Vue la diversité des réactions à propos de cette affiche annoncée depuis assez longtemps, je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre quant à son succès. Hellyeah prête de loin le flanc à certaines critiques trop tentantes. Comme si beaucoup de gens avaient honte d'aller voir le groupe de l'ancien batteur de PanterA. Cela fait très longtemps que le Rockstore ne prend plus de risques sur le Metal, il faut du gros complet (Meshuggah, Trust deux soirs d'affilée dernièrement) ou sinon la programmation est compromise pour des années. Finalement on a dû arriver à une demi-salle, et un public trop jeune en moyenne pour que l'accusation collective de nostalgie puisse tenir. C'était déjà un bon point inattendu.

Bien qu'évoluant dans un style populaire par chez nous, je ne connaissais OVERCHARGER que de nom. Les quatre Bordelais ne trompent pas avec leurs dégaines de Metalleux de l'ancien pays confédéré : vestes et gilets à patches, vêtements pour être à l'aise, barbes poisseuses. Cela penche plus vers le Metal que le Stoner, nous suivions avec eux les brisées de Black Label Society, PanterA voire surtout Down (je le dis tout bas vu le contexte). Une touche de Blues Rock rend authentique ce mélange très classique. Malgré leur jeunesse ces Louisianais par l'esprit dégagent une énergie et un groove certain, le point le moins fort étant peut-être la batterie qui assure la syncope emballante sans montrer une précision chirurgicale un peu superflue. Tel solo de guitare sonnait comme le Dimebag le plus barge, tel autre puait le Blues. Si l'originalité n'est pas le but, Overcharger se détache par un certain génie du bon riff et de la bonne mélodie prenante en acoustique, c'est un groupe qui s'exprime à travers l'héritage sudiste le plus pur plutôt qu'il ne lui rend hommage comme tant d'autres. Le chanteur, correct dans sa partie, n'a pas eu à beaucoup faire pour nous convaincre de se laisser aller, d'autant que quelques personnes étaient même venues spécialement de chez eux. Nous les reverrons avec plaisir.


C'était bien la sixième fois que je voyais GOROD, presque tous les ans, mais jamais encore en décalage au sein d'une affiche. J'imagine que la connexion Girondine est à l'origine, et que cette date isolée leur permettait de prendre les marques pour la tournée du mois prochain. En effet j'ai trouvé Julien légèrement moins pitre que d'habitude, bien que toujours aussi professionnel sur son chant. À l'avenant, le groupe n'a évidemment rien perdu de sa maîtrise. Mieux encore, l'orientation de ces dernières années vers des territoires un peu plus bourrins, au détriment des moulinets, est une bonne chose. Le mixage maison plus axé sur la rythmique y a aussi contribué sans doute. Ainsi s'estompa une partie de la gêne qui est toujours restée dans mon appréciation, malgré mon intérêt pour le Death Technique et une fréquentation assez ancienne et régulière. Je ne saurais dire pourtant s'ils ont joué des titres de l'EP qui va sortir, la spontanéité sensée les caractériser étant à première écoute très semblable aux titres plus directs du dernier album. J'ai cru reconnaître un ou deux titres plus anciens.

Sur une scène plus grande que les autres fois, on pouvait mieux profiter de l'ensemble des cinq membres, Matthieu portant par exemple ce t-shirt de Kronos rappelant une tournée légendaire de 2011. Mais je doute qu'un grand nombre de gens présents ici les eussent déjà vus. La formule éprouvée du Death jovial n'a pas manqué son effet, l'assistance s'est bien bougée. Le set paraissait court mais comme c'était dû en partie à une interprétation rapide, ils ont pu caser un titre de plus après le sempiternel "apéro !" final de Julien servant habituellement à signaler la fin du set, du bonus.


J'abordai HELLYEAH avec prudence, quand entra en premier en scène Vinnie Paul dont le look inchangé depuis des lustres donne l'illusion qu'il n'a pas pris une ride depuis toutes ces années. Mais je suis rentré rapidement dans le bain, la bière aidant sans doute – elle fait partie du jeu. Si les versions studio des titres me laissent froid, cela peut changer sur scène. Les cinq ont énormément de métier et, dans le sillage de Chad Gray, toujours la pêche. La présence de deux guitares donne de la force, et ce malgré un accordage aigu et un mixage Rock qui ne les privilégiait pas.

Entre deux titres Chad Gray casait des speeches assez bateau (à l'image des paroles, du reste) sur le Heavy Metal et les fans, mais dans un anglais très compréhensible. Le grand savoir-faire du combo emballait l'assistance au point qu'on vit même des circle pits, pas très évidents pour ce style de Metal groovy. Les plans simples, empreints de la culture musicale du pays profond, laissaient brutalement retomber la pression sur les quelques intros acoustiques. Régulièrement Vinnie Paul envoyait une baguette que l'on s'arrachait.  Chad, avec sa barbiche rouge et ses dreads, ne semblait pas s'user au fil du set, conservant une énergie et un timbre égal. Je remarquai avec étonnement que certaines personnes semblaient bien connaître les paroles, et effectivement quelques personnes sur la gauche levèrent fièrement les mains quand Chad demanda qui les avait déjà vus. Pour la majorité restante, la formule permettait de passer un très bon moment avec une musique certes balisée mais plaisante à vivre. Je présume que la reprise de Collins est passée dans le tas, sans que je l'aie identifiée. Aucune reprise Metal n'était incluse et encore moins des autres groupes des membres, ce qui est dommage. Le set le plus long passa ainsi sans difficulté, jusqu'au titre éponyme au refrain terriblement basique et fédérateur, comme il y en avait eu d'autres avant. Aucun rappel n'était prévu comme avec tous les groupes professionnels Américains, il fallut se séparer après quelques acclamations sous les notes d'un piquant "Personal Jesus" fort à propos à plus d'un titre.


Je ne pensais pas passer une aussi bonne soirée, partant avec peu d'attentes. Je n'ai pas dévalisé le stand faute de conversion soudaine, mais c'est un sentiment infiniment préférable aux grandes rencontres décevantes.


par RBD le 17/03/2017 à 08:08
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Clair qu'elle donne sacrément envie cette chronique ! Juste pour info il est à combien le bouquin ?


Le bouquin m'a fait penser à celui sur le NYHC. J'ai bien sûr été moins concerné, puisque j'ai arrêté le Death assez tôt (les meilleurs groupes ont en effet sorti leurs meilleurs albums entre 1987 et 1993), mais il est sympa à lire, et certaines anecdotes sont vraiment marrantes.