Phantoms Crossing The Sky

Innerself

24/11/2017

Autoproduction

Thrash Metal from A Coruña.

Si vous attendez de moi que je vous en dise plus, vous allez être marron. Non parce que j’ai l’intention de dissimuler des informations, mais tout simplement parce que je n’en sais pas plus. Allez, si, je vous donne en cadeau le line-up du band ( Flo – guitare, Sebas – batterie, Carlos – chant, Ernesto – guitare, Dani – basse et Momo – guitare), en précisant au cas où vous ne l’auriez pas remarqué que le groupe s’articule autour de trois guitaristes, comme à la grande époque sudiste ou du cas MAIDEN, mais en dehors de ça, que dalle, nib, rien. Nous voilà bien avancé pour digresser, et encore une fois, c’est la musique qui va parler, et autant dire qu’elle ne se gêne pas pour le faire. Beaucoup de décibels donc, mais intelligemment agencés, puisque les espagnols se revendiquent d’un Speed/Thrash de tradition, et donc, d’une nuance de ton. On pourrait même parler sans être hors sujet d’un Heavy Thrash rondement mené, faisant la part belle aux mélodies sans en sacrifier à la puissance, dans la plus grande tradition de la sidérurgie allemande des années 80. On pense à SCANNER, mais aussi aux américains de HEATHEN, dernière mouture, en somme, le haut du panier de l’agression organisée, et ce premier méfait, Phantoms Crossing The Sky s’avère donc de très bonne facture, et donne le signal d’une carrière placée sous les auspices de la mesure.

Néanmoins, et malgré des aspirations presque progressives, les INNERSELF n’hésitent pas à appuyer là où ça fait du bien. Ils n’hésitent pas non plus à ventiler leurs idées, temporellement et stylistiquement, puisqu’ils se frottent et se piquent à un peu tout l’extrême d’il y a trois décennies avec un bonheur infini. Les ibères ne manquent pas de flair, et naviguent entre Speed, Thrash, Techno-Thrash, Heavy progressif, le tout avec une aisance naturelle et une énergie de rebelles.

D’ailleurs, l’enchaînement des deux premiers morceaux vous en dira plus long que n’importe quel discours. Si « Speedball Attack » se joue des codes pour amalgamer dans un même élan tout ce qui constitue les fondements du Metal agressif traditionnel, en étalant des breaks magiques aux harmonies tragiques, des accélérations typiques, et des couplets drastiques, « Wolfhunterg » plaque au contraire la carte de l’outrance, et se rebiffe d’un Speed/Thrash explosif, rappelant même la première vague de Metal mordant belge, les CROSSFIRE et consorts, qui ne crachaient jamais sur un tempo de mort. Nostalgie, quand tu nous tiens, et que tu nous noue la gorge en récitant les psaumes des LIVING DEATH et autres DESTRUCTION, tu nous fais du bien, comme ce sextette qui domine son sujet de la guitare et de la rythmique, suggérant même à l’occasion quelques accointances avec le DRAKKAR le plus atomique. Dès lors, et une fois la touche « play » enfoncée, le défilé commence et ne s’arrête qu’au bout de quarante minutes bien tassées, laissant un sentiment d’accomplissement, de plénitude et de ravissement, tant les originaires d’A Coruña sont persuasifs de bout en bout. Doté d’une production compétitive, Phantoms Crossing The Sky est donc bien plus que l’énième album de Vintage Thrash du mois, et dame le pion à des formations plus établies, en jouant simplement son jeu sans chercher à faire des envieux. Et pourtant, il y en aura, tombés sous le charme de « Fuck Off », bien plus précieux et aventureux que son titre ne le laissait présager. Disposant d’un bagage technique certain, les instrumentistes s’en donnent à cœur joie, et les trois guitares croisent le fer entre riffs d’enfer et soli fiers, pendant que la rythmique pulmonaire donne tout ce qu’elle a dans les graves pour tenir le cap, permettant ainsi à un vocaliste enragé de dérouler ses harangues envenimées.

De longs morceaux, débordant d’idées et de plans rondement menés, la fête Speed/Thrash bat son plein et fait le nôtre, d’allusions NWOBHM en clins d’œil nationaux, tout en remettant sur le tapis les canevas tissés par les ateliers de la Bay Area. Des saccades bienvenues, des cassures impromptues, une puissance ténue, tel est le menu de ce premier longue-durée qui fait preuve d’une incroyable maturité, profitant d’un moment d’inattention de notre part pour nous écraser de redondances explosées, à l’image de ce « Phantom Crossing The Sky », que les HELLOWEEN et FORBIDDEN auraient pu se partager à l’occasion d’une tournée. On reste admiratif devant une telle démonstration de savoir-faire, qui tout en restant classique, propose des pistes plus personnelles, notamment en croisant le fer entre les extrêmes, les obligeant à s’unir dans un ballet outrancier, mais toujours contrôlé. Les thèmes abordés se veulent de société, et collent à un instrumental qui parfois ose le Heavy violent bien poussé (« Children of War »), et la tension se laisse installer, ne semblant jamais marquer le pas pour se ressourcer, comme si les guitares l’empêchaient de retomber. Difficile voire impossible de trouver le moindre temps mort ou la moindre faiblesse sur ce LP qui mord, à pleines dents, et qui virevolte d’un Speed hargneux et teigneux (« Between The Lights »), mais professionnel jusqu’au bout des accords. Carlos au chant fait montre d’un potentiel étonnant, raclant ses graves pour mieux s’envoler dans ses aigus, et passant en revue tout le cahier des charges d’un vocaliste Metal du cru, rendant ainsi hommage aux plus grands manieurs de micro de l’histoire. Bluffant ? Pour le moins, mais surtout, intense, et vibrant. Et ça, dans le domaine pratiqué, c’est plus qu’une qualité. C’est un don.

Mélodies, vociférations, alternances et jonctions, chaque minute est exploitée à fond, et les six musiciens ne perdent pas de temps à laisser des restes réchauffés, préférant le premier choix bien préparé, comme ces circonvolutions sur l’infernal « The End Of The Way », qui tonne et résonne d’un lyrisme enflammé. Et en osant le final pur Thrash de « Police Brutality », les espagnols ont tout compris, comme le service, et nous laissent ébahis de tant d’énergie. Une fois encore l’osmose entre eux est palpable, et nous scotche au plafond, déjà salement endommagé par leurs attaques de front. Technique, efficacité, concision et brutalité, mélodies aérées et travaillées, le tableau est complet, et on reste songeur face au caractère amateur d’une réalisation qui mériterait les attentions de labels qui sur rue ont pignon, et qui gagneraient à signer les INNERSELF, histoire d’enrichir leur catalogue d’un combo vraiment carton. Bilan plus que largement optimiste dirais-je, pour ce premier LP euphorique, qui nous trempe les oreilles dans un bouillon culturel synthétisant trente ans de pratique corporelle. Une révélation, pour le moins, et un gang que l’on espère croiser dans le coin, pour un concert d’anthologie qui sublimera encore ces compositions déjà bien béton. Bravo messieurs, et vous aviez raison. Inutile de trop en dire sur vous, votre musique se suffit à elle-même. Tout au plus auriez-vous pu la jouer moins modeste et vous présenter d’un plus juste :

The best Thrash Metal from A Coruña.


Titres de l'album:

  1. Speedball Attack
  2. Wolfhunterg
  3. Fuck Off
  4. Phantoms Crossing The Sky
  5. Children of War
  6. Between The Lights
  7. The End Of The Way
  8. Police Brutality

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Bandcamp album

par mortne2001 le 14/12/2017 à 14:40
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