Incroyable comme le terme « symphonique » peut me faire fuir à toutes jambes. Accolé à n’importe quelle appellation de genre, il me déclenche une éruption cutanée digne de la pire épidémie de peste bubonique, et si d’aventure j’osais affronter l’adversité en écoutant les groupes s’en réclamant, mon visage se teinterait soudainement de pustules d’une jolie nuance rubiconde…Mais nonobstant ce constat somme toute assez personnel, je ne suis pas plus obtus que la moyenne, et lorsqu’un ensemble tentant des prétentions orchestrales m’offre une base solide et des morceaux qui tiennent debout sans tout un barnum orchestral de pacotille, je remise par derrière moi mes préjugés, et je suis le premier à en chanter les louanges. Encore faut-il que la base soit travaillée, que les compositions restent élaborées, et que le concept ne gravite pas autour d’effets cheap dignes d’un orchestre singé par un vieux DX-7 fatigué…Mais en parlant de claviers, je connais deux musiciens qui en sont passionnés, Kjetil Ytterhus (OMNIA MORITUR) et André Aaslie (FUNERAL, IMAGES AT TWILIGHT, ABYSSIC), et qui justement ont uni leurs forces il y a quelques années pour proposer leur propre vision d’un Black Metal épique via la création de leur propre entité PROFANE BURIAL. Avec une formation complétée par Bjørn Dugstad Rønnow (batterie, FIGHT THE FIGHT, TROLLFEST), Jostein Thomassen (guitare et basse, FRACTURE) et le redoutable frontman Ronny Thorsen (chant, TRAIL OF TEARS, BLOOD RED THRONE), les deux acolytes étaient fin prêts à déverser sur le monde leur haine en forme de symphonie macabre, et il faudra donc attendre encore un peu avant que notre label chéri Apathia ne le distribue dans une superbe édition digipack dès le vingt-trois de ce mois…Et faites-moi confiance, si la maison de disques française s’est investie dans ce projet, c’est qu’il y a évidemment anguille sous roche, et baguette d’or près du pupitre…

Je le disais, le symphonique ne s’arrange guère de facilité instrumentale, et ne doit surtout pas représenter une échappatoire pour frustrés du classique, dont le talent ne s’accorderait guère de son exigence. On connaît les travers les plus symptomatiques du genre, de ces synthés qui sonnent comme tels et qui peinent à reproduire en digital les sons cristallins des violons ou la puissance des cuivres, à ces déviances de compositions qui confondent Verdi et Paganini. Ici, ce genre de défaut n’est pas à souligner, puisque les deux ordonnateurs du projet connaissent leur boulot sur le bout des touches, et nous ont concocté une bande-son de l’horreur à satisfaire le plus pointilleux des fans de Lovecraft. En se servant d’une base BM traditionnelle, très ancrée dans la mouvance la plus 90’s, Kjetil et André ont ensuite brodé des thèmes mélodiques ouvragés, qui renvoient dans les miroirs de l’illusion les suiveurs les plus tristes, et qui se permettent parfois de tutoyer les sommets les plus élevés d’EMPEROR ou de SEPTICFLESH, sans pour autant paraphraser l’un ou l’autre. On est en tous cas très loin de la facilité gothico-commerciale des CRADLE OF FILTH, et chaque morceau est une pierre de plus ajoutée à cette cathédrale sonore, aussi brutale qu’emphatique. Les musiciens n’ont reculé devant aucun effort pour friser la perfection, et de cette production ample mais claire qui donne latitude à tout le monde jusqu’à cette interprétation au millimètre, en passant par ces arrangements d’une richesse sombre, chaque détail a été étudié et optimisé pour s’intégrer dans un cadre global à la grandiloquence morbide. Car aussi symphonique soit The Rosewater Park Legend, il n’en est pas moins une grande œuvre de Black Metal contemporaine qui va rechercher dans le passé de quoi meubler son avenir. Et le nôtre, par extension.

Pour envisager l’œuvre dans toute sa démesure et sa richesse, il suffirait de se dire qu’il y a autant de talent qui sépare cet album du dernier DIMMU BORGIR, qu’il n’y en avait éloignant RONDO VENEZIANO de Verdi. Certes, l’image est quelque peu exagérée, mais en cinquante minutes de musique, les norvégiens couvrent tant de terrain que les superlatifs abondent à l’esprit. Pour être honnête, cette première réalisation est si exempte de défaut qu’on a le sentiment qu’elle se plaît à synthétiser tous les aspects les plus séduisants du créneau, en l’expurgeant de ses scories les plus encombrantes. Tenant tout autant de l’opéra maudit que de la bande originale de film d’épouvante majeur, The Rosewater Park Legend se répand en longs chapitres qui se veulent aussi graves qu’harmonieux, et qui tendent parfois à recréer l’esprit originel de l’Horror Metal, tel qu’il fut défini en son temps par des références comme KING DIAMOND ou DEATH SS, le sérieux et l’application en plus. Pas de gimmicks encombrants ici, mais des parties orchestrales bluffantes de vérité, qui parviennent sans mal à recréer artificiellement l’esprit dramatique d’un véritable orchestre, sans pour autant empiéter sur un instrumental à la profondeur abyssale. Difficile d’extraire un exemple précis d’un ensemble indivisible, mais à l’écoute d’une petite merveille comme « An Interlude (Or How the Curse Of Rosewater Park Began) », on se prend à rêver d’un univers parallèle, peuplé de créatures à la Burton et de décors à la Murnau, sinuant dans l’imaginaire du bestiaire le plus fou de Clive Barker, dans un inconnu qui ne rassure pas plus qu’il ne protège des monstres. Son énorme, progression en petites touches discrètes, et accumulation d’effets et de sons tournoyants qui nous enferment dans un linceul mélodique aussi nocif que protecteur, tout est agencé superbement pour nous faire perdre contact avec la réalité, et nous immerger dans un monde où l’onirisme gothique règne en maître…

