Mournfall

Old Forest

23/04/2021

D.t.m. Productions

Mine de rien, cela fait déjà vingt ans que les anglais d’OLD FOREST essaient de nous faire pénétrer leur sombre forêt à coups d’albums dispensés avec parcimonie. Depuis leur première démo en 1998, Of Mists and Graves, le groupe londonien s’est montré plutôt économe sur les sorties longue-durée, quinze ans séparant ses deux premiers albums, Into the Old Forest (1999) et None More Black (2014). Depuis, le rythme est devenu plus soutenu, avec une entrée tous les deux ou trois ans, mais cette surproduction a légèrement cassé le mystère de cette forêt dont personne n’a vraiment réussi à percer les mystères. Dagian, en 2015, avait provoqué une scission chez les fans et les personnes vaguement intéressées, et depuis, ce ne sont pas moins de deux autres œuvres complètes qui sont venues enrichir le catalogue. Les anglais souhaitent donc rattraper le temps perdu et le terrain concédé, et à peine un an après Back into the Old Forest, qui n’était qu’une relecture de leur premier album, c’est ce Mournfall qui vient nous rassurer quant à la tristesse habituelle des musiciens.

Il est tout à fait possible de se montrer circonspect quant à l’attitude musicale de ce trio résolument particulier. L’approche prônée par Kobold (chant/clavier, et membre d’EWIGKEIT, IN THE WOODS..., JALDABOATH, ORCRYPT, SOLLERTIA, THE BOMBS OF ENDURING FREEDOM, THE FERAL UNDERCLASS), Beleth (guitare/basse) et Kobro (batterie, CHAIN COLLECTOR, IN THE WOODS..., NEONGOD, JALDABOATH (live), ex-ARVAS, ex-BLOOD RED THRONE, ex-CARPATHIAN FOREST, ex-DEN SAAKALDTE, ex-GREEN CARNATION, ex-NATTVERD, ex-SCARIOT, ex-SVARTELDER, ex-LAST CALL INC) se veut toujours aussi ambivalente et plurielle, mélangeant à loisir les atmosphères déliquescentes du BM et les ambiances plus sombres du Doom, pour se situer en convergence des deux styles. Et une fois encore, Mournfall n’échappe pas à cette règle immuable, jouant avec les mélodies, les rythmes, les chœurs, pour susciter des émotions complémentaires, sans rester accroché à un dogme bien particulier. En ressort de cette musique des sentiments assez proches mais difficiles à identifier, et formalisés de la plus belle des façons sur le long et évolutif 

« Despair is my Name ».

Des hommages à la scène scandinave la plus abrupte, mais aussi un respect de la tradition anglaise en termes de Doom nostalgique, des emprunts à PARADISE LOST et OPETH pour mieux célébrer le règne de DARKTHRONE ou IMMORTAL, voici peu ou prou ce que dégage ce nouvel album assez intéressant dans les faits, quoi que encore un peu maladroit dans la forme. L’équilibre n’est pas toujours bien dosé, et si certains morceaux séduiront sans problèmes les amateurs de BM les plus revêches, d’autres sauront convaincre les esthètes de la douleur gothico-doom aimant de bonnes couches de synthés sur leurs riffs les plus agressifs.

OLD FOREST a depuis quelques années renoncé à ces longues pistes nous engluant dans leur monde un peu trop inextricable, comme s’il souhaitait nous emprisonner dans cette forêt sombre aux nombreuses branches mortelles. Plus question de s’éterniser pendant dix minutes, mais de proposer des interludes plus brefs aux motifs plus marqués. Plus digeste, cet album se démarque donc de Daglan qui imposait quatre chapitres de plus de dix minutes, parfois très lourds et indigestes. Ici, c’est plutôt la multiplicité et la diversité des thématiques qui frappe, avec une intelligence d’agencement assez remarquable. C’est ainsi que l‘interlude « Red Sky in Mourning » aux cordes très Folk permet de faire la jonction entre deux morceaux très différents, nous entraînant doucement sur la piste de « My Haunting Vision », lent, processionnel, insistant, et pourtant très romantique dans la violence sourde. Certains auront du mal à adhérer, d’autant que le groupe a choisi son propre camp depuis longtemps. Loin des turpitudes habituelles du BM le plus véhément, mais aussi loin des obsessions les plus insistantes du Doom, Mournfall est une aube de deuil tout à fait convenable, qui privilégie un tempo pesant et des riffs acides mais mélancoliques.   

 

De temps à autres, la colère de la tristesse parvient à se faire une place, spécialement sur les premières pistes de l’album, les plus violentes, mais les fans de Black seront certainement un peu déçus qu’à mi album, les trois musiciens abandonnent leurs longues toges noires pour arborer des voilettes de dentelle en pleurant sur leur sort.

Ceci étant dit, ce nouvel album de la horde anglaise a bien des arguments pour séduire les fans de Black romantique et un peu pleureur sur les bords. Les chansons sont de qualité, l’interprétation parfaite, le son rond mais suffisamment sec, et si le disque se termine officieusement par le bref et emphatique « A Bitter End »,  Mournfall nous propose une deuxième porte pour revenir vers le passé y découvrir quatre anciennes compositions datant des débuts du groupe. Sacré bonus donc que ces quatre morceaux finals, sous forme de démo, qui permettent de juger de l’évolution de la bête en vingt ans d’existence. Evidemment, le statut de maquette se sent dans la production, mais cette allusion à avant-hier est assez délicieuse, et permet de mesurer la distance qui sépare la violence introductive de l’orée des années 2000 de la beauté formelle de 2021.

Pas de quoi se croire dans la forêt enchantée, mais un bel hybride BM/Doom tirant de plus en plus sur le Doom mélancolique light.

         

                                                                                                                                                                                                        

Titres de l’album:

01. Tyrant Spell

02. The Anvils

03. Despair is my Name

04. Red Sky in Mourning

05. My Haunting Vision

06. Solitude Apocalypse

07. Shadows Immemorial

08. A Bitter End

09. The Raven Looks On

10. Black Alchemist

11. Sussex Hell Hound

12. Serpent & Saint


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par mortne2001 le 12/07/2022 à 18:15
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