Les bourrins, je n’ai rien contre, mais j’avoue que j’aime particulièrement les bourrins qui de temps à autres oublient de l’être et savent faire preuve d’une certaine finesse. Et d’une certaine musicalité, osons-le terme, ce qui est exactement le cas des lusophones de FILII NIGRANTIUM INFERNALIUM, qui n’ont pas occulté (sic) le fait qu’une musique violente pouvait l’être encore plus lorsqu’elle s’accorde des pauses assez salvatrices. Combo culte ayant émergé des entrailles de Lisbonne un beau jour de 1992, après avoir sévi quelques années sous le patronyme de BACTHERION, les FILII NIGRANTIUM INFERNALIUM peuvent donc s’enorgueillir d’une belle carrière, qui aujourd’hui souffle donc sa vingt-sixième bougie. Un anniversaire un peu particulier qu’il convenait de fêter avec dignité, option que semble partager notre label national Osmose, qui coup sur coup commercialise les trois derniers LP du gang, dont les deux publiés en 2018. C’est donc à un retour en force que nous assistons en ce beau mois de mai, puisque les portugais nous offriront simultanément avec un coup de main de leur label français, Pornokrates: Deo Gratias, dernier en date de 2013, mais aussi leurs deux salves contemporaines, Fellatrix, au nom si subtilement évocateur, et ce Hóstia dont j’ai choisi de vous entretenir cet après-midi. Triple salve de Necro Rock N’Roll comme les auteurs se plaisent à définir leur musique, pour une jouissance triplée et un orgasme auditif pas vraiment simulé. Car autant le dire, les portugais sont passés maîtres dans l’art de nous chatouiller le clito des tympans avec dextérité, en osant des mouvements concentriques tournoyant autour d’un Black Thrash vraiment paillard, et un Heavy mélodique très gaillard.

Si leur nom, leurs titres, et leur dégaine pourraient laisser craindre d’avoir affaire une fois encore à des doublures porn cheap de musiciens débauchés, la musique présentée en ces sillons est d’une toute autre catégorie. Comme leur label se plaît à le rappeler, les lusophones n’ont pas oublié l’époque ou le Black était encore Metal, et où le Metal savait rester extrême, et se situent donc en convergence de la violence outrancière et de la brutalité harmonique, pour une double giclée in the face qui s’essuie d’un revers de manche. Des branleurs donc, mais surtout de très bons musiciens et compositeurs, qui savent doser leurs efforts et rendre le nôtre minime pour les apprécier. Véritable orgie musicale faisant la part belle à l’outrance en vogue dans les années 80 et celle plus modulée de la décennie suivante, Hóstia est une hostie en forme de chibre turgescent, érigé à la gloire d’un Metal franc, pas timoré pour deux sous, mais trépidant comme une conquête gironde avant le sport en chambre. Si le groupe ne s’embarrasse pas de références inutiles, il est toujours facile d’inclure le quintette (Helregni - basse, Mantus - guitare, Belathauzer - chant/guitare, les trois membres originaux, plus Arrno Maalm - batterie, depuis 2002, et Iron Fist - guitare depuis 2017) dans une liste de combos historiques, sur laquelle figurerait les noms d’ARCHGOAT, de ROTTING CHRIST, PANDEMONIUM, MYSTIFIER, MARTELO NEGRO et bien évidemment les IMPALED NAZARENE, auxquels les portugais empruntent pas mal de tics et d’overdose de plans s’entrechoquant comme des testicules pendant l’acte.

