Yellowing Of The Lunar Consciousness

Umbra Conscientia

30/11/2019

Terratur Possessions

Un groupe à cheval entre l’Allemagne et le Costa Rica, signé sur un label norvégien, voilà donc une affaire cosmopolite. Mais pour qui connaît Terratur Possessions, maison de disque de Trondheim, il y a anguille sous roche. En effet, le label, uniquement concentré sur le Black Metal (à l’image de nos Acteurs de l’Ombre, dont ils partagent l’esthétique et l’exigence) n’est pas du genre à signer du tout-venant sous prétexte qu’ils font plus de bruit que leurs voisins, ni qu’ils sont plus lo-fi qu’une démo enregistrée dans une vieille cave suintante. Un seul mot d’ordre pour cette structure : la qualité, et le culot. Et sans connaître les musiciens qui forment cette nouvelle entité, on devine déjà à la vue de la pochette qu’ils ont plus à proposer qu’une simple litanie de souffrance sur lit de gémissements glauques. Légèrement arty, cet artwork nous indique que nous avons affaire à des gens de goût, et les premières écoutes confirment cette impression. Sans révolutionner le grand petit monde du BM, les UMBRA CONSCIENTIA en enrichissent les rangs de leur optique belligérante et puissante. Peu d’informations au sujet du concept, dont les intervenants se cachent évidemment sous des pseudonymes de bon goût (A.N.L - batterie, Aether - guitare/basse/chœurs et F - chant), mais un premier longue-durée qui explore des pistes intéressantes, et qui se place dans la plus directe lignée de l’agression centre européenne, avec en ligne de mire, l’efficacité terrassante de l’école allemande. De la rigueur donc dans l’exécution, mais aussi un don certain pour trousser des ambiances, et des variations sur des thèmes connus. Mais dans les faits, cette conception se traduit par une agression de tous les instants, une violence omniprésente, et une recherche de l’effet sonore qui permet de se décaler stylistiquement des plus grandes influences.

Lesquelles ? Trop nombreuses pour être citées, mais il n’est pas interdit de voir en cette bestialité froide des réminiscence du 1349 le plus violent, voire du MARDUK de début de carrière. Un subtil mélange de noirceur européenne et de froideur scandinave, pour un mélange incroyablement professionnel et carré. Et c’est après l’intro de rigueur « El Caos Que Precede A La Creacion » que les débats s’enflamment enfin, via le terrassant « Maze of Exile », qui pose les bases de la philosophie. On remarque immédiatement cette gigantesque production, très claire qui met la section rythmique en avant, tout en laissant le chant fielleux égrener ses litanies obscures. D’une densité indéniable, la musique des UMBRA CONSCIENTIA est un concentré de haine canalisée, pour se montrer plus efficace, une succession de tempi tous plus rapides les uns que les autres, un amas de riffs acides et aigus qui prennent à la gorge, et une accumulation de plans cohérents, qui mis bout à bout forment une symphonie de mort assez impressionnante. Mais si la brutalité est mise en exergue, ça n’est pas aux dépends de l’ambiance, poisseuse, étrange, à l’image de cette pochette cryptique qui laisse place à l’interprétation. Cette même interprétation millimétrée qui ne laisse aucune place au hasard ou à l’erreur, et qui substitue des attaques d’une véhémence incroyable à de fausses accalmies incantatoires, d’un classicisme patent, mais d’une liberté créative tangible. Chacun à son poste est parfait, même si A.N.L et F sont les deux points de focalisation de l’affaire. Le batteur, d’une fluidité n’ayant d’égal que sa rapidité propulse les riffs dans les abysses de l’enfer, et rappelle les meilleurs percussionnistes, de Hellhammer à Trym en passant par Frost. Toutes proportions gardées évidemment, mais on sent entre les blasts en métronome et les fills plein de rage qu’A.N.L a de quoi défier les meilleurs sur leur propre terrain.

