Au départ étaient le Crust, le Hardcore. Et puis certains, comme beaucoup d’esprits libres finalement, ont décidé de briser les tabous et de faire tomber les barrières pour faire évoluer les genres, et en créer de nouveaux, ou tout du moins, de nouvelles extensions. D’où la naissance du Post Hardcore, et de ce que l’on appellera pour plus de liberté le « Néo-Crust ». Mais que se cache vraiment derrière cette appellation ? Une nouvelle forme d’agression ? C’est ce que suggère le préfixe, qui en appelle à l’inédit, et pourtant, en assimilant des tendances déjà existantes, on parvient à saisir les contours de cette musique, aussi violente que mélodique, qui a intégré et assimilé des préceptes Post Hardcore pour rendre ses attaques non plus franches, mais au contraire encore plus sadiques. Le mal par le mal, la laideur dans la beauté, et le plaisir dans la souffrance, dans une sorte de séance de torture à la Hellraiser, avec clous fournis par les musiciens eux-mêmes. Alors, allongez-vous non sur le divan, mais sur ce matelas tâché de sang, disposé par terre, et commençons votre analyse. Etes-vous perturbé par la vie, au point de la trouver aussi insupportable qu’essentielle ? Vous demandez-vous si finalement, cet au-delà dont vous saoulent les religions ne serait-il pas plus clément que cette minable existence vouée à la répétition d’actes sans importance, et surtout, sans portée émotionnelle ? Si tel est votre mode de pensée, j’ai quelque chose qui ne devrait pas vous aider à aller mieux, mais au moins à comprendre à quel point tout cela est futile. Le premier EP des NOSOTROS LOS MUERTOS, qui semble vouloir voir la vérité en face, et nous envisager comme les morts en sursis que nous sommes tous. Et comme disait Ed Wood, « le futur nous intéresse tant car nous allons y passer le reste de nos jours ». Et le reste de nous jours découlera inévitablement sur une mort qui n’intéressera pas grand monde. A part les nôtres, éventuellement.  

Nous, les morts. C’est une conception assez fascinante en soi, qui consiste à ne voir en la vie qu’un passage entre deux mondes plus logiques, l’avant et l’après. Le pendant n’est pas si fondamental en soi, et voir cette planète fourmiller de créatures anecdotiques n’a rien de passionnant en soi, tant les attitudes et les erreurs se répètent de génération en génération. Mais parfois, ces mêmes silhouettes se retrouvent animées de pulsions, qui se matérialisent en la pratique d’un art séculaire, celui de la musique plus précisément, dont nous parlions en préambule. Alors, les NOSOTROS LOS MUERTOS jouent-ils réellement du Néo-Crust comme les sites les recensant semblent vouloir l’indiquer ? Peut-être, mais tout ça n’est pas si important finalement, puisque leur forme de Hardcore très abrasive et harmonisée est à même de séduire tous les fans de violence instrumentale mâtinée de douceur mélodique torturée. Inutile de chercher à les comparer à d’autres entités existantes, même si les parallèles existent, puisque leur façon de détourner les codes d’un Core vraiment durci et densifié est assez unique en soi. Nous en venant de Morella, ce trio (Garo Lozada - guitare/chant, Erick Motta - basse/chant et Charles Macias - batterie) formé sans doute assez récemment malgré le manque d’informations les concernant, nous offre donc sur un plateau cinq longs morceaux sans complaisance, qui multiplient les tempi, pour finalement échapper à toute classification trop restrictive. Empruntant au vocable du Doom, du Sludge, du Hardcore, du Crust et de tout ce qui passe à leur portée de suffisamment nihiliste, les mexicains se permettent donc de juxtaposer les genres pour mieux les fondre selon leur inspiration, qui se veut fluctuante et qui parfois, taquine le spectre décharné d’un NEUROSIS vraiment résigné (« Caos », et son énorme basse que Dave pourrait envier). Mais ne comptez pas sur eux pour se fixer sur une ambiance plus de quelques mesures, et après deux bonnes grosses minutes de lourdeur, la machine s’emballe et verse dans l’Emo-Crust le plus hargneux du marché, qui profite de riffs vraiment désabusés pour avancer. Le chant très écorché de Garo assure le service après-vente d’un Post Hardcore salement malmené et tout sauf contemplatif, tandis que la batterie de Charles multiplie les figures, se reposant de temps à autres sur les quatre cordes de son acolyte de rythmique, qui suggère aussi quelques leçons apprises de Paul Raven et autres cadors Indus aux doigts lourds et puissants.