Mais ne vous leurrez pas, malgré ce vocabulaire choisi et fleuri, les FILII NIGRANTIUM INFERNALIUM sont bien plus qu’une simple assemblée de gorets au garde à vous dans leur soue les yeux rivés sur les fesses de la fermière. Preuve en est faite des nombreux intermèdes mélodiques de leurs morceaux, qui parfois s’aventurent en terrain subtilement progressif, lorsque l’implacable et malicieux « Autos de Fé » ose des guitares acoustiques, des contretemps, et des mélodies vocales discernables. Album hautement compétitif et séduisant, Hóstia ne se contente pas de choquer de d’entrechoquer les parties, mais séduit, louvoie, minaude parfois, pour mieux vous attirer dans ses filets, qui se refermeront irrémédiablement sur votre corps. Aussi empreint de bestialité en vogue en Amérique du Sud dans les années 80 que d’un certain respect de la NWOBHM, ce quatrième album est d’une valeur incontestable, et réconcilie le Heavy de papa avec le Thrash du fiston, épiçant le tout d’une pincée de Black du tonton, histoire de ne pas vexer la famille. Rythmique performante, vocaux emphatiques et maléfiques, guitares qui prônent le fist-fucking en douceur avec un peu de lubrifiant, pour une ode aux plaisirs collectif. L’ambiance et l’intensité de ce LP restituent parfaitement l’énergie du combo en live, qui jouit d’une réputation immaculée, malgré un bon paquet de draps souillés. Humour sardonique pour trépidation épileptique, Hóstia met en avant des principes de Crossover patents, et après un discours énoncé d’une voix de stentor, c’est la réalité des faits qui nous fouette jusqu’aux sangs, via « Pó » qui de son riff gras comme le rire d’un étalon après la chevauchée nous prend aux tripes et nous entraîne sur la piste joyeuse d’un Thrash N’Roll aux forts relents de Heavy chatoyant, comme si les DESTRUCTION et IMPALED NAZARENE partageait le même rencart en backstage. Pas vraiment le temps de s’appesantir sur la condition humaine puisque « Lactância Pentecostal », de son harangue linguistique portugaise nous fait encore plus sombrer dans les abysses de la cruauté, accélérant le tempo pour se répandre en arrangements bestiaux, avant que « Virtudes da Prostação » ne calme un peu les ardeurs de son mid débordant de bonheur.

Petites sifflantes, pour une ambiance sautillante, basse proéminente pour batterie impatiente, et toujours ce chant vicelard et roublard qui unit le tout d’une crise de priapisme blasphématoire mais néanmoins lyrique. Les morceaux de bravoure se succèdent, ne sombrant jamais dans la redite ou le radotage, et l’ensemble à des allures de célébration à la gloire d’un Metal torride. On se prend méchamment au jeu, en écoutant tout ça de la main gauche, headbanguant au doux son d’un hymne aussi puissant que « Hostia », catchy en diable, et révélateur d’une admiration pour les légendes JUDAS PRIEST et ACCEPT. Heavy, Thrash, Black, Black Thrash, Speed Heavy, ce troisième LP est tout à la fois, et surtout doté d’un son gigantesque, mettant admirablement bien les qualités des musiciens en avant. On se demande même où les lascars vont pécher autant d’idées, puisque « Cadela Cristã » ose le phrasé rap incantatoire, et « Raze The Dead Of Death » nique la maman de bien des groupes fondus de Old-School. Il faut dire que les FILII NIGRANTIUM INFERNALIUM étaient là bien avant eux, et qu’ils n’ont de leçon à recevoir de personne, puisqu’ils manient l’art du contrepied authentique depuis la fin des années 80…On ressort donc de l’écoute de ce LP exténué, mais grandi, de quelques centimètres évidemment. Une belle partouze des sens qui ne manque pas d’essence, et qui carbure aux liquides séminaux pour réunir les vecteurs Metal les plus chauds. Bravo, et merci à Osmose pour cette triple livraison qui arrive en colissimo.


Titres de l'album:

  1. Prece
  2. Lactância Pentecostal
  3. Virtudes da Prostação
  4. Santa Misericórdia
  5. Smrt
  6. Autos de Fé
  7. A Morte é Real para Já
  8. Hóstia
  9. Cadela Cristã
  10. Raze the Dead of Death

Facebook officiel


par mortne2001 le 25/05/2018 à 17:53
85 %    347

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Dirty Shirt

Letchology

Haunt

Mosaic Vision

Stonecast

I Earther

Devil Master

Satan Spits On Children Of Light

Voz De Nenhum

Sublimation

Vertex

Scalable

This Gift Is A Curse

A Throne Of Ash

Thornbridge

Theatrical Masterpiece

Spectrum Orchestrum

It's About Time

Ares Kingdom

By The Light Of Their Destruction

The End Machine

The End Machine

Vitriol

Chrysalis

Altar Of Oblivion

The Seven Spirits

Inculter

Fatal Visions

Venom Prison

Samsara

Sammy Hagar

Space Between

Final Cut

Jackhammer

Eivør

Live In Tórshavn

Burning Rain

Face The Music

Mgła - Revenge - Doombringer // Paris

Mold_Putrefaction / 19/05/2019
Death Metal

Dead can Dance

RBD / 19/05/2019
Darkwave

NETHERLANDS DEATHFEST IV / Tilburg, Pays-Bas

Jus de cadavre / 16/05/2019
Death Metal

Tour-Report ACOD (support Cradle Of Filth / Avril 2019)

