A Brief Introduction to Human Experiments

Ad Patres

08/02/2019

Xenokorp

Je vous entends déjà d’ici, « encore du Death Metal ». Vous n’êtes que de petits ingrats insatisfaits qui passent leur temps à piailler au lieu d’apprécier ce qu’on vous sert dans votre écuelle. Mais je ne serai pas rancunier, puisque le plat que je m’apprête à vous servir encore bouillant dans votre assiette est des plus copieux et des plus alléchants. Alors, certes, j’en conviens, il s’agit encore de Death à l’ancienne, mais du fameux, dont la fumée titille les naseaux auditifs avec un délicat parfum old-school qui vous rappellera la cantine des années 90. Et comme en sus, les concepteurs de ce délicieux ragout de violence viennent d’une région connue pour ses vins fins, comprenez-bien que la dégustation risque d’être intégrale et précieuse. Originaires du bordelais, les AD PATRES sont tout sauf des inconnus sur la scène extrême nationale et européenne, puisqu’ils en animent les méandres les plus obscurs depuis 2012. Non que ce millésime soit celui de leur formation, mais bien celui de la sortie de leur premier effort, Scorn Aesthetics, qui bénéficia alors d’un bon écho dans la presse underground. Mais c’est avec une certaine impatience que nous attendions une suite à ces turpitudes, et c’est chose faite, depuis février dernier, avec la parution de ce A Brief Introduction to Human Experiments, qui prouve que le quintet n’a pas oublié son professionnalisme en cours de route, ni sa passion pour un Death de tradition, qu’ils perpétuent avec un esprit collectif assez concret. Pas vraiment de grand chambardement à la Guy Béart à attendre de la part d’un LP qui a érigé le traditionnaliste en vertu cardinale, mais beaucoup de plaisir rythmique, des riffs assaisonnés, et surtout, une approche thématique qui dénote dans le petit monde du chaos, puisque nos musiciens ont choisi de s’exprimer sur la psychologie, se rapprochant ainsi des LOUDBLAST dans le fond, mais moins dans la forme.

Entendons-nous bien, il n’est aucunement question ici d’un Crossover quelconque. Encore moins d’un Brutal Death bas du front. Et pas forcément non plus d’un Death progressif trop emphatique et prétentieux. Mais pour autant, l’optique choisie par les cinq musiciens (Axel Doussaud – chant, Olivier Bousquet & Pierre-Yves Marani – guitares, Arnaud Pecoste – basse et Alsvid – batterie) n’est pas simpliste, même si leurs compositions trempent leur inspiration dans la mer de ténèbres de nineties qui célébraient alors l’évolution d’un style qui refusait de stagner. C’est donc à cheval entre les deux générations de leaders qu’il faut chercher les muses d’AD PATRES, en citant évidemment l’importance du MORBID ANGEL le plus grave, d’un BEHEMOTH en moins compressé, d’un HATE ETERNAL en moins engoncé, et éventuellement d’un KATAKLYSM plus apaisé. Ce qui ne veut nullement dire que les bordelais sont du genre calme et posé, puisque A Brief Introduction to Human Experiments délivre un lot conséquent de plans violents, d’ambiances délicieusement mortifères, de breaks qui vous cassent la nuque, faisant preuve d’un élan global conséquent et d’individualités notables. Continuant sur la trace de leur premier effort, nos amateurs d’analyse du comportement humain (qui s’attaquent au concept de la psychologie érigée en tant que religion, plus ou moins) foncent donc bille en tête avec de solides arguments, histoire de signer une œuvre qui supportera l’épreuve du temps eut égard à son ancrage plus ou moins flou. S’il est parfois évident que la première vague de Death n’a eu que peu d’impact sur leur orientation, la seconde semble avoir été la tutelle la plus acceptée, puisqu’on retrouve jusqu’au bout de la production des éléments idoines de cette époque, cette sècheresse de ton qui parfois le confine à l’ascétisme, empêchant de temps à autres le tout de décoller vers les sommets d’ultra brutalité.

