Grinding Wheel

Overkill

10/02/2017

Nuclear Blast

Faites le test, et parlez de Thrash avec un quidam ou un initié. Sans vouloir trop extrapoler, je suis sûr qu’au moment de citer une poignée d’icônes, les sempiternels noms s’échapperont de sa mémoire. Il vous parlera de SLAYER, de KREATOR, de TESTAMENT, s’il est badin et provocateur de METALLICA, sans doute d’EXODUS, de DESTRUCTION s’il est d’accointances germaniques, mais je parierais mon Ride The Lightning pochette verte qu’il ne fera même pas allusion à OVERKILL.

D’ailleurs, je ne lui jetterai pas la pierre, puisqu’il y a de grandes chances que j’en fasse de même si la situation se présentait.

Pourquoi ?

Je ne sais pas. Peut-être parce que la carrière des originaires du New-Jersey fut plus fluctuante, peut-être parce que dès le départ, à l’instar de NUCLEAR ASSAULT, on les a affiliés au mouvement Hardcore, à cause de la basse de D.D, ou toute autre raison qui justifierait de les occulter de la liste des vrais fondateurs du genre, peut-être aussi parce qu’ils sont arrivés plus tard et que leur premier chef d’œuvre, Taking Over, a taillé la route en 1987 et pas 84 ou 86 comme les autres.

Néanmoins. Un simple regard en arrière, une simple constatation de leur constance, et moins de condescendance envers leurs efforts les plus prévisibles et moins inspirés suffirait à réaliser qu’ils font aussi partie du cénacle, ce que Grinding Wheel prouve avec une maestria typique. On le sait, la carrière d’OVERKILL est ponctuée de haut, de bas, de très hauts, de très bas, et une fois encore, ce dix-huitième album studio les pousse vers les sommets, dont ils risquent de glisser pour le LP suivant. Mais pour l’instant, seul compte le présent.

Et il est fameux, explosif, et Thrash jusqu’au bout du calcif.

Enregistré et produit par l’incontournable Andy Sneap et enveloppé dans un artwork signé Travis Smith (NEVERMORE, OPETH, SOILWORK), Grinding Wheel nous montre le quintette sous son jour le plus flatteur, le moins direct et pourtant le plus efficace, et relève la barre salement abaissée par les dernières sorties du groupe, les assez moyens Ironbound et White Devil Armory qui une fois de plus, avaient déçu une poignée de fans par leur facilité tenant du pilotage automatique, mais malheureusement assez symptomatique des crises de léthargie des créateurs de l’immortel Fuck You !

Ici, tout respire le Metal efficace, subtilement ambitieux, et surtout, l’envie de jouer cette musique radicale, ce Thrash aux fortes connotations Hardcore que l’on a tant apprécié sur des pavés comme Horrorscope ou Necroshine, et de fait, sans se forcer, ce dix-huitième effort studio n’en est pas vraiment un tant il exhale un doux parfum de férocité et de facilité, qui vous contamine les oreilles et réveille le gros headbanger qui se cache toujours en vous, prêt à faire l’hélicoptère avec sa tignasse. Et ça, c’est l’effet OVERKILL, que vous le vouliez ou non.

Avec le même line-up depuis fin 2005, les KILL peuvent se reposer sur leur expérience, et pourtant, en se connaissant de mieux en mieux, vont de l’avant, et osent des structures évolutives, pour atteindre l’heure de jeu sans paraître pénibles ou sans radoter, bien qu’on puisse noter une petite baisse de régime à mi-parcours. Si en vieillissant la voix de Bobby ressemble de plus en plus à celle de Zetro Souza, elle a gardé son panache grinçant et son mordant unique, et la basse de D.D Verni brille comme jamais, toujours prompte à faire claquer un break ou fouetter un refrain.

Alors, onze morceaux, soixante-quatre minutes de musique, pour un rendu optimal, tel est donc le bilan final ? Oui, et je suis particulièrement heureux d’annoncer que les KILL se sont hissés au niveau des dernières productions de TESTAMENT ou MEGADETH, donnant par la même occasion une petite leçon de concision et d’efficacité à KREATOR.

Et sans aller jusqu’à affirmer que Grinding Wheel contient certains de leurs meilleurs morceaux, avouons quand même qu’il en déroule de bien costauds, qui peuvent même de temps à autres rivaliser avec leurs plus grands classiques.

« Quoiqu’il arrive, OVERKILL sera toujours OVERKILL. Notre marque de fabrique est reconnaissable sur chaque album. Nous sommes là depuis trente ans, et nous avons toujours été OVERKILL. Alors oui, c’est un album de Metal, et comme d’habitude, il est teinté de Thrash, et reste toujours légèrement mélodique ».