Jus de cadavre / 14/05/2019
Death Black Metal

Concerts à 7 jours

Photo Stream

Derniers coms

En voilà un qui aura marqué l'esthétique du Metal, en quelques oeuvres. Il suffit parfois de peu.


C'est ce côté vite torché qui donne toute cette bestialité justement je trouve. Y a bien peu d'album Metal aussi intense et violent que Reign selon moi.


@KaneIsBack, à l'origine Reign In Blood devait durer plus longtemps que 28 minutes mais lorsque le groupe est rentré dans le studio et a branché le matos, ils ont speedé comme des malades et c'est devenu Reign In Blood. Peut être avaient-ils le feu au derche ou envie de boucler le record le plu(...)


En fait, je crois que je me suis mal exprimé. C'est surtout que cet album me frustre, en fait. J'aurais voulu des morceaux plus développés, un peu plus longs. Criminally Insane, par exemple, est un super morceau, mais à peine 2 mn 20, quoi... Frustrant, oui, c'est plutôt ça pour moi.


Découvert en 88, j'ai mis des années avant de cerner et d'apprécier ce disque.
Depuis, je l'ai acheté à 4 reprises à force de l'avoir usé.


Je viens d'acheter deux tonnes de tomates... ;)


Kanelsback, cet album est tellement violent, sauvage, radical, intense, que c'est justement en ayant acheté et écouté cet album bien des années après avoir découvert Slayer ( je me contentais alors des morceaux en version live) que j'ai compris pourquoi Slayer ÉTAIT Slayer. Et c'est devenu de(...)


Je vais faire mon hérétique : j'ai jamais pu blairer cet album... Ne pas l'avoir découvert à l'époque joue sans doute dans mon ressenti, j'imagine, mais je m'emmerde en écoutant ce disque. Hormis Angel of Death et Raining Blood, je trouve les morceaux un peu torchés à la va-vite et basiques.(...)


mauvais


Merci de ta chronique .
Ici le batteur mentionné.
Chronique très appréciable , et très bien écrite . Et dont l'analyse globale est pertinente
Cela dit , même si j'aime les " anexes " Atheist et Mekong delta et Holy moses , je n'ai jamais été vraiment influencé par ce gen(...)


Même classement pour moi que Jus de Cadavre !
Et des pochettes qui auront marqué mon adolescence...


Mmh, ça se tire la bourre avec Master Of Puppets pour le titre du plus grand album Metal au monde... Mais c'est dans le top 2 des plus grands oui... :D
Aller j'ai de la route ce soir, je sais ce que je vais écouter dans la bagnole !


Pochette mythique pour un album mythique. Peut être le plus grand de tous les temps...


J'arrive après la bataille, mais interview une fois de plus très cool !

Et ça fait tellement plaisir de lire ça : "Combien de groupes entend on se plaindre de ne pas attirer suffisamment de monde en concert alors que les mêmes musiciens ne vont jamais aux concerts des autres ?"


Pas top, du revival classique.


Ca casse pas trois pattes à la dinde. Voix générique au possible, notamment.


Pour ma part, l'extrait disponible (Black Flame Candle) me rappelle les meilleurs moments de Toxic Holocaust. Je vais du coup m'y atteler plus sérieusement!


Pas mal du tout ce truc ! La chro résume parfaitement bien la chose !
"le Punk s’est toujours très bien marié au Black le plus primal " et ça je plussoie fois 100.


Très intéressante démarche que celle de Sun, d'autant plus par le producteur de The Dø !


Sorceress était vraiment inintéressant, ce que je n'avais jamais ressenti avec Opeth quand bien même je préfère la période Still life / Blackwater park / Deliverance. J'espère que celui-ci rattrapera la donne, faute de quoi je passerai mon chemin à l'avenir.