En contrepoint, F s’arrache les cordes vocales pour créer un maelstrom démoniaque comme le démontre sans ambages « Romance of Contradictions », véritable opéra morbide en puissance majeure. Cette musique, traditionnelle dans le fond, s’avère fertile et osée dans les faits. Sans avoir recours à des gimmicks, le groupe superpose les couches au point de donner le sentiment d’être un orchestre symphonique maudit, et offre une épaisseur de strates conséquente. Et comme les bougres n’hésitent jamais à emprunter au répertoire Metal formel de quoi rendre leurs compositions plus accrocheuses, le mélange provoque, choque les oreilles, et démontre que ses créateurs ont l’étoffe des meilleurs compositeurs. Et chaque morceau de continuer le travail de sape entrepris par le précédent, y ajoutant de la compression, de l’oppression, des atmosphères délétères, sans jamais perdre en intensité ni en méchanceté (« Citrinitas », les hurlements stridents de F y font merveille, tout comme les plans une fois encore dantesques d’A.N.L). Certes, les compositions sont longues, et de plus en plus au fur et à mesure de l’album, mais les idées ne manquent pas, et la routine ne menace jamais d’assombrir la vue. Que les partis-pris soient d’une brutalité hors-norme (« Umbra Conscientia ») ou pas, on peut comprendre que cette débauche d’ultraviolence ne cache aucunement un désir de proposer une musique construite et osons le terme, « progressive » dans la forme. Il n’est pas rare qu’un morceau soit construit sur trois, quatre ou cinq plans différents, s’imbriquant à merveille, et c’est en découvrant l’homérique final « Yellowing of the Lunar Consciousness » que l’on saisit toute la substance de la chose. Guitare dissonante, lenteur excessive, avant un nouveau déferlement de haine sous contrôle, pour un rappel des faits MAYHEM sur fond d’attaque à la BATHORY/IMMORTAL. Mais tout en piochant dans les classiques, UMBRA CONSCIENTIA noircit sa propre aura et s’impose comme découverte de premier plan, capable d’inserts Thrash dans un contexte purement BM, sans tomber dans les travers n’Roll grotesques de bon nombre de ses contemporains moyennement evil.  

Belle découverte que cette union Allemagne/Costa Rica, et malgré son apparition tardive sur le marché, il y a fort à parier que Yellowing Of The Lunar Consciousness finira dans le top 10 de bon nombre de webzines extrêmes. Ce qui ne serait que mérité, au vu de la qualité d’un album unique.             

                                  

Titres de l’album :

                          01. El Caos Que Precede A La Creacion (Intro)

                          02. Maze of Exile

                          03. Romance of Contradictions

                          04. Citrinitas

                          05. Umbra Conscientia

                          06. Lord of Phosphorus

                          07. Yellowing of the Lunar Consciousness

Bandcamp officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 08/03/2020 à 19:39
88 %    512

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


LeMoustre
@93.4.16.166
09/03/2020, 11:28:26
Pas mal du tout, et assez diversifié dans son approche, un disque alléchant, si je le vois en bacs je le prendrai. Merci pour cette chronique et cette mise en lumière.

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Jon _ interview d'un homme multi-facettes

Simony 23/11/2020

Interview

Future World

mortne2001 23/11/2020

From the past

Voyage au centre de la scène : les fanzines

Jus de cadavre 22/11/2020

Vidéos

Rammstein 2005 (Volkerball)

RBD 16/11/2020

Live Report

At The Mill _ Live Stream Performance

Simony 07/11/2020

Live Report

Dahey OWM

Simony 01/11/2020

Interview

Fear Factory + Misery Index 2006

RBD 28/10/2020

Live Report
Concerts à 7 jours
Saor + Borknagar + Cân Bardd 05/12 : Cco, Villeurbane (69)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
LeMoustre

Voilà 

03/12/2020, 23:19

Satan

@ Gargan : Tu n'as jamais écouté "Weiland" semble-t-il? J'ai failli m'étouffer quand j'ai lu que tu trouvais ça kitsch, car si un titre aussi luxueux est kitsch pour toi, tout dans le métal ou apparenté le devient.