Cinq morceaux seulement, mais ils suffisent amplement pour appréhender le potentiel énorme de cette formation qui nous propose en mise en bouche l’un des morceaux les plus fondamentaux de ces derniers mois, et qui entame sa litanie d’une procession tribale dégénérant soudainement sur une atmosphère moite comme une nuit de violence mexicaine (« Asesinos »). Tout y passe, des hurlements aux contretemps, aux breaks assommants, sans oublier ces soudaines digressions maladives qui abusent d’une guitare à l’agonie. Chaque instrumentiste connaît parfaitement sa partition, et cette production étonnamment précise nous permet de saisir avec luxe détails le rôle de chacun, et la préciosité de ses interventions. De la clarté dans la brutalité, pour une charge frontale qui n’hésite pas non plus à attaquer sur les côtés, histoire de mettre toutes les chances du sien. En format médium, les NOSOTROS LOS MUERTOS sont plus convaincants qu’un combo de Post-Punk perdu dans un dédale Post-Hardcore (« Kalashnikov »), et en version longue, leurs extractions ont mal au moral, mais du bien aux oreilles, que le tempo soit up ou tassé (« Sobredosis », et son break central finement ciselé d’arpèges à l’économie ruinés par l’opulence d’un chant vraiment véhément), et l’on sent même parfois des accointances étranges avec les carillons de la scène eighties d’Athens, tout autant qu’avec les plaintes résignées typiquement anglaises de Ian Curtis.

Ce qui n’empêche nullement le trio de se montrer aussi persuasif qu’un FETISH 69 ou qu’un KILLING JOKE lorsque les gestes se raidissent (« La Casa De La Muerte », dont l’instrumental aurait pu orner les meilleurs jets d’un PRONG salement remonté), sans pour autant leur faire oublier que la vitesse doit toujours s’imposer. Alors…Alors quoi ? Alors, Néo-Crust ou pas, un bon disque en reste un. Et Nosotros Los Muertos en est un, un très bon même, qui profite de son talent pour synthétiser tout ce que l’extrême compte de moins avenant. Et NOSOTROS LOS MUERTOS, le groupe, en est un à suivre, musicalement évidemment, mais surtout parce qu’il a réussi à retranscrire la douleur des espoirs qu’on voit mourir comme les siens, un jour, presque par hasard. Une transition de vie pour une ambiance de mort, d’une lucidité douloureuse, mais d’une clairvoyance heureuse.


Titres de l'album:

  1. Asesinos
  2. Caos
  3. Kalashnikov
  4. Sobredosis
  5. La Casa de la Muerte

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 16/01/2018 à 14:02
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La résidence c'est lorsqu'un artiste loue une salle pour y répéter son concert en vue d'une tournée. C'est une répétition en grandeur nature en quelques sortes


1) ManOfShadows + 1 !
2) C'est quoi "la résidence" ?


Bonne nouvelle. Je n'attendais pas un nouvel album de leur part si tôt.


J'ai eu peur ! En lisant les deux premières lignes et en voyant la photo, c'est mon cœur qui a faillit s’arrêter de battre. Murphy est un vocaliste unique et légendaire. Bon courage et bon rétablissement à lui.


C’est pas trop tot


Pas un petit passage par chez nous, dommage...


A noter qu'il s'agit d'un EP (5 titres) et non du 3ème album des chiliens à proprement parler.


Oui le morceau en écoute est... éprouvant ! Bien plus violent que certains groupes de métal. Je suis pas sur que ce soit pour moi par contre...
PS: Elle donne une interview dans le dernier New noise.