Il y a des groupes qui aiment se sentir extrêmes, et d’autres qui le sont vraiment. Des groupes de Deathcore qui croient qu’en imitant le bruit d’une moissonneuse batteuse imprimée en 3D dans un studio hi-tech vont passer pour la quintessence de la puissance musicale abstraite, alors que leur seule performance est d’unifier un son déjà pas très varié à la base, et nous fatiguer par extension. Il y a aussi des groupes qui pensent retranscrire la dualité et le malaise de la vie, alors qu’ils ne font que les accentuer de leur maladresse synthétique. D’autres qui aimeraient bien atteindre l’intensité de leurs références, mais qui ne font que souligner leur caractère singulier eut égard à leur vacuité. Car l’extrême, ça n’est pas qu’un son, c’est aussi une attitude, et surtout, une créativité dans la méchanceté. Vous pensez bien qu’en 2019, on ne va pas laisser passer n’importe quoi sous prétexte qu’un album se veut frappé du sceau de l’ignominie. Non, pour faire partie de la caste très fermée des véritables groupes extrêmes, il faut être aussi intelligent que violent. Aussi imaginatif sans la démesure que solide dans la posture. En en découvrant en 2015 Empress/Abscess des américains d’IMMORTAL BIRD, je savais pertinemment que j’avais déniché un vrai groupe extrême. Extrême dans le rendu, via une musique sans compromission mais fertile, et extrême dans l’intention, avec ce mélange de tous les courants musicaux les plus intenses dans le même creuset d’imagination. Une sorte de vilaine synthèse de tout ce que les scènes les plus poussées comptaient de répugnant, de repoussant et de dissonant. Une façon de voir la vie du mauvais côté, en piochant des éléments disparates, soudainement fondus dans un élan de cruauté séduisant, mais tétanisant. Et depuis maintenant quatre ans, je me posais la question de savoir comment les gus allaient rebondir après un tel premier jet. Mais 20 Buck Spin a fini par me prodiguer la réponse attendue. En durcissant le ton, en élargissant le spectre, et en restant fidèles à des principes de base de bousculade musicale sans limites, si ce n’est celle de la décence éloignant du chaos pur.

Allez, avec un peu d’honnêteté, qui ces dernières années a réussi à repousser les limites du supportable intelligent en termes de musique affranchie de toute contrainte ? FULL OF HELL ? Oui, mais beaucoup ont encore énormément de mal avec leurs stridences et fulgurances. COMA CLUSTER VOID ? Oui, mais encore un peu pointu dans la technique et trop déconstruit pour les amateurs de frappe ciblée. VEKTOR ? Trop tendre encore, et soft pour les affolés. PRIMITIVE MAN, NAILS ? Oui, mais ce sont aujourd’hui de véritables références, au même titre que DILLINGER ESCAPE PLAN ou NAPALM DEATH. Reste IMMORTAL BIRD, le seul groupe capable de rappeler tous ceux-là tout en restant lui-même. Le type même de combo inclassable qui donne la migraine aux chroniqueurs, de peur de manquer une image ou un parallèle. Et produit magnifiquement par Dave Otero (ARCHSPIRE, COBALT, KHEMMIS), Thrive On Neglect emballe dans un même cabas la noirceur du Black détourné à des fins de durcissement d’un Metal devant tout autant au Thrash qu’au Death, l’efficience d’un Heavy traficoté par des malades mentaux en équilibre instable, le tout joué à la façon Techno des amateurs de finesse instrumentale de bourrins, qui parviennent toujours à placer une demie-croche alors qu’on n’a plus le temps depuis quelques secondes. Ce deuxième album fait plus qu’entériner les bonnes impressions dégagées par le premier. Il les confirme certes, mais les transcende en variant encore plus le propos. Un peu comme si EMPEROR, en rupture de contrat, se décidait à affronter les COMA CLUSTER VOID sur leur propre terrain miné, tout en donnant quelques leçons aux PRIMITIVE MAN et PLEBEIAN GRANDSTAND, sous l’œil admiratif des CLOUD RAT et FULL OF HELL. Une rencontre inopinée entre tous les plus grands créatifs que l’underground a bêtement laissé s’échapper des abysses pour contaminer le presque grand public, certainement hébété d’un tel bouillonnement. Et en sept morceaux seulement, les américains prouvent qu’ils ont tout compris à vingt ou trente ans d’extrême. Ils régurgitent, blastent, distordent les mélodies pour leur faire adopter des contours inquiétants, et assument tout autant l’inspiration de leur zone géographique, tout en louchant vers la Suède, la Norvège, et même l’Amérique du Sud quand tout devient trop bestial.

