Le Death technique a toujours été assujetti au seul délire de ses concepteurs, n’acceptant aucune autre limite que celles du potentiel des musiciens et de leur imagination.

Dans le cas des Anglais de MITHRAS, les capacités de Leon Macey, seul membre permanent du projet sont énormes. L’homme est en plus un indécrottable perfectionniste, ce qui rend sa musique encore plus patiemment élaborée, et comme il n’est pas soumis aux impératifs du temps, tout ça lui laisse une énorme latitude pour soigner ses albums.

Latitude qui a quand même pris la forme d’un hiatus d’une bonne dizaine d’années entre ses deux derniers efforts, et qui l’a forcé à prendre le risque…de tomber dans l’oubli.

Le passé d’astrophysicien en gestation du musicien le force à regarder dans le cosmos, pour y voir un alignement d’étoiles favorable, avant d’entamer un travail quelconque.

En 2010, il a enfin ressenti le besoin de donner une suite à cette saga entamée au début du 21ème siècle avec une simple démo, et s’est enfin attelé à la lourde tâche de composer et d’enregistrer un quatrième LP, que vous pouvez désormais écouter, On Strange Loops.

Le concept de ce disque est simple. Le temps, les actions répétées, l’infini, et…le temps. L’espace bien sûr, mais si l’album s’ouvre et se referme sur le bruit d’aiguilles qui tournent inlassablement, le hasard n’a rien à y voir. Léon, accompagné de son acolyte Rayner Coss (basse et chant, parti depuis) a une fois de plus sciemment fait cohabiter la précision extrême et la liberté d’expérimenter, un peu comme la trajectoire d’un astéroïde qui traverse l’espace en signant des trajectoires parfois linéaires, parfois erratiques. Et si les parties de batterie écrasantes dominent l’ensemble de l’album de leur concassement ininterrompu, donnant à l’auditeur cette sensation d’oppression et de course en avant inéluctable, les parties de guitare sonnent une fois de plus « célestes », pour ne pas perdre de vue que l’ordre de l’univers est soumis lui aussi parfois à des mouvements aléatoires.

« L’album se concentre sur le temps, et sa signification pour les hommes à de multiples niveaux. Dans le passé, dans le présent, et même dans un avenir incertain où notre descendance aura appris à transcender les limitations physiques jusqu’à un certain point. L’univers décrit dans l’album est promis à une fin inéluctable, périssant d’une chaleur mortelle, avant que tout ne devienne froid et mort, et le personnage qui traverse l’histoire prédit que des millions d’années plus tard, le cycle va recommencer, et que l’univers renaîtra d’un nouveau big-bang »

C’est ainsi que Léon Macey décrit On Strange Loops avec ses propres mots, mais l’homme, implicitement, sait que ce quatrième album est avant tout une affaire musicale, et que les notes, les sons décrivent mieux que les phonèmes articulés les thématiques qui l’obsèdent.

De ce côté-là, l’approche de MITHRAS n’a pas changée. Le Death Metal extrême et technique est resté le même, poussé à un paroxysme.

Si la tête pensante du projet aime à voir en sa créature une sorte de RUSH du Death Metal, il convient de voir en cet album une tentative de croiser les galaxies de NILE, du PESTILENCE des années 90, du MORBID ANGEL le plus pointu techniquement et heurté rythmiquement, et évidemment, d’une sorte d’EMPEROR en version positive, qui aurait appris à fondre ses couches de sonorités pour aboutir à plus de clarté et de lisibilité musicale.

Une fois de plus, l’imbrication des idées et la fluidité de leurs transitions bluffent. Tous les arrangements se télescopent à une vitesse hallucinante, comme un canon à électrons devenu surpuissant. Si la batterie ressemble souvent à un tir de barrage ininterrompu, si le chant de Rayner à toujours cette gravité rauque symptomatique, les parties de guitare de Leon ont gagné en liberté et bravoure, et le musicien se permet de lâcher des soli de toute beauté, dont la pureté tranche avec la violence ambiante, qui atteint parfois des sommets assez effrayants (le final de « Time Never Lasts » est assez tétanisant dans le genre…)   

Science et spiritualité, telles sont les deux matrices de cette nouvelle livraison. La science, que l’on retrouve dans les thèmes évidemment, mais aussi dans les mathématiques pointues qui régissent l’instrumental, et la spiritualité, qui elle domine les instants les plus viscéraux et instinctifs, faisant appel à notre ressenti le plus personnel.
Brutalité et harmonies qui cohabitent dans un ballet étourdissant, et qui parfois, prennent le pas l’une sur l’autre. Ainsi, si le délicat « The Last Redoubt » se répand en harmonies oniriques rappelant le travail de Devin Townsend, « When The Stars Align » préfère se concentrer sur des motifs d’une intensité inouïe, tout en insérant entre les déluges de violence des intermèdes mélodiques accrocheurs.

Mais bien souvent la frontière entre délicatesse et véhémence est mince, et se retrouve souvent à délimiter les deux parties d’un univers comme une dichotomie musicale.

Les morceaux, plutôt concis, donnent pourtant le sentiment que le temps s’est figé, eut égard au nombre conséquent d’idées qu’ils contiennent tous. Deux pourtant se permettent de laisser l’horloge courir, « Odyssey’s End », et sa longue intro fragile et spatiale qui se fond sur une emphase progressive, sorte de satellite orbital des planètes STRAPPING YOUNG LAD et NILE, et le final « On Strange Loops », qui oppose la véhémence la plus crue à des intermèdes abstraits et décalés, pour finalement nous perdre dans un avenir que nous serions bien en peine de pouvoir décrire. Le final se noie dans des errances synthétiques dignes du Emerson, Lake & Palmer des 70’s, avant que la course du temps ne reprenne, ralentissant progressivement pour nous laisser avec une multitude d’interrogations…

Et si « Part The Ways », pousse les excès de MORBID ANGEL à leur paroxysme, si « Between Scylla And Charybdis » dispense des volutes de guitares semblant émaner des échos d’une cathédrale universelle encore non identifiée, si « Howling Of The Distant Spaces » prend son temps pour mettre en place une ambiance aussi inquiétante qu’envoutante, l’ensemble de l’album devient un tout cohérent, somme de parties semblant disparates, et pourtant formant une évolution logique nous menant d’un état de fait à un autre.

Mais hors interprétation littéraire, et en se contentant d’un survol musical de l’oeuvre, On Strange Loops justifie en moins d’une heure les dix années passées à l’élaborer, et dispense quelques leçons de liberté créative qu’il est toujours bon de prendre en compte.

 Et dans l’univers du Death technique, en constante évolution, MITHRAS prouve qu’il a toujours sa placeau centre de sa propre galaxie. Une trajectoire en boucle étrange, qui part, tourne, puis revient, semblant inchangée, mais ayant subi l’épreuve du temps dont on ne sort jamais indemne.


Titres de l'album:

  1. Why Do We Live?
  2. When The Stars Align
  3. The Statue on the Island
  4. Part the Ways
  5. Odyssey's End
  6. Howling of the Distant Spaces
  7. Between Scylla And Charybdis
  8. Time Never Lasts
  9. The Last Redoubt
  10. Inside The Godmind
  11. The Outer Dark
  12. On Strange Loops

Site officiel




par mortne2001 le 02/11/2016 à 14:59
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