Supply And Demand

Sektarius

21/10/2016

Autoproduction

Pardonnez au chroniqueur une petite bouffée de subjectivité. Une pochette pareille, je craque. Le trait, les couleurs, le graphisme et l’idée, exhumés d’une inspiration toute eighties qui me met en joie, et me voilà dans de très bonnes dispositions pour juger du premier EP des Américains de SEKTARIUS.

Je sais, tout ceci n’a pas lieu d’être dans une chronique digne de ce nom, mais que voulez-vous, je ne suis qu’un être humain avec ses failles et ses travers.

Et une fois écouté ce Supply And Demand, je ne serai certainement pas le seul nostalgique à me laisser aller à une certaine forme de complaisance de jugement, puisque les morceaux qu’on y retrouve fleurent bon la nostalgie d’il y a presque trente ans, restituée avec une foi sans faille et des verres de bière sans paille.

SEKTARIUS est un jeune quatuor (John Vega – chant, Mike Gallegos – guitare, Henry Fordney – basse et Moe Rodriguez – batterie), qui s’est formé à l’été 2015, et qui semble avoir de sérieuses obsessions pour le Thrash à tendance Death de la fin des années 80.

Ils revendiquent des influences inévitables (SLAYER, DEMOLITION HAMMER, BRUTALITY, mais aussi NUCLEAR ASSAULT et DEATH), et ne font pas ça pour éviter d’être trop précis, mais parce qu’elles correspondent exactement à la démarche de violence qu’ils ont choisie.

Plus Thrash brutal traité comme un Death fatal que Death Metal à tendance Thrash létal, ce premier EP rappelle bien des combos de cette illustre décennie qui avait laissé voir le jour à des styles extrêmes que l’on vénère toujours autant aujourd’hui.

Un peu SEPULTURA gauche pour l’attitude, pas mal de réminiscences de séries B fameuses tels les INDESTROY et autres HEXX ou INFECTED pour ce son si radical, et une atmosphère qui rappelle quelques combos Thrash revivalist contemporains, spécialement ceux issus d’Amérique du Sud qui ont toujours privilégié la franchise à la finesse.

Mais Dieu que tout cela est bon, et bien exécuté…Tout est casher ici, des sonorités de guitares stridentes à cette rythmique un peu étouffée mais débridée, en passant pas une basse qui claque en arrière-plan à la Dan Lilker, et ce, jusqu’à ce chant presque Hardcore tout en charge et inflexions rauques et graves.

C’est certes très classique dans le ton, mais authentique dans le fond, et de « Supply And Demand » à « The Philosophers Are Dead », le voyage dans le temps est valide et excitant.

Pourtant, tout commençait sous l’égide d’influences un peu trop prononcées et Slayerisées, puisque le tranchant morceau éponyme d’ouverture ne fait aucun cas de sa révérence à la bande de Tom et Kerry. Riff d’intro à la « Necrophobic », entame vocale hystérique à la « Angel of Death », et puis cette guitare tournoyante qui synthétise les  digressions d’EXUMER et ACCUSER pour une symphonie en Thrash SLAYER majeure, pour le meilleur et le moins pire.

Mais il n’y a pas de mal à copier les meilleurs pour savourer son heure, et celle des SEKTARIUS est arrivée, oyez, oyez.

Si le quatuor se plait à citer les immanquables TESTAMENT et MEGADETH, ils en sont tout de même assez loin, niveau technique d’abord, mais aussi délicatesse de composition, puisqu’ici, tous les morceaux cavalent à vive allure, tout en se permettant quelques breaks Heavy du meilleur effet.

Le meilleur exemple en reste le tonitruant « Dismembered Remains », qui de son intitulé très Death se vautre dans une belle fange Sonic Thrash après avoir laissé traîner une belle intro en mid tempo en trompe l’œil. Inspiration radicale à la INCUBUS/OPPROBRIUM, pour une cavalcade qui éjecte les pellicules de la chevelure dans toute la chambre, sans avoir à passer un peigne ou un coup de brosse. Simple, efficace et impeccable pour se rappeler des séances de headbanging de notre enfance/adolescence.

« Enemy At The Gates » enfonce un peu plus le clou de la filiation EXODUS/SLAYER/NUCLEAR ASSAULT, malgré quelques beuglantes absolument terrifiantes, et joue le jeu du Crossover à fond, tout en piquant l’air de rien leurs meilleurs riffs à King et Holt, pour les replacer dans un contexte INFERNAL MAJESTY.

Compliqué à lire ? Oui, mais simple à écouter, et encore plus à apprécier.

« Reign Of Terror » suit de nouveau les morceaux de barbaque de la piste forestière EXUMER, avec un refrain typique et choc, mais plaçant quand même quelques pauses sous formes de breaks Heavy très précis et délibérément Hardcore.

« The Philosophers Are Dead », en tant que final fait honneur à son titre, même si la philosophie des SEKTARIUS, bien que directe et sans fioritures, soit encore plus patente sur ce morceau que sur les autres. Avec toujours cette basse brillante qui annonce des breaks écrasants et inspirés (de SLAYER, toujours), et ces couplets qui n’ont cure de la raison et qui plongent accord de mi en tête dans la passion, Thrash, Death, Thrash Death, et finalement un peu à cheval entre les deux, mais avec modération dans le ton.

Ici, le chaos éclate à chaque instant, mais ne vous fait pas tomber dans la paranoïa. Bien qu’éminemment bourrins, les Américains signent avec Supply And Demand un bel hommage à la brutalité passée, et se placent en bonne série dans la course en tête du Thrash vintage, option bestialité assumée.

Sachant se montrer suffisamment précis dans l’attaque, mais largement assez violents dans les tacles, les quatre maniaques de la violence instrumentale s’offrent une belle entrée en matière, entre le SLAYER de Reign In Blood/Seasons In The Abyss et le INCUBUS de Beyond The Unknown, avec une légère touche du None Shall Defy d’INFERNAL MAJESTY, sans cracher sur un brin d’OVERDOSE.

 Je vous avais dit que cette pochette séduisante cachait un contenu qui ne l’était pas moins. Je commence à avoir le nez creux avec l’âge, mais ne croyez pas pour autant que ne suis plus capable d’être en nage en écoutant un bon EP de Thrash sauvage. Ce que Supply And Demand est, sans conteste possible.


Titres de l'album:

  1. Supply And Demand
  2. Chemtrails
  3. Dismembered Remains
  4. Enemy At the Gates
  5. Reign of Terror
  6. The Philosophers Are Dead

Bandcamp officiel



par mortne2001 le 03/11/2016 à 15:35
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