILA, qui avec leur Blight prennent soin de votre dépression auditive. Certes, ils ne vont pas la guérir, mais plutôt l’entretenir, et avec un titre de la trempe de Fléau, qu’attendre d’autre ?

Rien, c’est un fait, mais loin d’être une plaie, ce second EP se situerait plutôt sur une lignée de médecine de l’âme qui les panse en en créant d’autres, ce qui a pour don de détourner la douleur, au moins pour quelques instants.

Vingt-quatre minutes plus exactement, puisque c’est la durée de cet EP, qui fait suite à l’impressionnante démo Rituals I, qui l’année dernière avait bien secoué l’underground, au point de se retrouver nommée « démo de l’année » par plusieurs webzines à la plume exigeante.

Mais au-delà des références placées en tête de gondole, la musique des allemands est bien plus complexe qu’une somme d’influences, et se veut plutôt assemblage homogène des tics les plus irritants de plusieurs styles différents.

Lesquels ? Mais on y arrive justement.

Si le groupe se définit sur sa page Facebook d’un énigmatique « Doom Punk », la réalité n’en est pas forcément éloignée. On trouve dans leur mixture des éléments patents de Sludge tortueux, de BM amalgamé, de Doom nauséeux, mais aussi de Hardcore traumatique, et même de Post dramatique, puisque chaque titre, de fil en aiguille, tisse sa toile pour nous y engluer de ses sucs agglutinés. La progression est assez cauchemardesque, bien que Blight ne commence pas sous les auspices les plus joyeux. La plupart des interventions se veulent concises, mais proposent suffisamment d’idées dans un court temps imparti pour nous faire penser que le tracklisting est doublé, et chacun des morceaux développe sa propre atmosphère, tout en gardant l’unité de ton sous le coude de riffs sombres et résignés.

Difficile dès lors de situer clairement le groupe sur une trajectoire précise, mais c’est justement ce qui fait le charme de cette sortie, dont le seul fil rouge semble être cette oppression permanente, qui le confine à la suffocation la plus létale, dans la grande tradition du Hardcore allemand. Pourtant, parfois, des efforts sont faits pour nous permettre de reprendre notre souffle, à l’occasion d’un up tempo vraiment accrocheur et d’une guitare un peu plus rieuse, comme le démontre avec un certain cynisme mélodique « Demolish », qui pourrait presque passer pour un hit oublié des nineties.

Je parlais de cynisme à propos de ce morceau, mais par extension aussi, puisque le fait de le juxtaposer au malsain et presque BM « Golem » rend la transition assez perturbante, quoique parfaitement logique dans le contexte. La voix se fait alors plus vomissante, le rythme plus appuyé dans la lourdeur, et les dissonances prennent le pas d’une crudité symptomatique des adorateurs de Satan les plus acharnés. Mais le feeling Punk est toujours là et empêche les KAVRILA de tomber du côté sombre de la force, côté auquel ils appartiennent déjà de toute façon.

Ce côté sombre justement trouve son éclipse totale avec la suite « Apocalypse » qui accélère le tempo par intermittence, en comblant les trous par des itérations de stridences typiques d’un Indus dérangeant, mais surtout, via le final cathartique « Each (Part Two) » qui entérine une fois pour toute l’affiliation avec un Doom/Sludge vraiment poisseux, et dénaturant quelques harmonies de façon très sadique. Pourtant, la progression mélodique est frappante, mais aussitôt lacérée par des impulsions nerveuses obscurcies de riffs résignés, qui torturent les graves au point de les compresser autour d’un chant qui s’époumone dans le néant. Accélérations, breaks imprévisibles, modulations, tout y passe, et ces cinq dernières minutes achèvent de transformer ce deuxième essai en cauchemar intégral digne de vos nuits les plus blanches.   

 

Mais Blight ne se résume évidemment pas à sa seconde moitié, et « Each », la première partie se trouvant en ouverture le prouve d’une rythmique plurielle et chaotique qui vous bouscule dès les premières secondes. KAVRILA n’est pas un groupe qui prend en traître, et cette ouverture vous laisse entrevoir par les interstices de la peine toute la douleur à venir, douleur confirmée et appuyée par « Lungs » qui accentue encore plus le malaise d’une intro sous mixée limite effrayante.