Mais loin de se contenter d’une colère de surface, le groupe explore les tréfonds de l’égo et du psychisme, pour en retirer une substantifique moelle de ressenti, qui s’articule autour de morceaux plutôt courts, cohérents, mais débordant d’idées. En toute subjectivité, je dois concéder avoir vraiment craqué sur le long final « The Floating Point », qui se permet quelques dissonances et surtout des fantaisies rythmiques parfaitement savoureuses (le travail du batteur sur ce morceau est assez phénoménal) , mais aussi une multitude de changements de tempo, quelques soli plus discordants que la moyenne, formant de fait une suite évolutive qui donne encore plus d’ampleur à cette conclusion logique. Ce qui n’implique pas que le reste du répertoire soit tiède, bien au contraire, et c’est après une courte intro bien troussée que les choses séreuses commencent, avec un lapidaire « Mechanical Enlightenment » qui met les choses au point. On sent que les musiciens ont pris leur temps pour affiner leur concept, et que les chansons ont bénéficié d’un temps de maturation conséquent. C’est évidemment brutal, éminemment carré, précis comme un scalpel qui tranche les chairs, mais aussi net qu’une signature de bas de page autorisant les services de santé à interner un patient jugé dangereux. On retrouve l’émulsion de guitares qui tourbillonnent comme des poissons dans un bocal, cherchant le lick adéquat pour insuffler de l’oxygène à un confinement vicié, et l’inspiration dont ont bénéficié les soli apportent une grosse plus-value à l’ensemble. Le chant, sourd et grognon confère le cachet qu’on est en droit d’attendre d’une telle réalisation, et si la basse semble parfois avoir été sacrifiée au mixage, la batterie prend sa relève et multiplie les fills, les breaks, les accélérations et les accalmies en mid.

Du très bon boulot donc, et une pression qui ne se dément pas pendant la courte durée de l’album. Et c’est d’ailleurs une très bonne décision d’avoir arrêté le timing à peine au-dessus de la demi-heure, puisque de fait, A Brief Introduction to Human Experiments ne souffre ni de baisse de régime, ni de redite. En insufflant parfois quelques respirations purement Thrash (« The Disappearance of I »), les bordelais semblent admettre des similarités avec leurs aînés de NO RETURN, même si leur Death ne tend jamais à se diluer dans une modération temporaire. Mais on sent une culture générale et précise assez fournie, spécialement lors des breaks qui se montrent toujours assez inventifs pour offrir un réel rebond et non se contenter d’un passage obligé. Les plus traditionnalistes apprécieront ce jeu de franchise totale, et les plus novateurs regretteront l’absence de prise de risque, mais il reste très difficile de critiquer cet album pour ce qu’il aurait pu être, alors qu’il convient justement de le louer pour ce qu’il est. A savoir un redoutable album de Death vintage, juste ce qu’il faut, qui n’utilise les blasts que lorsqu’ils sont pertinents, et qui cherche un peu plus loin que le bout du grimoire de l’histoire de quoi alimenter ses guitares en thèmes morbides, mais effilés. Une tornade qui va dévaster les scènes mondiales, et une façon de replacer AD PATRES sous les feux de l’actualité, même si les ténèbres de l’esprit leur vont très bien.             


Titres de l'album :

                          1.Shock Therapy

                          2.Mechanical Enlightenment

                          3.The Disappearance of I

                          4.Led by Flesh

                          5.Symbiosick

                          6.Sermon

                          7.Verses Void

                          8.Spellbound

                          9.Enclosing Terror

                         10.The Floating Point

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par mortne2001 le 07/04/2019 à 14:47
80 %    456

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


JTDP
membre enregistré
09/04/2019, 01:10:02
Ouaip, un bien bon album de Death, juste ce qu'il faut de brutal pour moi.

RBD
membre enregistré
11/04/2019, 17:00:52
Cela tabasse bien, mais j'avoue qu'une fois terminé je n'en retiens pas grand'chose de plus. Il faudra peut-être insister.

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Humungus, je vais développer le "like" des commentaires, tu vas voir flou !    

24/09/2020, 14:11

Humungus

Humungus = Asocial.

24/09/2020, 13:54

Humungus

Humungus = Asocial.

24/09/2020, 13:53

grinder92

@Bones : Merci pour ton retour. Oui, il y a une fonctionnalité de chat, mais qui est réservée aux membres connectés. Bon, ce n'est pas la fonctionnalité la plus utilisée

24/09/2020, 09:32

grinder92

Si... ça veut dire que c'est noirci... pas complètement noir mais un peu quand même... Ca veut dire qu'ils te transpercent avec leur glaive, mais qu'il ne te tuent pas...  

24/09/2020, 08:25

sare

Blackened, le préfixe qui ne veut rien dire...

24/09/2020, 08:08

Humungus

Je rejoins forcément mortne2001 et NecroKosmos sur le groupe...Hâte d'entendre tout l'album.Le premier clip est malheureusement tout pourri et donc nuit plus qu'autre chose au titre...Personne pour causer de l'hommage à THIN LIZZY (cf. (...)

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En y repensant, il vont au moins se reformer tous les Noël, avec toute la fratrie Cavanagh !

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Un de mes groupes fétiches dont je n'ai jamais décroché depuis les années 80. Cet album s'annonce effectivement comme une pure tuerie !! J'adore RAVEN dont la carrière est irréprochable. 

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