C’est plus fort que moi, dès que je vois les termes « Black Metal » et « français », j’accours, je vole, je m’empare de mon clavier après avoir fait chauffer mon casque, puisque je sais pertinemment que je ne serai que très rarement déçu. Incroyable de constater à quel point la scène BM française est quasiment devenue l’égale de la norvégienne des années 90 en termes de rayonnement et d’influence, des Légions Noires jusqu’aux groupes les plus récents…Mais pas si étonnant que ça au vu de la créativité manifestée par nos musiciens nationaux, et à tous les efforts promotionnels et de soutien consentis par des labels comme Les Acteurs de l’Ombre…Aujourd’hui, à la très longue liste des groupes de premier plan de notre beau pays s’ajoute le nom de SATURNUS TERRORISM, qui risque lui aussi de rayonner bien au-delà de nos frontières eu égard à la qualité incroyable de sa musique. Et pour en savoir un peu plus, je me permettrai une fois n’est pas coutume de reproduire la bio du groupe telle quelle, puisqu’elle est suffisamment explicite ;

« SATURNUS TERRORISM s'est formé au cours de l'année 2015 sous l'impulsion de Païard le Ferré, sous forme de groupe. Après plusieurs changements de line-up et constatant que le projet était trop instable SATURNUS TERRORISM a continué en tant que one man band. Très vite une collaboration avec Dies (ARBAAL – MALEVOLENTIA) a été envisagée et est rapidement devenu un membre éminent de SATURNUS T. Partageant une vision complémentaire et des aspirations communes, ils ont repris le projet de A à Z pour délivrer une musique plus efficace et cohérente. »

Plus simplement, SATURNUS TERRORISM est donc l’association de deux figures de l’underground national, Païard le Ferré ayant lui-même fait partie de GRISÂTRE, groupe actif de 2006 à 2016 et ayant publié pas moins de trois longue-durée. On retrouve donc les obsessions de Païard sur ce premier effort, Pamphlet, qui semble en effet en être un adressé à tous les timorés de la cause qui pensent encore que le BM est agonisant, et qu’il a tout dit depuis longtemps. Les deux instrumentistes prouvent le contraire tout en s’ancrant dans une tradition qu’ils dévient à loisir, multipliant les allusions au BM des origines norvégiennes, tout en l’enrichissant de prétentions artistiques bien plus concrètes et tangibles. Parfois à la limite du BM progressif et Ambient, avec quelques touches Dark qui ne sombrent pas dans le glauque électronique ou Industriel (bien que l’ambiance terriblement glaciale s’en rapproche), ce premier album témoigne du long parcours du duo, et fait preuve d’une maîtrise absolue dans la composition, n’hésitant jamais à dépasser des durées raisonnables pour imposer ses idées, qui sont fort nombreuses. Ce qui choque au prime abord, c’est cette voix, gravissime au possible et bien loin du raclage habituel de gorge tendant vers le loup agonisant dans sa forêt, et qui permet aux morceaux d’atteindre une dureté exceptionnelle dans le rendu. Les riffs quant à eux, tergiversent entre motifs massifs et puissants et envolées concentriques habituelles, créant un décalage assez fascinant et révélateur de l’optique philosophique du groupe. Quelle philosophie ? La suivante :

« La volonté du projet s'inscrit dans une démarche esthétique, mystique et philosophique, sous l'égide de Saturne qui exerce sa terreur sur le corps et l'esprit asservissant volontiers l'homme dans la mélancolie, le trouble, la destruction intérieure, les longues solitudes.. Mais invitant à détruire le nihilisme, par la froide pratique de la patience, de la recherche, de la volonté, du durcissement, la culture, le combat contre soi, son environnement, et aux vieillards stériles que sont les sociétés actuelles »

Nous sommes donc loin des turpitudes habituelles du BM plus habitué à la déconstruction des dogmes judéo-chrétiens ou à la fascination pour la guerre et ses conséquences. Lettré, Païard avoue volontiers avoir subi l’influence de Nietzsche, Evola, Marc Aurele, Julien l'Apostat, Celse, Vincenot, Jünger, et en profite pour signer ses lyrics de sa langue natale, chantés d’une voix très caverneuse, mais qui témoignent d’un attachement à une culture très personnelle. Musicalement, l’affaire est complexe, mais source de plaisir pour qui le BM est un genre en constant décalage et évolution. Choisissant de ne pas choisir entre ultraviolence et nuance, le duo oppose donc deux visions, l’une assez rétrograde mais lucide, et l’autre plus contemporaine, en choisissant des trames classiques dont il décuple la force de sa rage incroyable, rappelant parfois un mélange entre le MARDUK le plus impitoyable et le MAYHEM des années Hellhammer, tout en sublimant cette combinaison d’une ampleur assourdissante. Jamais avare d’arrangements très intelligents, le groupe casse parfois les avancées de rythmes plus martiaux (« La Rhétorique de la Terre - Part I »), mais a pris le risque d’entamer son premier chapitre avec les segments les plus longs. Ainsi, après une longue intro plaçant l’atmosphère sous des auspices froids, « Division Mysticisme » déboule comme une jacquerie paysanne avec ses huit minutes de gravité emphatique, blasts en avant, densité opaque et hurlements sombres au premier plan. Bon choix d’ailleurs de ne pas avoir noyé les lignes vocales dans le mix, mais de leur avoir appliqué une très roublarde réverb’, cette option accentuant l’effet inquiétant de l’entreprise.

Huit morceaux, donc une intro et un épilogue, et deux qui se présentent sous la forme de longues évolutions, triturant un motif pour mieux le déformer et partir sur d’autres pistes. On apprécie particulièrement l’incrustation d’arpèges acides qui font la révérence à Euronymous, le spécialiste du genre (« Il faut Obéir à la Nuit »), mais on aime aussi cette traduction du vocable EMPEROR dans un discours encore plus dense et riche. Pamphlet propose donc une progression logique et implacable, faite de BM cru et dur mais aussi de digressions plus fines, parfois très accrocheuses (« La Rhétorique de la Terre - Part I » encore, son entame catchy et ses breaks écrasants). Un premier jet qui frôle la perfection dans un style hybride, et la confirmation que la scène française se porte mieux que jamais.                   

   

Titres de l’album :

                            1.Aube & Tocsin

                            2.Division Mysticisme

                            3.Il faut Obéir à la Nuit

                            4.Le Philosophe aux Poignards

                            5.La Garde D'acier

                            6.La Rhétorique de la Terre - Part I

                            7.La Rhétorique de la Terre - Part II

                            8.Outro

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par mortne2001 le 24/09/2019 à 17:24
85 %    149

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
26/09/2019 à 04:46:04
"C’est plus fort que moi, dès que je vois les termes « Black Metal » et « français », j’accours, je vole, je m’empare de mon clavier après avoir fait chauffer mon casque, puisque je sais pertinemment que je ne serai que très rarement déçu. Incroyable de constater à quel point la scène BM française est quasiment devenue l’égale de la norvégienne des années 90 en termes de rayonnement et d’influence, des Légions Noires jusqu’aux groupes les plus récents…"

Tout pareil... Je plussoie à 100% !

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Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

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