Et alors que la batterie explose d’un beat échevelé, la variété frappe l’auditeur, qui comprend alors qu’il a affaire à un ensemble bien plus complexe qu’il n’y paraissait à la vision d’une pochette noir et blanc assez peu rassurante.

« Lungs » est d’ailleurs le premier morceau à laisser des traces de Doom sous la lumière blafarde d’une aube Hardcore, avant que « Abandon » n’enfonce encore plus le clou dans l’œil Sludgecore/Southerncore resté ouvert pour veiller.

« Gold » tente le coup du Dark Ambient sur sa moitié, avant lui aussi de tomber dans le panneau de la lourdeur à outrance, payant autant son tribut à NEUROSIS qu’à TENGIL, et c’est donc ainsi que la boucle de cette chronique se retrouve bouclée…

Vous avez dès lors deux options, la reprendre à son départ, ou écouter Blight, de KAVRILA. Je ne doute à aucun moment de la pertinence de votre choix, mais je précise quand même histoire de vous influencer, qu’en termes de Hardcore inventif et maladif, ces allemands-là tiennent le bon bout de la corde à nœud.


Titres de l'album:

  1. Each
  2. Lungs
  3. Abandon
  4. Gold
  5. Demolish
  6. Golem
  7. Apocalypse
  8. Each (Part Two)

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 19/08/2017 à 14:17
88 %    308

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Lee Aaron

Power, Soul, Rock N' Roll – Live in Germany

Aphrodite

Lust and War

Freternia

The Gathering

Urkraft

Our Treacherous Fathers

Monarque

Jusqu’à la Mort

Black Star Riders

Another State Of Grace

Sacral Night

Ancient Remains

Kryptos

Afterburner

Immortal Bird

Thrive On Neglect

Korn

The Nothing

Damim

A Fine Game Of Nil

Kobold

Masterpace

Warvictims

The Horse and Sparrow Theory

Dead Heat

Certain Death

Void King

Barren Dominion

The New Death Cult

The New Death Cult

Axxios

Beneath the Blood Red Sky

Reality Suite

Awaken

Beastmaker

Eye of the Storm

Slaughtbbath

Alchemical Warfare

Death Feast Open Air 2019

Mold_Putrefaction / 19/09/2019
Brutal Death Grind

Dopethrone + Wormsand

RBD / 12/09/2019
Doom

DISOWNING, Interview avec Butcher (chant)

youpimatin / 10/09/2019
Death Metal

Concerts à 7 jours

+ Electric Shock + Praying Mantis

21/09 : Jas'rod, Pennes Mirabeau (13)

Belenos + Griffon + Nydvind

21/09 : Salem, Le Haillan (33)

Darkenhöld + Bovary + Eternal Hunt

21/09 : Secret Place, St Jean De Védas (34)

Kadinja + Tranzat + Juggernautt

21/09 : Espace Le Goffic, Rennes (35)

Krassier + Frekkr + Conquerors

21/09 : Dropkick Bar, Reims (51)

Evil Invaders + Warkunt + Disgorged Foetus

21/09 : Maison Du Temps Libre, Rolampont (52)

Deficiency + Fractal Universe + Destinity

21/09 : ThÉÂtre De La MÉdiathÈque, Freyming (57)

Warfaith + Mortuary + Dust In Mind

21/09 : Salle Désiré Granet, Anould (88)

Flush!! + Xbreak Outx

26/09 : L'ambuscade, Lyon (69)

Elyose + Ancient Bards

26/09 : Le Gibus, Paris (75)

Mars Red Sky + Lysistrata + It It Anita

27/09 : La Nef, Angoulême (16)

Pictured + Evilness + Gengis

27/09 : Le Spot, Spézet (29)

A Very Sad Story + Cleaver

27/09 : Le Dropkick, Reims (51)

Vola + Arch Echo + Rendezvous Point

27/09 : Hard Rock Café, Lyon (69)

Misþyrming + Vortex Of End + Darvaza

27/09 : Le Gibus, Paris (75)

Bliss Of Flesh + MÖhrkvlth + Vosegus

28/09 : Espace Leo Ferre, Brest (29)

Alea Jacta Est + Stinky + Wank For Peace

28/09 : Le Rex, Toulouse (31)

Blood Ages + Pray Manticore + From Dusk To Dawn

28/09 : Ecole Des Filles, L'isle-bouzon (32)

