On connaissait la génération perdue, la génération sacrifiée, il va maintenant falloir se familiariser avec la génération méprisée. Il est certain que nos dirigeants n’ont cure de la jeunesse qui ne représente pour eux qu’un pouvoir d’achat à mettre à disposition des multinationales corporatistes, et un temps de cerveau disponible pour des programmes de plus en plus lénifiants. On considère les ados et jeunes adultes comme des consommateurs écervelés, tout juste bons à faire la queue pour acheter le dernier produit à la mode, à jouer aux video games pendant des heures en fumant du pot, ou comme de jeunes cadres dynamiques en devenir, bientôt à la botte du régime pour le faire avancer au pas de loi de la finance imposée. Mais il existe aussi des individualités notables qui refusent d’être considérées comme des moutons de panurge, et qui remuent et secouent l’underground pour en extraire la substantifique moelle, et ranimer les consciences avant qu’il ne soit trop tard. Ils ne souhaitent même pas prendre le pouvoir, non, juste le ramener à des dimensions humaines, ou le faire disparaître en rêvant d’une société sinon égalitaire, du moins plus équilibrée dans le partage des ressources et de la connaissance. Cette même jeunesse prend parfois les armes, malheureusement, mais dans le meilleur des cas, préfère s’armer de slogans ou saisir des instruments pour exprimer sa colère. Façon beaucoup plus saine de déstabiliser des régimes dont la fausse démocratie cache un totalitarisme de faits…De là, les options sont multiples, Folk contestataire, Rock énervé, ou aux extrêmes, Hardcore échevelé, Powerviolence déchaîné, et Grind pulvérisé, les possibilités sont multiples, et toujours choisies à bon escient, ou presque…

Et de l’Amérique du gros Trump émerge une nouvelle entité pas vraiment plus dupe que la moyenne, nous témoignant de sa Pennsylvanie natale de son ressentiment le plus total envers une époque qui sacrifie ses espoirs sur l’autel d’une soi-disant survie, que l’on impose à grand renfort de discours choc et de formules à l’emporte-pièce…Mais plus concrètement, les HIGH WATER nous en viennent donc de York, et nous proposent en ce mois d’octobre leur première véritable sortie, après une poignée de titres lâchés sur leur Bandcamp. Generation Despised nous raconte donc le marasme dans lequel évolue une certaine frange de la population nationale, perdue entre racisme ordinaire et machisme lapidaire, et concrétise une vision assez pessimiste de l’avenir en un crossover entre plusieurs styles, tous aussi peu complaisants les uns que les autres. Difficile de les situer avec précision, tant leur musique est à multiples facettes, passant sans vergogne d’un Hardcore vraiment poisseux à un Powerviolence nauséeux, sans se départir d’un son massif qui nous écrase le cœur dans un étau de lucidité crasse. Ici, c’est la vilénie qui prime, et qui explose de morceaux ayant fait le choix de la concision, mais aussi de la variation. Les ambiances sont lourdes, le ton massif, mais la puissance qui se dégage de cette première sortie moyenne durée est presque palpable, et fait appel à des sens primaux qui sont capables d’interpréter la brutalité pour en extirper un message constructif.

Alors, beaucoup de feedback, pas mal d’exhortations vocales, des riffs pas toujours très francs et parfois salement dissonants, pour un ballet rythmique mouvant qui après nous avoir entraîné dans des sables friables, traîne notre carcasse sur un bitume maculé du sang des victimes de l’oppresseur. On peut parfois penser à une version très concentrée et résumée d’un PRIMITIVE MAN légèrement édulcoré, mais pas forcément aseptisé, ou à des allusions aux NAILS, bien que cette comparaison soit plus floue à long terme. Mais il est évident que les trois musiciens (Alex Wohler – basse, Josh Stevens – guitare/chant et Dylan Shearer – batterie) n’ont pas fait le choix de la facilité ni celui de la clarté en allant piocher un peu partout de quoi nous assourdir sans pitié. Des morceaux qui souvent ne passent même pas la barre de la poignée de secondes, pour quelques interventions plus développées, et surtout, un sens de l’agression éhonté qui laisse les cheveux en bataille et l’âme en braille, qu’on lit du bout des doigts.

Tout commence d’ailleurs par une valse sans hésitations entre Powerviolence et Grind dans un déluge de larsen, via « Forged Existence » qui ne ménage ni les effets choc ni les coups de boutoir mastoc. Aussitôt enchaînée à « Micturate », cette entrée en matière vous fait rapidement sortir de vos gonds, pour exploser d’une rage de raison, que « Shun » accentue de ses multiples brisures intelligemment et épidermiquement amenées. C’est spontané, mais redoutablement composé, ça sent l’urgence à plein nez et la sauvagerie aussi, mais c’est euphorique dans un sens, même si la colère larvée semble parfois un peu résignée.

En se servant d’accords un peu désabusés (« Generation Despised »), les HIGH WATER jouent sur le contraste entre Urban Core, Mathcore, et Darkcore, pour nous dessiner un monde qui ne donne pas vraiment envie qu’on se batte pour lui, et nous font sombrer dans les affres de grandes villes déshumanisées, qui préfèrent occulter le pire pour ne plus penser au meilleur. Et si UNSANE et GAZA tendaient l’oreille sur cette symphonie d’horreur sociale sans pareille, gageons qu’ils ne remettraient pas leurs leitmotivs en question…Dans le même ordre d’idées fracassées, le long (et unique) « Forced To Suffer In Silence », nous force à l’introspection, et se meut avec difficulté le long d’harmonies en arpèges usés, avant de mettre le feu à la mèche qui va allumer la poudre bien tassée. L’atmosphère est pesante, comme un jour de plus en moins à se demander si tout ça en vaut la peine, et le spectre d’un DANZIG de l’ombre pèse lourd dans la balance, tout comme l’ombre d’un NEUROSIS taquinant la brutalité d’un THE BODY, moins porté sur la folie. C’est progressif, évolutif dans l’horreur, mais assez révélateur des capacités d’un trio qui redonne ses lettres de noblesse au power, et qui noie dans les heures ses songes perdus dans des nuits de cauchemars sans fin…

On s’attend d’ailleurs à ce que l’avenir sourit encore moins à ces pennsylvaniens, histoire qu’ils nous pondent un effort longue durée aussi traumatisé, ce qui aurait le mérite de nous éveiller encore plus à une réalité abhorrée.

Les allumés s’en sortent d’ailleurs exténués, et préfèrent refermer ce premier volet par une pluie de feedback et de riffs graves, en lâchant deux dernières saillies instantanées, aussi Chaotic Core que Crust, et aussi Grind, que Hardcore/Mathcore barré. Quelques accroches catchy, des inserts en up tempo groovy, et le résultat se montre à la hauteur de l’acrimonie, pour un témoignage d’époque sans envie.

Découverte intéressante, qui montrera peut-être à qui de droit que la jeunesse à encore les moyens de se défendre. Aussi méprisée, oubliée et sacrifiée soit-elle par des vieillards cacochymes au verbe empesé.


Titres de l'album:

  1. Forged Existence
  2. Micturate
  3. Shun
  4. Generation Despised
  5. Beg Mercy
  6. Human Fertilizer
  7. Ciorrupt Vision
  8. Forced To Suffer In Silence
  9. Corner The Rat
  10. Gravespit

Bandcamp officiel



par mortne2001 le 06/11/2017 à 14:04
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