Un groupe à cheval entre l’Allemagne et le Costa Rica, signé sur un label norvégien, voilà donc une affaire cosmopolite. Mais pour qui connaît Terratur Possessions, maison de disque de Trondheim, il y a anguille sous roche. En effet, le label, uniquement concentré sur le Black Metal (à l’image de nos Acteurs de l’Ombre, dont ils partagent l’esthétique et l’exigence) n’est pas du genre à signer du tout-venant sous prétexte qu’ils font plus de bruit que leurs voisins, ni qu’ils sont plus lo-fi qu’une démo enregistrée dans une vieille cave suintante. Un seul mot d’ordre pour cette structure : la qualité, et le culot. Et sans connaître les musiciens qui forment cette nouvelle entité, on devine déjà à la vue de la pochette qu’ils ont plus à proposer qu’une simple litanie de souffrance sur lit de gémissements glauques. Légèrement arty, cet artwork nous indique que nous avons affaire à des gens de goût, et les premières écoutes confirment cette impression. Sans révolutionner le grand petit monde du BM, les UMBRA CONSCIENTIA en enrichissent les rangs de leur optique belligérante et puissante. Peu d’informations au sujet du concept, dont les intervenants se cachent évidemment sous des pseudonymes de bon goût (A.N.L - batterie, Aether - guitare/basse/chœurs et F - chant), mais un premier longue-durée qui explore des pistes intéressantes, et qui se place dans la plus directe lignée de l’agression centre européenne, avec en ligne de mire, l’efficacité terrassante de l’école allemande. De la rigueur donc dans l’exécution, mais aussi un don certain pour trousser des ambiances, et des variations sur des thèmes connus. Mais dans les faits, cette conception se traduit par une agression de tous les instants, une violence omniprésente, et une recherche de l’effet sonore qui permet de se décaler stylistiquement des plus grandes influences.

Lesquelles ? Trop nombreuses pour être citées, mais il n’est pas interdit de voir en cette bestialité froide des réminiscence du 1349 le plus violent, voire du MARDUK de début de carrière. Un subtil mélange de noirceur européenne et de froideur scandinave, pour un mélange incroyablement professionnel et carré. Et c’est après l’intro de rigueur « El Caos Que Precede A La Creacion » que les débats s’enflamment enfin, via le terrassant « Maze of Exile », qui pose les bases de la philosophie. On remarque immédiatement cette gigantesque production, très claire qui met la section rythmique en avant, tout en laissant le chant fielleux égrener ses litanies obscures. D’une densité indéniable, la musique des UMBRA CONSCIENTIA est un concentré de haine canalisée, pour se montrer plus efficace, une succession de tempi tous plus rapides les uns que les autres, un amas de riffs acides et aigus qui prennent à la gorge, et une accumulation de plans cohérents, qui mis bout à bout forment une symphonie de mort assez impressionnante. Mais si la brutalité est mise en exergue, ça n’est pas aux dépends de l’ambiance, poisseuse, étrange, à l’image de cette pochette cryptique qui laisse place à l’interprétation. Cette même interprétation millimétrée qui ne laisse aucune place au hasard ou à l’erreur, et qui substitue des attaques d’une véhémence incroyable à de fausses accalmies incantatoires, d’un classicisme patent, mais d’une liberté créative tangible. Chacun à son poste est parfait, même si A.N.L et F sont les deux points de focalisation de l’affaire. Le batteur, d’une fluidité n’ayant d’égal que sa rapidité propulse les riffs dans les abysses de l’enfer, et rappelle les meilleurs percussionnistes, de Hellhammer à Trym en passant par Frost. Toutes proportions gardées évidemment, mais on sent entre les blasts en métronome et les fills plein de rage qu’A.N.L a de quoi défier les meilleurs sur leur propre terrain.

En contrepoint, F s’arrache les cordes vocales pour créer un maelstrom démoniaque comme le démontre sans ambages « Romance of Contradictions », véritable opéra morbide en puissance majeure. Cette musique, traditionnelle dans le fond, s’avère fertile et osée dans les faits. Sans avoir recours à des gimmicks, le groupe superpose les couches au point de donner le sentiment d’être un orchestre symphonique maudit, et offre une épaisseur de strates conséquente. Et comme les bougres n’hésitent jamais à emprunter au répertoire Metal formel de quoi rendre leurs compositions plus accrocheuses, le mélange provoque, choque les oreilles, et démontre que ses créateurs ont l’étoffe des meilleurs compositeurs. Et chaque morceau de continuer le travail de sape entrepris par le précédent, y ajoutant de la compression, de l’oppression, des atmosphères délétères, sans jamais perdre en intensité ni en méchanceté (« Citrinitas », les hurlements stridents de F y font merveille, tout comme les plans une fois encore dantesques d’A.N.L). Certes, les compositions sont longues, et de plus en plus au fur et à mesure de l’album, mais les idées ne manquent pas, et la routine ne menace jamais d’assombrir la vue. Que les partis-pris soient d’une brutalité hors-norme (« Umbra Conscientia ») ou pas, on peut comprendre que cette débauche d’ultraviolence ne cache aucunement un désir de proposer une musique construite et osons le terme, « progressive » dans la forme. Il n’est pas rare qu’un morceau soit construit sur trois, quatre ou cinq plans différents, s’imbriquant à merveille, et c’est en découvrant l’homérique final « Yellowing of the Lunar Consciousness » que l’on saisit toute la substance de la chose. Guitare dissonante, lenteur excessive, avant un nouveau déferlement de haine sous contrôle, pour un rappel des faits MAYHEM sur fond d’attaque à la BATHORY/IMMORTAL. Mais tout en piochant dans les classiques, UMBRA CONSCIENTIA noircit sa propre aura et s’impose comme découverte de premier plan, capable d’inserts Thrash dans un contexte purement BM, sans tomber dans les travers n’Roll grotesques de bon nombre de ses contemporains moyennement evil.  

Belle découverte que cette union Allemagne/Costa Rica, et malgré son apparition tardive sur le marché, il y a fort à parier que Yellowing Of The Lunar Consciousness finira dans le top 10 de bon nombre de webzines extrêmes. Ce qui ne serait que mérité, au vu de la qualité d’un album unique.             

                                  

Titres de l’album :

                          01. El Caos Que Precede A La Creacion (Intro)

                          02. Maze of Exile

                          03. Romance of Contradictions

                          04. Citrinitas

                          05. Umbra Conscientia

                          06. Lord of Phosphorus

                          07. Yellowing of the Lunar Consciousness

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par mortne2001 le 08/03/2020 à 19:39
88 %    214

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


LeMoustre
@93.4.16.166
09/03/2020 à 11:28:26
Pas mal du tout, et assez diversifié dans son approche, un disque alléchant, si je le vois en bacs je le prendrai. Merci pour cette chronique et cette mise en lumière.

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