Alors quoiqu’il arrive, si vous n’étiez pas fan du groupe avant, vous ne le serez pas plus aujourd’hui. Mais si vous n’aviez jamais pris le temps de vous intéresser à leur travail, il y a de grandes chances que Grinding Wheel, et son titre en forme de métaphore parvienne à vous convaincre. Et si vous suivez leurs pérégrinations depuis le début, la question ne se pose même pas, vous allez adorer.

Comme toujours, le LP débute par une grosse boucherie en règle, un morceau qui met tout le monde d’accord. Et malgré ses sept minutes bien tassées, « Mean, Green, Killing Machine » fait le boulot sans que l’on ne sente une quelconque redondance, et vous écrase de son mid tempo si particulier, de ses riffs francs et racés, et de sa basse qui lapide ta race. C’est subtilement progressif mais toujours agressif, et ça tourne sur la platine comme une chevelure dans le pit, puisqu’en live comme en studio, OVERKILL est un groupe qui donne de sa personne.

Pourtant, le quintette n’a pas forcément choisi la facilité en jouant la rallonge, puisque tous les morceaux sont plus que conséquents, et pourtant, passent comme dans un cauchemar Thrash dont on n’a pas envie de s’extirper.

Tiens, le bombardement Metal/Core de « Goddamn Trouble », qui à part eux peut balancer un truc pareil droit dans ses bottes ? Personne. Refrain lapidaire, guitares classiques mais terrassantes, et rythmique bondissante. Un hit de plus dans le panier, on peut continuer.

« Shine On » nous ramène en plein dans les années 90, et exhale un joli parfum EXODUS tout en taquinant le souvenir d’un NHYC encore vivace. Bobby grogne et grince comme à la grande époque, et les chœurs le supportent avec ferveur. Petit break bluesy à la PANTERA et les mecs nous assoient, l’air effronté et la mine enjouée.

« The Long Road » et son tempo martial permet quelques soli qui déroulent en aval, et se lâche même salement Thrash sur quelques accélérations qui crachent. Si « Let’s All Go To Hades » se remémore la transition un peu hasardeuse d’Over The Influence, il reste un brulot qui en concert fera se lever les poings et valser les paletots. « Come Heavy », profession de foi sans loi assume son titre, mais se veut un peu trop poussé pour vraiment s’imposer de son groove un peu pataud. Mais heureusement, « Red, White and Blue » fait redémarrer la machine à broyer et cavale, cavale, sans jamais s’arrêter, pour un trip pur 80’s qui fait du bien aux souvenirs.

« The Wheel » tourne sur les mêmes pignons, et assure mignon, tandis que le gros pavé « The Grinding Wheel » trempe dans une ambivalence de lenteur qui rappelle ACCEPT, et saura ravir les fans de pur Heavy qui ne crachent pas sur une grosse baigne Core prenant au corps.

« Emerald » en final bonus salue les THIN LIZZY, et n’offre pas grand-chose de plus qu’une jolie partie de guitares à la tierce qui essaient de s’imposer sur la basse de D.D qui n’a certainement pas la finesse de celle du grand Phil. Mais après tout, on prend les cadeaux comme ils viennent non ?

Alors, des hauts, des bas, des très hauts, des très bas, mais au final, un parcours phénoménal qui force le respect, et une fois de plus, un regain d’énergie et de créativité. Le massacre dure depuis plus de trente ans et n’est pas près de s’arrêter, tant qu’OVERKILL saura nous offrir des albums de la trempe de Grinding Wheel. Un titre qui les révèle tels qu’ils sont, une terrible machine de guerre qui avance et broie tout sur son passage, en prenant soin de ne pas tout cramer pour pouvoir revenir un peu plus tard finir de flamber.

Alors, rendez-moi un petit service.

La prochaine fois que vous lancerez une conversation sur le Thrash avec un compagnon, si vous ou ce dernier omettez de mentionner le nom d’OVERKILL en citant les maîtres présents et passés, collez-vous une grosse trempe dans la tronche, vous l’aurez méritée.

 Et en plus, ça vous donnera une petite idée de l’effet produit par leur dernier né.


Titres de l'album:

  1. Mean, Green, Killing Machine
  2. Goddamn Trouble
  3. Our Finest Hour
  4. Shine On
  5. The Long Road
  6. Let's All Go to Hades
  7. Come Heavy
  8. Red White and Blue
  9. The Wheel
  10. The Grinding Wheel
  11. Emerald

Site officiel


par mortne2001 le 27/02/2017 à 12:48
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NecroKosmos

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Mouais...Clairement pas terrible.Je rejoins Simony (sauf que moi j'avais plus qu'apprécié les deux derniers albums).Bref... A juger sur la longueur quoi... ... ...

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