Closet Witch

Closet Witch

12/06/2018

Halo Of Flies

Alors autant dire que celui-là mes gorets, je l’attendais avec impatience. Pensez donc, trois ans que je me fadais des démos, des EP, et même des splits d’une minute sur disquette. Je rongeais mon frein en me disant qu’ils allaient bien finir par craquer et bosser un peu plus que huit heures par mois, et ma patience a finalement eu raison de leur déraison. Les CLOSET WITCH, l’une des bandes d’allumés des plus consanguins du fin fond de l’Iowa a enfin décidé de sortir un longue-durée, ce qui a le don de me plonger dans les affres d’une liesse que rien ne saurait atténuer. Il faut dire qu’après avoir dégusté Ergot, leur premier EP de cinq minutes qui nous caviardait une reprise de BLACK FLAG, qu’après avoir savouré Black Salt, leur EP de quinze minutes qui nous farcissait avec une cover du « Territorial Pissing » de NIRVANA, et encaissé leur partage de faces avec les NATIONAL HERO, d’à peine soixante seconde et dispo sur floppy, j’avais l’esprit revanchard eut égard à la frustration dans laquelle ces tarés me plongeaient constamment. Mais comme l’histoire ne se répète pas toujours, et que parfois le destin ne vous joue pas de vilains tours, voici donc ce premier LP éponyme en guise d’épiphanie asphyxiante qui me pollue enfin les oreilles et les poumons, et autant jouer franc jeu. C’est une tuerie, qui en étude comparative relèguerait les travaux hypothétiques et conjoints des NAILS et de DILLINGER ESCAPE PLAN au simple rang de copie bâclée pour orchestre de bal neurasthénique. Vous pensez que la raison m’a quitté et que je joue quitte ou double à la table des bluffeurs invétérés ? Alors enfilez-vous Closet Witch, et on en reparle après.

Car j’ai les preuves des arguments que j’avance fièrement. En toute connaissance du sujet en triptyque Hardcore/Powerviolence/Grind, que je traite en profondeur depuis des années, j’affirme que ce quatuor de frappés (Royce, Mollie, Cory, Alex) progresse à vitesse grand V, et fait maintenant partie des combos les plus intenses de la frange en transe de l’extrême qui panse et qui pense. Suivant leurs propres traces, déjà profondément ancrées dans le sol aride du Grind depuis leur première démo, les CLOSET WITCH nous refont une fois encore le coup du coup de sang, en torchant treize compositions aussi intransigeantes que puissantes. Ne sachant se décider pour une formule bien établie, les quatre musiciens optent pour un excès généralisé, et abusent des riffs lacérés, des blasts martelés, des parties vocales époumonées et des cassures malmenées. En se plaçant dans l’ombre de références couvrant un spectre de brutalité très étendu, les originaires de l’Iowa signent un manifeste de haine viscérale, qui prend un malin plaisir à retranscrire le manque d’empathie de la société dans laquelle ils évoluent en musique et en bruit majeur. Mais concrètement me direz-vous très justement, qu’attendre d’un album dont je n’ai fait que survoler le contenu en me répandant en qualifications dithyrambiques ? De la violence, beaucoup, de la vitesse, surtout, de l’agressivité, partout, mais aussi, beaucoup d’intelligence de composition dans l’agencement des positions, qui du grand écart facial de riffs en rafale, aux entrechats d’embardées rythmiques en colique néphrétique nous entraine dans une sarabande endiablée d’une intensité au moins égale au Reign In Blood des SLAYER agréés.

Impossible toutefois d’en dire plus sans gâcher la surprise de l’usure. Car les CLOSET WITCH ont beau prêter pour un rendu et vomir goulu, ils n’en représentent pas moins à chaque fois un petit miracle d’inattendu. Chaque étape franchie par une nouvelle sortie les rapprochent des cadors de tous les genres, et à l’écoute de ce premier LP, on ne peut s’empêcher d’imager sa pensée, et de rapprocher les barrés d’une version psychopathe et torturée du séminal Jane Doe des CONVERGE, ou d’une option totalement déjantée et dangereusement vitriolée du Calculating Infinity des DILLINGER ESCAPE PLAN, le tout relu et décorrigé par un vocable Grind méchamment perverti. J’avais d’ailleurs en son temps qualifié Black Salt de Mathgrind, trouvant la catégorisation ludique mais pratique, et je n’ai pas changé mon point de vue avec les années. En laissant un batteur partir en vrille tout en maintenant fermement la barre et fermant les écoutilles, en autorisant un guitariste à masturber son manche de haut en bas sans lubrifiant, et en permettant à une vocaliste de brailler ses tripes comme une victime de John Kramer dégueule ses viscères sur le sol, ce combo à la liberté de véhémence digne des pires exactions des TRAP THEM et des NAILS exposant CULT LEADER, torche donc l’un des albums les plus denses, tendus et difficiles à encaisser depuis des lustres. Pour vous en rendre compte, vous avez plusieurs options. Vous jeter dans leur bain bouillant sans tremper les pieds en commençant la séance de gymkhana par l’introductif et lapidaire « Blood Orange », ou tester la température d’étuve en plaquant vos fragiles tympans sur l’impitoyable et traumatique « Rule By Bacon », qui de ses trois minutes toise le reste du répertoire. Mais les possibilités sont infinies, comme de passer sans transition du météorique « Spell of Giddiness » au cathartique « Lost and Unidentified », final dantesque qui laisse enfin une sombre et amère mélodie filtrer au travers de l’acrimonie, et qui achève cet album dans un coulis de bile qui vous obstrue l’espoir par tous les porcs.

De là, entre les blagues ultra-Grind de « Your Grace », qui n’honore certainement pas la reine mère, les méchancetés de cour d’école du powerviolent « Daylillies », les affaires de famille complexes et mathématriques de « Brother », et les allusions bordélico-géographiques de « Personal Machu Picchu », le choix est vaste, et le résultat est le même à chaque fois. On se demande comment une telle puissance est possible, et si ces musiciens sont vraiment humains. Car loin d’une simple thérapie de groupe en public qui n’a d’autre but que de flatter les plus bas instincts, Closet Witch est un disque d’une redoutable précision et d’une réelle inspiration, qui ne hume que celle de l’air du temps le plus violent pour retranscrire ses penchants. Et tout ça valait sincèrement la peine de patienter trois années pour pouvoir apprécier plus de quinze minutes de chaos agencé, ce qui en fait le LP du mois, voire de l’année. Les CLOSET WITCH n’ont donc toujours pas décidé de libérer cette pauvre sorcière du placard dans laquelle ils l’ont enfermée, et la pauvre malmenée commence vraiment à s’agacer de ne pouvoir s’exprimer qu’au travers d’une vieille porte condamnée. Beurk pour le cœur, mais miam pour l’âme.


Titres de l’album:

                        1.Blood Orange

                        2.Moonstomp

                        3.Eyelids Of Horus

                        4.Brother

                        5.It Doesn't Feel Free

                        6.Rule By Bacon

                        7.Spell Of Giddiness

                        8.Wind Whispers

                        9.Your Grace

                       10.Daylillies

                       11.Personal Machu Picchu

                       12.Great River Medical Center

                       13.Lost And Unidentified

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par mortne2001 le 11/06/2018 à 17:48
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