Alors, on récapitule un peu. Les USA, l’Allemagne, la Colombie, le Brésil, la Thaïlande, la Russie, la Finlande et la Suède, l’Espagne, l’Italie, la Hollande…D’ordinaire, voilà de quels pays nous engloutit la vague de la nostalgie, sauf que maintenant, elle se déverse aussi sur l’Asie, et qu’on apprend que ça ne date pas d’hier. Si nos amis chinois s’y mettent aussi, c’est le monde entier qui va finir noyé sous une épaisse marée vintage, et dès lors, il n’y aura plus grand-chose à faire pour essayer de surnager…Fondé en 2007 et se targuant d’avoir été l’un des tous premiers groupes à manier la nostalgie Thrash avec panache, le quatuor ANCESTOR sort enfin son premier album après plus de dix années d’existence. Pourquoi ce si long silence ? D’éternels problèmes de line-up en début de carrière, avant de se stabiliser enfin pour pouvoir d’abord, en 2017, nous montrer son potentiel via un initial EP, Age of Overload, avant de se lancer dans le grand bain du longue durée un an après. C’est donc forts d’une petite dizaine de morceaux intro incluse que les originaires de Beijing viennent défier les cadors sur leur propre terrain Thrash old-school, et admettons qu’ils ont les moyens de leurs arguments. Difficile de résister à ce déferlement de violence à défriser Schmier lui-même, alors justement que le Thrash allemand semble être la référence majeure des asiatiques. Thrash allemand, d’accord, mais lequel ? Celui des origines évidemment, et des influences qu’ils auraient du mal à passer sous silence. Le KREATOR période Endless Pain/Terrible Certainty, mais aussi le SODOM de la première donne, celui qui vomissait sa bile paillarde au travers d’œuvres essentielles comme In The Sign of Evil, avant de virer warrior sur Persecution Mania, mais aussi ASSASSIN, PROTECTOR, en gros, les maîtres es-exactions absolues.

Alors du coup, évident ce Lords of Destiny? Oui, et ce, dès la première écoute, et sur les suivantes aussi. Sauf que le quatuor sympathique (Meng LI - chant/guitare, Fuwen YANG - guitare, Han LI - basse et  Yang HE - batterie) a plus d’une idée thrashisante dans sa poche, et qu’il est largement capable d’agrémenter des compositions pour leur éviter une trop grande linéarité. Si l’ensemble est évidemment placé sous l’égide des commandements brutaux de la charnière 84/87, on sent de ci et là quelques ambitions mélodiques un peu plus prononcées que la moyenne, même si la structure repose sur de solides fondations germaniques. D’ailleurs, entre des riffs à la franchise fatale, que nos chers ASSASSIN auraient pu placer sur leurs deux premiers jets de bile, une rythmique qui n’hésite pas à se frotter à l’indécence d’un tempo Thrashcore, et un chant vindicatif mais complètement compréhensible, aucune tromperie sur la marchandise, les ANCESTOR sont Thrash de bout en bout, et mélangent leurs influences classiques avec un flair typique, pour nous entraîner dans une farandole de brutalité endiablée. Ils ont d’ailleurs l’honnêteté de leurs opinions, puisqu’ils entament le LP avec leur « hit », « Deathlike Silence », qui emprunte à SODOM l’un de ses intitulés les plus fameux, pour le coller sur une ambiance ultraviolente à la PROTECTOR. Ça mule, comme en l’an 85, c’est brutal de chez brutal, le refrain est collégial, et le tout dégage un fort parfum de véhémence qui hume bon la Germanie d’il y a trente ans. Pas étonnant dès lors de constater que le groupe est une référence en son pays, ou que des valeurs sûres du créneau comme les ASSASSIN, ARTILLERY, LEGION OF THE DAMNED, ONSLAUGHT, RAGE, ou WOLF SPIDER aient accepté de partager la scène avec eux.

Le tout joue bourrin, mais joue-t-il serein ? Et surtout, joue-t-il bien ? Oui, car contrairement à leurs modèles, les chinois n’ont pas oublié le solfège au placard, et la précision dans le tiroir. Oubliés les pains qui constellaient parfois les albums de KREATOR ou SODOM, ces approximations rythmiques erratiques dont Chris Witchhunter s’était fait spécialiste en foirant la plupart de ses breaks, ici, les guitares sont millimétrées, et l’axe basse/batterie bien soudé. Alors, ça déroule, comme à la parade, et si les pages officielles ne faisaient pas mention de l’origine géographique, on pourrait se croire revenu du côté du Berlin des années 80. Production solide, mais sonnant d’époque, compositions solides à défaut d’être originales, et mesure qui empêche de sombrer dans le chaos total. Malgré cette légère retenue, les titres bénéficient d’un surplus de rage qui leur permet de décoller, et d’atterrir assez loin, comme en témoigne le radical mais létal « Bloody Repression », qui combine le va-tout germain et le professionnalisme ricain. On tambourine à la porte des souvenirs, et on se souvient des outsiders de l’époque, les ONSLAUGHT, mais aussi des disques aussi fondamentaux que Persecution Mania, qui maniaient déjà avec flair licks lapidaires et mélodies austères. Chœurs simples mais efficaces, ponts mosh qui taillent le short dans le sens de la longueur, soli réduits mais pertinents, tout est là, ne cherchez plus, et Lords of Destiny de s’imposer facilement sur le marché.

Tout n’est évidemment pas parfait, et certains plans sentent clairement la fauche, mais en tombant sur une progression étonnante d’intelligence et de clairvoyance comme « The Final Worship », on se dit que les ANCESTOR sont capables de nous surprendre en adaptant les dogmes de VIO-LENCE et DEATH ANGEL dans un contexte de sidérurgie d’outre-Rhin. Et comme en plus, ils ont le talent suffisant pour pondre des hymnes de la trempe de « Tormentor », qui outre son hommage à l’early-KREATOR se souvient aussi des syncopes de HOLY MOSES, on s’incline, et on accueille le nouveau venu dans le temple sacré. Montées en puissance qui décollent et filent une trempe (« Pain And Hate », KREATOR, encore, mais des riffs tournoyants qui valent leur pesant), pour une fin d’album qui ne fait pas dans la dentelle ouvragée, mais bien dans le massacre organisé, un peu blackisé, mais terriblement aiguisé (« Savage Action », le chant se fait plus mordant, et l’ambiance pourrit légèrement). Impossible de ne pas évoquer le cas du vieux SEPULTURA, celui-là même qui rendait hommage à Tom Angelripper (« Inner Struggle »), et difficile de passer sous silence les accointances avec la scène Thrash/Black sud-américaine, qui elle aussi aimait le radicalisme et les déviances gentiment sataniques. Jolie réussite donc que ce premier longue-durée qui vient sanctionner formellement une longue carrière, et souhaitons aux ANCESTOR de ne pas retomber dans l’ombre pour une décennie supplémentaire. Ils ont largement leur place sur le radeau qui glisse sur la vague vintage, et ils ne cherchent pas à nous faire prendre les cordes de mi pour des gens ternes.  

 

Titres de l'album :

                          1.Rise by Sin

                          2.Deathlike Silence

                          3.Bloody Repression

                          4.The Final Worship

                          5.Black Future

                          6.Tormentor

                          7.Pain and Hate

                          8.Savage Action

                          9.Inner Struggle

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par mortne2001 le 14/09/2018 à 14:58
78 %    141

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
14/09/2018 à 18:13:33
Virulence ! Ça n'invente rien du tout, mais efficace ! Metalliquement, quand la Chine se réveillera vraiment ça va nous faire tout drôle je pense...

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