Avant (enfin avant…il y a vingt ou trente ans..) c’était plus simple. On avait le Thrash, le Death, le Black, le Hardcore et puis c’est tout.

Mais depuis, des gredins ont pris un malin plaisir à tout mélanger. Et voilà que je blackise le Death, que je vintage le Thrash, que je hardcorise le Black, et tutti quanti, jusqu’à un bordel sans nom ou les serpents de Satan lui-même ne retrouvent plus leur nid.

Tiens, nous en parlions récemment entre gens de bonne compagnie. Blackened Death, Blackened Thrash, Black Death, Death Thrash, et finalement, on se retrouve où ?

Au milieu de nulle part, avec notre libre arbitre et quelques références pour s’y retrouver dans l’errance. C’est bien gentil tout ça, mais ça mène où au juste ?

Je ne sais pas, en Allemagne peut-être ? Avec les WOUND ?

Quelle plaie….

Venus de Wiesbaden, la Hesse, ce quintette (Lexow – batterie, Friederichs & Last – guitares, Schulz – basse et Schettler – chant) né aux alentours de 2011 a aligné les sorties pendant trois ans, cumulant une démo (Confess To Filth, 2012), une compilation (déjà ? Oui, Inhale The Void, 2013), un LP (même titre, même année) et un split avec les OBSCURE INFINITY (Souls Of Eternal Damnation, septembre 2014, dernier domicile connu), nous faisant respirer ses émanations Death jusqu’au bout des narines sans chercher à se compliquer la vie, juste en piochant dans le répertoire de quelques références…

Mais depuis trois ans, plus rien.

Alors quoi, des pistes, des idées, une façon de se renouveler ? En quelque sorte, puisque leur deuxième album enfin sur le marché semble indiquer une légère déviation dans les déviances, et une musique plus efficace et moins systématique, et surtout, légèrement assombrie de tonalités plus crues que leur passé ne semblait le laisser présager.

Alors, les gars, vous êtes selon votre propre opinion toujours aussi Death. Vous le mentionnez partout, et pourtant, à l’écoute de votre impitoyable Engrained, il semblerait que les noms de MAYHEM/EMPEROR/TORMENTED et autres DIMMU ne soient pas tombés dans vos oreilles sourdes de Black Metalleux un peu trop timides et puristes pour l’avouer.

Certes, on trouve aussi dans ces huit nouvelles pistes de quoi nous aiguiller sur celles d’AT THE GATES ou CARCASS, puisque finalement, plutôt qu’une refonte, vous avez « peaufiné » votre approche pour la noircir un peu au charbon d’un BM pas vraiment clément. Du coup, on sent le regain d’énergie, et surtout, une puissance infinie qui se dégage de chansons pas si simples que ça, voire carrément progressives lorsque vous lâchez votre propre bride.

Black, Death, Thrash, mais aussi Heavy si j’en juge par cette dernière intervention ambitieuse qui joue les prolongations au-delà des dix minutes, avec un « Engrained I, II & III » qui finalement revisite l’esprit de l’underground extrême avec une sale vilénie, mais un professionnalisme qui évoque tout autant les traces de CARCASS (celui de Surgical Steel et Heartwork), que celles d’un ENTOMBED vraiment pas content de voir le destin du Death glisser des mains de la Suède pour se lover au creux de celles plus burinées de l’Allemagne. Guitare en tronçonneuse pour festival de riffs vraiment bien tranchés, chant schizophrène qui se partage entre grognements sourds de cornus et hurlements courts de sorcière à verrue, le tout charpenté autour de breaks mélodiques un peu malsains qui font passer le temps.

Harmonies, construction maligne et subtile, on est quand même loin du Death barbare de tonton David qui s’en souvient comme de son premier vinyle de DISMEMBER…Des ambitions ? Oui, et un son, brut de chez brut, avec une grosse caisse qui sonne comme telle, et des grattes qui assombrissent le ciel d’une distorsion un peu fielleuse sur les bords.

Analogique, c’est magique, et on se prend au jeu…

Autre gros morceau de l’entreprise, l’entremise introductive de « I Am Havoc », qui débute lourd et déviant, avec toujours ces toms qui cognent brut à l’avenant, avant qu’un déluge de blasts et d’accords circulaires ne nous refassent le coup de De Mysteriis Dom Sathanas, plongeant soudain dans un bain d’acide à la ARCH ENEMY, dans une succession d’accélérations qui rappellent étrangement le barnum des FILTH époque From The Cradle To The Enslave.

Impossible de rester coincé dans les certitudes Death en commençant un second LP de cette façon, puisque le BM semble l’option de raison, furie et démence sonore à l’appui, pour un déluge de haine calibrée pour incendier les scènes. Et puis un break délicat en arpèges, une basse à l’économie, un peu sournoise, des vocaux murmurés pour un intimisme pas vraiment forcé, et on comprend dès lors que l’affaire est compliquée…

Alors, Death Black ? Black Death ? Heavy Thrash blackisé et joué à la Stockholm enlisé ?

Beaucoup de réponses sont possibles mais l’affaire est solide. 

 

Parfois, c’est plus simple et Tampaesque, au hasard d’un « Carrion » qui n’a pas grand-chose à voir avec celui des KREATOR, mais qui cavale blafard d’un Death vraiment méchant, et qui ralentit rarement.   

Mais en choisissant une voie longue et complexe, les Allemands n’ont pas forcément cherché la simplicité, tout en gardant le cap d’un radicalisme outrancier, les plaçant en convergence de tout ce que l’underground peut proposer de moins vertueux et de plus vicieux (« Thy Wrath & Fire », aux motifs catchy diaboliques d’un Heavy atypique, CARCASS révérence oblige, une fois de plus).

Si le fil conducteur d’Engrained s’accroche à ses harmonies sévères (« Of Non Serviam »), il se déroule parfois le long de corridors un peu moins droits et froids (« Morbid Paradigm », toujours cette façon de bloquer la fièvre BM d’un traitement Heavy de cheval de trait, encore une fois, merci aux docteurs Owen, Walker et Steer, ainsi qu’à leurs assistants scandinaves).

Et en définitive (« The Plague », de quoi donner des suées Black/Crust/Thrash aux plus éprouvés), le mélange et la fusion se taillent la part du lion, pour un album qui refuse les cloisons et se contente d’avancer en se posant quand même pas mal de questions, mais en apportant une réponse en forme d’affirmation.

Oui, on peut être Death, Black, Thrash et Heavy à la fois, sans renier sa foi. C’est moins simple à confesse, mais après tout, les aveux sont comme les histoires de fesse, très personnels et cantonnés aux échanges avec le curé, qui refuse la messe basse la mine haute et le regard enflammé.

Ces trois ans d’attente pour en savoir plus sur le présent des WOUND révèle un futur qui pourrait se prévaloir d’une domination sur un créneau multiple, et encore des cheveux blancs à se faire pour les critiques. Mais la blessure semble bien cautérisée, et l’infection évitée.

 Par contre, une fois l’objet écouté, vous risquez de vous les mélanger. Mais nul n’a dit qu’une musique devait être stérilisée. Au contraire. Plus elle est diluée dans les alcools frelatés, plus elle est dure à avaler, mais apte à enivrer.


Titres de l'album:

  1. I Am Havoc
  2. The Gateway to Madness
  3. Thy Wrath & Fire
  4. Morbid Paradigm
  5. Carrion
  6. Of Non Serviam
  7. The Plague
  8. Engrained I, II & III

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par mortne2001 le 12/02/2017 à 17:34
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