J’ai bien conscience que ces allusions pourront sembler excessives à bon nombre d’entre vous, mais même après plusieurs écoutes attentives du produit en question (que le terme « produit » peine à définir de ses connotations triviales d’ailleurs), je ne suis toujours pas parvenu à trouver une faille à ce monolithe forgé d’une inspiration bouillonnante et terrifiante. Et si parfois l’horloge tourne au point de donner l’illusion de ne plus s’arrêter, la passion ne cède pas un pouce à la facilité, et « The Tale The Witches Wrote » d’achever de nous convaincre de la pertinence de la démarche et du - osons le terme - génie de ces compositeurs/arrangeurs de l’extrême qui ont tellement poli leur œuvre qu’elle brille encore dans la nuit. Avec des parties de guitare aussi grondantes qu’un orage d’automne, et les litanies vocales d’un Ronny Thorsen au timbre très proche de Mortuus de MARDUK, PROFANE BURIAL peut se targuer d’incarner conjointement la déliquescence âpre d’un Black Metal vraiment aride, et la déraison d’un Symphonique méchamment emphatique, sans que l’équilibre ne soit rompu par manque de clairvoyance ou par excès de violence. Il est très rare de trouver juste milieu aussi parfaitement incarné, mais le quintette maintient la pression jusque dans les dernières mesures, et assume sa démesure tout en restent prudent et précautionneux en termes de pertinence d’agencement. On se retrouve donc face à un monument impressionnant, s’élevant dans des cieux embrumés, et surtout, face à de gigantesque portes qu’il convient de passer pour pénétrer un univers différent, fait d’ombre et de lumière, et de douceur classique et de brutalité métallique. Malgré le métier de tous les acteurs de cette entreprise, difficile de croire que The Rosewater Park Legend n’est qu’un premier jet tant il expire la maîtrise et respire la perfection, mais tel est l’apanage des musiciens d’exception. Et de fait, cet album pourrait incarner une quintessence, et surtout la preuve que le mot « symphonique », lorsqu’il n’est pas traduit dans un langage vulgarisant, peut s’accoler à n’importe quel genre pour le transcender et l’habiter de sa personnalité complexe. On peut parler de chef d’œuvre, ou garder une certaine mesure. Mais la mesure n’étant pas le choix initial des norvégiens, le choix est rapidement fait.


Titres de l'album:

  1. The Tower Bell
  2. The Stench Of Dying Roses (The Children's Song)
  3. The Soldier's Song
  4. A Different Awakening (A Proclamation By The Priest)
  5. An Interlude (Or How the Curse Of Rosewater Park Began)
  6. The Letters
  7. The Tale The Witches Wrote

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par mortne2001 le 17/03/2018 à 14:51
90 %    272

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


James
@176.179.171.227
19/03/2018 à 19:57:21
Wow, merci pour la découverte, c'est très prometteur tout ça

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Brainstorm

Midnight Ghost

Necronomicon

Unleashed Bastards

Dream Patrol

Phantoms of the Past

Grrrmba

Embodiment

Black Phantom

Expiration Date

Fullminator

Crackattack

Benighted

Dogs Always Bite Harder Than Their Master

Black Paisley

Perennials

Disgrace And Terror

Age of Satan

Bogue Brigade

Ruinous Behavior

Lioncage

Turn Back Time

The Cruel Intentions

No Sign of Relief

Void

Jettatura

Cauldron

New Gods

Tony Mitchell

Beggars Gold

Bosse-de-nage

Further Still

Attan

End Of

Whisker Biscuit

Kill For Beer

Morbid Messiah

Demoniac Paroxysm

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Superbe chronique, bein écrite et qui rassemble bien toutes les impressions du disque ! J'adhère à fond ! Merci d'avoir mis en avant BLACK PAISLEY !


Il sonne bien Suédois ou Néerlandais pour du Death Québécois, ça change.


Et bien rassures-toi RBD, ton report est à peine "moins pénétrant que celui d'un Mortne2001"...
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