The Saw Is Family

Morphosys

15/09/2017

Witches Brew Records

Leatherface l’avait lui-même inscrit comme devise sur sa chaîne à trancher les traînées. Et SODOM nous l’avait chanté, « The Saw Is The Law ». JACKYL s’en faisait une joie de soli accomplis, et EXHUMED s’est aussi beaucoup amusé à découper de gros tronçons Gore pour amuser les cantonniers. Alors c’est vous dire si dans le Metal, la tronçonneuse, on connaît. En Allemagne aussi, puisque les barges MORPHOSYS nous en proposent une nouvelle variante, en concept d’album, qui finalement, taille dans le gras aussi, pour tenter de nous présenter quelques côtelettes bien soignées. Bon, on ne va pas se mentir, aussi artisanale soit la boucherie familiale, on en connaît les rayons, et pas seulement parce que le groupe en décore les étals depuis 2002. Une première démo (Morphosys, 2004), un premier EP en langue de Goethe (Der Blutmond, 2006), et deux longue-durée, The Chopping Block en 2009 et A Face Of Leather (tiens donc…) en 2011, avant un long silence de six ans, sans doute pour aiguiser des couteaux émoussés. Les voici donc de retour avec The Saw Is Family, qui ne fera bizarrement pas tâche dans leur discographie, non parce qu’ils bossent proprement, mais parce qu’il reprend peu ou prou les mêmes techniques d’équarrissage que ses prédécesseurs. Alors, si vous aimez le bon gros Death à tendance Thrash saignant, un conseil, ne laissez pas passer l’occasion de venir les saluer.

Pochette ornée d’un outil chromé, à la lame chaînée bien huilée, pour une grosse demi-heure de brutal qui laisse les tendons saigner. Autant être franc, le quatuor (Chris Caravello - chant & tronçonneuse, Marko - guitare, Jazz – putain de basse et Alex – batterie), ne fait ni dans la dentelle, ni dans les crépinettes sur lit de brocolis, et ne se perd pas en conjectures pour nous refourguer ses riffs limites faisandés et ses grognements étouffés. Aucune originalité à attendre d’un groupe qui multiplie les références, celles déjà citées, mais aussi CANNIBAL CORPSE, DEBAUCHERY évidemment, et même MASSACRE, dont ils reprennent le « Corpse Grinder » en fin de parcours. De quoi se faire les dents et se coucher avec un taux de satiété satisfaisant ? Certes, les allemands ont bien chargé la sauce Death, qui prend, malgré des automatismes flagrants et une propension à aller toujours du même avant. Heureusement pour eux, quelques passages sympathiquement Heavy viennent faire la différence et alléger la pitance, de même qu’une patine Thrash barbare générale qui rend le tartare plus digeste. En dehors de ça, rien de notable à pointer du doigt coupé, si ce n’est un certain flair pour décocher des parties accrocheuses et timidement mélodiques.

Ça joue assez bien, très carré, les mecs connaissent leur boulot, mais au petit jeu du « qui joue quoi ? », la partie est vite gagnée, puisque les références ne sont même pas planquées. A vous de voir si vous serez capables de les repérer, mais je vous garantis que même en étant à moitié sourd, elles ne sont pas difficiles à dénicher.

Un certain sens du chaloupé rythmique apporte à l’ensemble une fraîcheur qui permet d’aérer la chambre froide, tout comme des vocaux, qui lorsqu’ils sont uniques ont tendance à se répéter, alors qu’ils assurent la pesée lorsqu’ils sont superposés. On imagine alors très bien une famille de tarés vous introduire à leur petite échoppe familiale planquée, alors que dans l’arrière-boutique, un vieux transistor fatigué résonne d’un tube Heavy/Thrash oublié (« Storm Of Blood », l’une des meilleures plâtrée).

Tout n’est pas dit dès le jeu de mot d’intro « Carniwar », qui pourtant ne ménage pas ses effets de bruitages motorisés, et c’est certainement ce qui apporte une plus-value à cet album somme toute assez prévisible. MORPHOSYS tente quand même quelques nuances dans la vitesse d’abattage, et atteint parfois des sommets de violence performante, comme le démontre « Memory Of The Insane », intelligemment accéléré, au pont rythmiquement désaxé, et aux arrangements vocaux possédés. Blasts, ambiance à la CANNIBAL CORPSE, on se laisse embringuer, et finalement, le déplacement n’est pas si déplaisant.

Nous avons même droit à des séquences purement Heavy, lourdes, emphatiques, et légèrement empruntées, mais qui permettent de saucer son plat sans rien gâcher (« Fleischelust »). Le title-track lui-même vaut le détour avec son Death à rebours, qui ne tente pas l’aller-retour et qui impose sa graisse dans la largeur, mais mangeable à toute heure (« The Saw is Family », classique, mais efficace comme un coup de trique).

En version longue, le quatuor sait imposer son point de vue pour nous laisser repus de blasts, de cris et de menace impromptues (« You Shall Bleed », le plus conventionnel du lot, mais belle démonstration de force sur le taureau), pour mieux nous surprendre l’instant suivant d’un dernier coup de machette Heavy qui vaut tripette (« Todesengel », groovy et moody).

