Comme on le dit souvent, il faut savoir sortir de sa zone de confort. A priori, c’est un des concepts qui vous fait vous sentir vivant, alors, autant essayer de surnager dans une époque de sensations surfaites et de choix un peu trop évidents.

Pourtant.

Les termes « Melodic Black Metal », et « Folk Metal », sont de ceux qui me font fuir à grandes enjambées. A l’instar des étiquettes « Symphonic Metal », « Djent », ou « Deathcore », et pourtant, de temps à autres, je tente le diable et me fais son avocat, et me fait violence aussi pour ne pas proposer que des analyses répétitives sur le nouveau combo Thrash à la mode ou la dernière sensation Raw Black en devenir.

Et je pense faire le bon choix. Puisqu’il m’a permis ce matin de découvrir un groupe qui n’avait à priori rien pour me décider à chevaucher mon clavier. Je veux bien sûr parler des Canadiens de THRAWSUNBLAT, qui plus tôt cette année ont sorti leur troisième LP, Metachthonia, sous l’étiquette « Melodic Folk Black Metal », soit, ma Némésis ultime en matière d’extrême.

Paru au mois de juin, cet album vient de connaître une seconde jeunesse en vinyle, édité par Broken Limbs qui en propose un package assez bien travaillé. Mais bien que l’emballage ait son importance, c’est bien le contenu qui prime, et lorsque je l’ai découvert, j’ai compris qu’on pouvait parfois se tromper lourdement en occultant certaines formes d’expression qui à la base, ne sont pas censées faire appel à votre propre sensibilité.

Comment en arriver à cette conclusion ? En réalisant qu’en découvrant Metachthonia au mois de décembre, on peut quand même penser qu’il s’agit d’un des plus grands albums de Black de l’année, alors même qu’on en a déjà chroniqué des dizaines, voire des centaines.

THRAWSUNBLAT, pour ceux qui auraient loupé le coche, c’est d’abord une extension de carrière de Joel Violette et David Gold, ex-membres des WOODS OF YPRES, le groupe BM devenu progressivement plus lourd et Doom. Alors, évidemment, les points communs existent entre les deux ensembles, même si le pont qui unit leurs deux conceptions d’une musique mélancolique et puissante tend à se rétrécir avec les années, celles qui rapprochent THRAWSUNBLAT d’une maturation inévitable et donc d’une unicité de ton. Cette unicité trouve aujourd’hui une sorte de paroxysme avec ce troisième album, concept dans l’esprit et le verbe, et qui pourrait se poser en épitomé d’une jeune carrière prometteuse.

Textuellement, Metachthonia, c’est cette traduction du Grec qui signifie « l’âge succédant à la terre » ou « l’ère d’après l’humanité » selon votre humeur du moment. Une projection d’un temps à venir qui pourrait être celui de demain. Et depuis la mort tragique de David Gold, Joel a pris les commandes seul, ou presque, puisqu’il est entouré pour l’occasion par deux figures fameuses de l’underground, en l’occurrence de Ray Amitay d’IMMORTAL BIRD à la batterie (ex WOODS OF YPRES aussi) et de Brendan Hayter (OBSIDIAN TONGUE) à la basse.

On trouve autour de l’axe en trio la participation Ô combien enrichissante des cordes du violoncelle de Raphael Weinroth-Browne (THE VISIT), qui a su trouver sa place dans ce maelstrom d’idées sombres, en y insufflant un peu de sa lumière baroque, spécialement sur l’intro du premier morceau « Fires That Light the Earth », qui vous fait comprendre avant tout le reste à quel point l’album que vous êtes en passe d’écouter sera différent de tout ce que vous avez pu connaître…

Pourtant musicalement, les analogies sont nombreuses, et patentes. Evidemment, la plus évidente reste celle un peu élusive aujourd’hui de WOODS OF YPRES, qui en appelle à la génétique musicale, mais on trouve aussi sur Metachthonia des traces d’Adn de WINTERFYLLETH, d’ENSIFERUM évidemment, et une pointe du DISSECTION le plus fameux, comprenez celui de Storm Of The Light’s Bane

En gros comme en détail, un héritage de tout ce que le Black mélodique à tendance Folk a pu proposer de meilleur durant toutes ces années, et qui trouve ici un écho formidable, s’ouvrant sur un avenir en forme de grotte de bord d’océan qui répercute les litanies du passé dans un présent où la mélodie et la brutalité s’unissent dans un mariage en forme d’osmose.