Rae Amitay (chant), John Picillo (basse), Matt Korajczyk (batterie) et Nate Madden (guitare), utilisent donc les codes revêches de leur bonne vieille ville de Chicago pour asseoir la suprématie du Metal ricain sur le reste du monde. Ils assimilent, restituent, et parviennent en quelques minutes à résumer tout un pan d’histoire, sans renoncer à la logique et en restant cohérent. Et si « Anger Breeds Contempt » rentre dans le lard sans y penser à la façon d’un NAPALM DEATH entamant n’importe lequel de ses six ou sept derniers albums (les similitudes sont flagrantes), il en profite quand même pour se livrer à l’exercice ô combien ingrat du survol intégral. Tout y passe, le Grind, le Blackened Death, le Thrash, et en gros, tout ce que notre musique compte de plus abrasif, mais joué à la vitesse de la lumière, ou au contraire, prôné d’une lenteur processionnelle. Ni Doom, ni Blackened Thrash, ni Death progressif, le style des IMMORTAL BIRD est unique et tout ça à la fois, et fascine, entre des descentes d’arpèges qui tombent comme une perruque dans la soupe à la grimace, et de brutales accélérations que la première vague du BM norvégien avait intronisées comme seules échappatoires à la morosité ambiante (« Vestigial Warnings »). Rae depuis le début, fait du Rae, et grogne, se posant en trait d’union entre les CLOSET WITCH et ARCH ENEMY, entre underground total et désir de convaincre des foules plus grandes, sans perdre du rauque de son timbre. Niveau guitare, et l’arrivée après le premier LP de Nate, on se concentre sur un mélange de riffs supersoniques et de dissonances plus typiques d’un Death/Sludge contemporain, évitant les facilités pour parfois verser dans la complexité du Mathcore, mais au-delà de tous ces éléments, et même en oubliant que les parties de Matt Korajczyk sont parmi les plus impressionnantes depuis l’avènement de Pete Sandoval et Chris Pennie, « Avolition » reste terrifiant de son désir de tout imposer, pour ne rien regretter. Les plus rompus à l’exercice du label dans le dos colleront celui de Blackened Death aux originaires de Chicago, mais IMMORTAL BIRD n’est pas du genre à blackiser n’importe quoi pour faire son malin.

Alors, de là, Hardcore, Death, Black, tout et n’importe quoi, on s’en fout, puisque « Stumbling Toward Catharsis » écrase tout de sa puissance en fausse lenteur qui offre à l’album la conclusion rêvée. Mélodies biscornues, chant qui finit vraiment par foutre les miquettes de son raclage permanent, et toujours cette façon de déconstruire la logique pour la rendre plus…logique. Une façon de voir l’extrême pour ce qu’il est vraiment, à savoir autre chose qu’une accumulation de prouesses individuelles et collectives, et encore bien plus que le passage à Mach 3 pour laisser les oreilles qui bourdonnent. En ce sens, IMMORTAL BIRD, comme ses modèles qui finiront par devenir ses pairs, est sans doute l’un des rares groupes encore extrême de notre époque. Et il convient de l’apprécier en tant que tel, avant que l’uniformisation ne nous prive de nos derniers vrais méchants. 

                

               

Titres de l'album :

                          1.Anger Breeds Contempt

                          2.House of Anhedonia

                          3.Vestigial Warnings

                          4.Avolition

                          5.Solace in Dead Structures

                          6.Quisquilian Company

                          7.Stumbling Toward Catharsis

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par mortne2001 le 14/09/2019 à 14:46
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