La reprise de MASSACRE respecte l’original, et vaut presque celle de From Beyond, sauf qu’elle nous en épargne l’interminable intro, pour se concentrer sur la charge plombée de Kam Lee & co. Du beau boulot, scolaire et linéaire, mais qui permet de finir l’album sur une note joyeuse.

En gros, une bonne feuille bien meulée, pour un troisième album qui ne chamboulera pas le genre, mais qui y apportera sa petite et modeste contribution, tout en s’offrant quelques pistes Heavy’n’Thrash qui redorent un peu le blason. MORPHOSYS reste donc avec The Saw Is Family le petit groupe sympathique que l’on a toujours connu, qui sait vous rassasier, sans se faire passer pour une enseigne hautement respectée. Mais l’essentiel est d’en avoir pour son argent, et de rester entre bonnes gens aux goûts un peu déviants, comme Leatherface et sa bande d’allumés texans.

Et si la tronçonneuse fait partie de la famille, c’est qu’elle touche sa bille. Et qu’elle la coupe aussi un peu.


Titres de l'album:

  1. Carniwar
  2. The Saw Is Family
  3. Torture Chamber
  4. The Walking Dead
  5. Storm Of Blood
  6. Memory Of The Insane
  7. Fleischeslust
  8. You Shall Bleed
  9. Todesengel
  10. Corpse Grinder

Facebook officiel


par mortne2001 le 06/10/2017 à 14:05
70 %    453

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

The Gathering 2006

RBD 26/05/2020

End Of Society's Sanity

mortne2001 25/05/2020

Dusk...And Her Embrace

JérémBVL 25/05/2020

Indecent & Obscene

Baxter 23/05/2020

Programmed

mortne2001 22/05/2020

Sodomizing The Archedangel

JérémBVL 22/05/2020

Dawn of Dreams

mortne2001 20/05/2020

AD VITAM INFERNAL / Interview

Jus de cadavre 19/05/2020

Beyond

mortne2001 18/05/2020

Concerts à 7 jours
Blue Oyster Cult 02/06 : Le Trianon, Paris (75)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
JérémBVL

Enorme surprise, ça va être l'album de l'été!

25/05/2020, 13:44

Gargan

Ep suivant avec les tubes "Respect social distanciation", "keep your mask before I call the cops", "fucking conspiracist", "Vaccinate or eliminate" !

25/05/2020, 10:51

Listing Monstercity

Ahhh, cet album de Cancer... :-) Je l'avais justement dépoussiéré il y a 15 jours. Que de souvenirs ! Ca faisait plaisir à l'époque de retrouver James Murphy après sa mise à la porte de Death (quel gâchis !). Je trouve que ce type n'a pas du tout eu la carrière qu'il méritait (sans parler (...)

24/05/2020, 20:36

Buck Dancer

El Gringo, le nouveau café de Jacques Bave.

24/05/2020, 19:27

Gargan

Ce nom de groupe, gringo.. Prochain nom d'album "between the arabica and the robusta (a black curse of unholy flavor)"

24/05/2020, 18:34

Humungus

Putain ce son de CANCER tout de même !!!
Un grand merci Simony de me remémorer cette merveille.
Je vais me réécouter les albums pour la peine... ... ...

24/05/2020, 16:00

Buck Dancer

Excellente réinterprétation de " The end of dormancy", peut-être le meilleur morceau de " The wake"

"Point the finger" très bon morceau du dernier Body Count, mais où est passé la chronique ?!

24/05/2020, 14:53

JérémBVL

#JeSuisSimony

24/05/2020, 14:33

Humungus

"Symonyestungogol"...
AH AH AH !!! !!! !!!
Ca, cela va me faire mon dimanche bordel... ... ...

24/05/2020, 13:28

Moshimosher

Curieux de voir ce que ça peut donner...

24/05/2020, 03:04

grinder92

Cher Anonyme qui s'exprime sous l'IP 90.66.134.237 (par respect pour mon estimé collègue, je ne citerai pas ton pseudo), la liberté d'expression est une valeur chère à notre webzine, tout comme l'honnêteté dont nous essayons toujours de faire preuve. Nous ne sommes pas parfaits mais ne le cac(...)

23/05/2020, 16:37

Jus de cadavre

Euh...
Franchement là ?

23/05/2020, 14:56

Simonyestungogol

Quand on avoue ne rien connaitre au power melodique à part Strato et Gamma Ray et quon ose dire quon a jamais accroché à Angra, on se tait! Et on laisse un vrai amateur s'exprimer.

23/05/2020, 14:02

poybe

Après notre petite discussion de l'autre jour, je l'ai réécouté et j'ai pris un pied total et ce n'est pas que de la nostalgie ... en espérant que ta chronique permette à quelques uns de découvrir cette pépite.

22/05/2020, 21:32

JérémBVL

Encore un chef-d'œuvre !

22/05/2020, 08:49

Humungus

Jolie pochette...

22/05/2020, 08:29

MorbidOM

Y compris celle-là ?
(désolé je n'ai pas pu m'en empêcher, je suis déjà dehors...)

21/05/2020, 18:28

LeMoustre

Comme toute généralité, d'ailleurs

21/05/2020, 16:54

KaneIsBack

Pareil. Je suis curieux d'entendre Fernanda chanter sur du death.

21/05/2020, 15:48

MorbidOM

Deicide était chez Earache de "The Stench of Redemption" à "Till Death Do Us Part"

21/05/2020, 14:59