Le concept est tel qu’il est, et je vous laisse le découvrir par vous-même, mais il est évident que la culture maritime musicale Canadienne en est une part importante.

En choisissant de s’exprimer sur six longues suites évolutives et progressives, THRAWSUNBLAT a fait un choix risqué, mais diablement lucratif artistiquement parlant. Si parfois la redondance guette, si quelques thèmes semblent plus faibles, si certains motifs font preuve d’une certaine naïveté de ton, l’ensemble est globalement d’une inventivité bouillonnante, à l’image de ce fameux premier morceau qui révèle une aube mordorée, dont la lumière traverse les ténèbres d’un Black Metal vraiment virulent.

Point fort d’un album qui se place en apogée d’une carrière pourtant loin d’être terminée, cet équilibre constant entre férocité, violence, douceur et apaisement. Rarement variables auront trouvé un tel point de convergence, développé à outrance sur chaque intervention. Si bien évidemment l’entame et la clôture en représente en quelque sorte des acmés, de par leur durée, les autres morceaux en font aussi une représentation patente, à l’image de ce magique et envoutant « Hypochthonic Remnants », qui propose des intermèdes Folk dignes d’un PARADISE LOST touché par la bienveillance de Dieux païens, ou du terrassant « Dead of Winter », qui se permet d’introduire un nœud de chœurs incantatoire qu’il brise d’une rythmique à la EMPEROR des années 90.

Et alors que « Rivers of Underthought » propose une ouverture tribale dansante avant de se laisser aller à une étourdissante valse Folk Black aux motifs harmoniques évoquant les chants de marins du 19ème siècle, le final « In Mist We Walk » se veut plus radical, malgré quelques secondes acoustiques et Folk laissant présager d’une évolution en palier. Au lieu de ça, c’est à déluge de plomb BM auquel nous avons droit, dans une tempête de guitares acides et d’incantations vocales grondantes, soutenues par une rythmique aplatissante.

Et loin de se contenter d’un simple état des lieux de presque douze minutes, cet épilogue propose encore plus d’éléments prospectifs, qui s’ils synthétisent la démarche globale, en offrent aussi une extension, en poussant les paroxysmes encore plus loin.

Les guitares sont plus virulentes, le chant plus grave et investi, les syncopes plus accrocheuses, les accès de violence plus âpres, et les accalmies encore plus harmonieuses. Avec un break central sentant bon les embruns du littoral, qui se laisse couler au point de rejoindre le bras de mer BM agité par une tempête, l’image d’un esquif traçant sa route sur les flots est vraiment concrète, et le voyage se termine par un futur qu’on ne saurait dépeindre avec précision, poétique et humain, en osmose avec une nature qu’on accepte enfin comme maîtresse fatale des éléments.

Et là est peut-être le leitmotiv ultime de cette chanson de geste qu’est Metachthonia. La communion entre une nature et une espèce humaine qui acceptent enfin leur caractère le plus fondamental. La bataille enfin achevée entre des hommes et un monde qui finalement ne sont pas si différents. La mélodie des chants d’antan, la brutalité contemporaine, et une apocalypse aboutissant à une renaissance.

Et formellement, le meilleur album d’un simple projet devenu groupe majeur à part entière.

 Comme je le disais, il faut parfois oser sortir de sa zone de confort. Le vent qui fouette le visage et fait battre le cœur est salvateur en soi. Et THRAWSUNBLAT est l’incarnation de cette prise de risque. Une autre manière de voir le monde qui nous entoure et la musique qui rythme ses dangers et ses plaisirs… 


Titres de l'album:

  1. Fires That Light the Earth
  2. She Who Names the Stars
  3. Dead of Winter
  4. Hypochthonic Remnants
  5. Rivers of Underthought
  6. In Mist We Walk

Bandcamp officiel



par mortne2001 le 18/12/2016 à 15:03
85 %    386

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Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

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