Pictured + Evilness + Gengis

28/09 : La Fontaine De Brocéliande, Saint-péran (35)

Fange + Grist + Verdun

28/09 : Molodoï, Strasbourg (67)

Malkavian + Warband + Shut The Fuck Up

28/09 : Rock'n'eat, Lyon (69)

Temple Of Baal + Archgoat + Au Champ Des Morts

28/09 : Le Petit Bain, Paris (75)

Furies + Nemost + No Return

28/09 : Salle Claude Pouillet, Evry-gregy-sur-yerres (77)

Monarch! + Vouna

28/09 : L'hélice, Toulon (83)

Photo Stream

Derniers coms

@humungus : j'ai dû mal m'expliquer. Le type a été balancé du public par dessus la barrière et est retombé bien lourdement derrière quoi. Pas sur ses guiboles... et les gars de la secu l'ont relevé ensuite. ;)


Artwork horrible. En espérant qu'il sera un peu plus solide que le dernier.


1) Inutile de dire que ce report et une fois de plus hyper complet.
Cela devient vraiment lassant d'écrire ça à chaque fois mec...
2) "Pour manger, c’est soit des frites, soit une part de pizza"
QUOÛÛÛAH ?!?!
Pas de stands vegano-pakistanais sur ce genre de fest ? Imp(...)


1) JTDP + 1.
2) "Un spectateur un peu plus chaud que les autres passe par-dessus la barrière suite à un slam qui tourne mal et s'écrase juste devant la scène ! la volée qu'il a pris le mec !"
Donc si j'ai bien suivi, un spectateur passe par dessus les barrières (involontairement qu(...)


Bah vu qu'Exodus est plus en moins en stand-by tant que Holt n'en a pas fini avec Slayer, Altus a bien raison de réactiver Heathen. Perso c'est une excellente nouvelle, qui sera encore meilleure si je parviens à voir le groupe live.


Des piges Heathen, le mec est dans Exodus aujourd'hui je savais pas que ça tourné encore.


Et bien, une chronique de Freternia, si je m'attendais à ça! J'avais en effet totalement perdu de vu ce groupe, disparu des radars et visblement peu regretté. A l'époque (et cela ne nous rajeunit pas), j'avais été emballé par le côté épique du 1er album, mais j'avais trouvé le second part(...)


Bravo pour ce report exhaustif. Sur ce genre de festival je suis certain que je me calerais plutôt sur les têtes d'affiche, si j'y allais. Elles sont plus de ma génération (je confirme en passant que Decapitated a été un groupe majeur alors) et je trouve que les vieilles écoles étaient plus (...)


Cela a été corrigé, ce sera bien le 2 mai à Toulouse, un samedi.


"Pendant ce temps là le batteur de KORPSE fait un slam, et une nana vomit à côté de moi, parfait" xD !

Sinon excellent report Mold, comme d'habitude. Tu m'impressionne à tout voir / tout retenir comme ça ! Le gros kiff sur Waking tu m'as tué ;)


Excellent album ! Plus dynamique que le précédent tout en gardant cette lourdeur et cette hargne si caractéristiques du groupe !


merci beaucoup pour ce report, concis et précis...et merci de faire suivre l'actualité du brutol jusqu'à Roazhon...
Et enfin cimer pour Smat's...
ROM1 - KDS CREW


Hihi, je savais que c'était fait pour toi... :-D


Cette affiche... J'en rêvais... ... ...


@kairos +1 !


Cool report, comme d'hab' ! Et toujours intéressant de retracer l'historique musical d'une ville ;-)


Si Scott Wino ne peut plus se défoncer en paix, ou va le monde !


DEMONIAC, c'était génial. Surtout le second et troisième album. La suite avec DRAGONFORCE m'avait un peu dépité...


Bah c'est fou car je pensais justement à la future tournée européenne de THE OBSESSED très tôt ce matin et me demandais donc où en était ce brave Wino avec ces anciens soucis scandinaves.
Bah me voilà (malheureusement !) renseigné sur le sujet…
Salauds de norvégiens ! Depuis (...)


Bah ce qui est le plus dingue avec cette immondice qu'est DRAGONFORCE, c'est que ce groupe est né des cendres de DEMONIAC... Jamais compris ça quand on voit la merveille qu'était "Prepare for war".
Comme quoi, il faut de tout pour faire un monde...