03/12/2020, 21:30

Vink Dup

Excellente chronique !Il devient rare de nos jours de tomber sur des pepites du genre.Un album explosif !!Une bonne continuité depuis Expneration Denied.

03/12/2020, 13:37

Simony

Je comprends parfaitement cher Humungus et connaissant un peu les gaillards de CONVICTION, c'est tout sauf une posture mercantile en plus !Du coup, comme tu le dis : Achat !

03/12/2020, 11:09

Hoover

Que Carcass passe avant Behemoth ça me semble logique car ces derniers ont pris une nouvelle dimension depuis The satanist, je suis plus dubitatif sur Arch Enemy. Encore à l'époque Wages of sin / Anthems of rebellion où le groupe a explosé j'aurais pu (...)

03/12/2020, 11:08

Gargan

J'avais un peu de mal avec certains chants clairs et certaines mélodies, un peu kitch à mon goût et souvent en total décalage avec le chant extrême. Mais là c'est bien équilibré, un peu à la Opeth parfois. Artwork magnifique a(...)

03/12/2020, 09:48

Humungus

C'est très con à dire, mais ce truc de "un album réalisé par des fans de True Doom Metal, pour les fans de True Doom Metal" me parle (...)

03/12/2020, 09:18

Invité

Excellent titre et précommande faite. Cependant n'y a t'il pas un air / une inspiration du générique de Game of Thrones dans les premières notes ?

03/12/2020, 08:50

metalrunner

Depuis 88 et le pseudo retour ce groupe est pour ma part devenu une arnaque.

03/12/2020, 08:31

Arioch91

Je plussois !

03/12/2020, 07:40

Arioch91

Ca me semble intéressant et mérite que je m'y penche.

03/12/2020, 07:39

Satan

Après avoir écouté ça, il m'est impossible d'écouter autre chose sans risquer d'être dans le dénigrement. Empyrium ou le sens de la magie pure...

02/12/2020, 22:25

Bones

Acheté hier après des semaines de patience. Les références à S.O.D. et Slayer ne sont pas usurpées.  PUTAIN DE DISQUE ! Foncez !

02/12/2020, 18:36

Buck Dancer

MorbidOM, je savais pas pour Sabbath avant Ozzy et ça m'a fait un choc. J'étais à ce concert avec Napalm et Obituary. Carcass passe de tête d'affiche des légendes des années 90 à guest sur d'autres affiches(...)

02/12/2020, 15:53

MorbidOM

@Buck Dancer : Ou Black Sabbath qui ouvre pour Ozzy... Ah non ça ça a eu lieu...@totoro : J'ai vu aussi le concert avec Amon Amarth mais ça ne m'a pas trop traumatisé déjà parce qu'Amon Amarth c'est supportable et que même(...)

02/12/2020, 14:39

Buck Dancer

Humungus, on est d'accord pour la qualité des groupes. Mais si Ulrich avait du jouer avant je crois Mustaine je crois  qu'il aurait fait une attaque.  

02/12/2020, 14:31

totoro

Je la trouve pas mal cette affiche ! Unto Others, c'est pas mal du tout, une sorte de Sisters Of Mercy Metal ! Concernant Carcass, c'est vrai que ça fait un peu mal au cul; mais finalement la dernière fois que je les ai vu sur Paris, c'était en première (...)

02/12/2020, 13:15

Simony

@Humungus : ah j'ai posé l'écrire mais j'en pense pas moins...

02/12/2020, 10:43

Gargan

OUl ! Je l'attends de pied ferme, celui là.

02/12/2020, 09:30

Humungus

@ Buck Dancer :Sauf que GRIP INC. et MEGADETH, c'est très bon... ... ...

02/12/2020, 08:50