A notre époque, dans notre monde, il est difficile d’oublier l’inéluctabilité du destin, et d’occulter le fait que la vie est loin d’être un long fleuve tranquille. Non, le voyage s’apparenterait souvent à un chemin de croix, et pour les plus malchanceux, à une simple mise en bière programmée de longue date, et indiquée sur l’éphéméride de l’existence dès la naissance en lettres de sang. Les grands philosophes, les poètes, les humanistes, les sociologues, les religieux ont plus qu’abondamment disserté sur le concept du trépas, lui trouvant des significations évidemment existentielles, mais aussi une importance conceptuelle, qu’il garantisse une renaissance pour tous les croyants, ou une simple épée de Damoclès pour les pragmatiques. En musique, la thématique a aussi souvent été traitée, mais s’il est un style qui s’en est inspiré jusqu’à tourner en bourrique, c’est bien le Death Metal. Car qu’est-ce-que le Death Metal finalement ? Un simple gimmick pour beaucoup, une philosophie pour d’autres, et une épiphanie pour une poignée d’entre nous, qui avons eu la chance d’en connaître les prémices (HELLHAMMER, POSSESSED), la genèse (DEATH, OBITUARY, MORBID ANGEL), la croissance (Suède, Allemagne, Etats-Unis), et la déliquescence inévitable qui a conduit les références à s’en éloigner, et les simples faiseurs à en répéter ad nauseam les sempiternelles recettes. Mais lorsque le style est pratiqué avec gout, qu’il répond à un besoin concret, et qu’il est manipulé par des experts, il parvient encore à susciter des émotions fortes, des sensations rigides, et à se substituer à un état de fait que nous connaîtrons tous un jour maudit. Et en termes de crédibilité et de passion, les américains d’OSSUARIUM sont en passe de devenir de nouvelles icones, grâce à un premier album qui frappe très fort et qui cogne très sourd, et qui par extension confirme tous les espoirs placés en ce groupe depuis sa première démo.

J’avais déjà abordé le cas des OSSUARIUM en glosant sur leur premier EP, subtilement mais judicieusement baptisé Calcified Trophies of Violence, car j’y avais décelé des éléments de qualité indéniables, et surtout, une façon de replonger le Death dans les affres de souffrance du Doom, à l’instar des plus grands mélangeurs/fossoyeurs d’INCANTATION, AUTOPSY, DISEMBOWELMENT, CONVULSE ou CIANIDE, WINTER et ENCOFFINATION. Alors signés sur le label d’esthètes de Blood Harvest, les OSSUARIUM ont depuis glissé en restant à la maison, se retrouvant hébergés par l’écurie aux boxes impeccables de 20 Buck Spin (SCORCHED, TOMB MOLD, NOISEM, et beaucoup d’autres créatures étranges), qui n’a pas dû être déçue de son nouveau poulain. Les originaires de Portland, Oregon ont en effet poussé leur recette dans ses derniers retranchements, tout en acceptant d’insérer quelques mélodies inquiétantes à leur symphonie de douleur, mélange qui n’en rend Living Tomb qu’encore plus passionnant. Pourquoi ? Parce que le quatuor (Daniel Kelley, Nate McCleary, Jeff Roman, Ryan Koger) se pose aujourd’hui en synthèse quasi parfaite de tout ce que le Death Metal peut représenter de dangereux, de putride, d’oppressant et de malsain, piochant de tous les côtés de quoi enrichir son approche d’odeurs de distorsion excessive et pestilentielle, de breaks lourds comme un cercueil porté à bout de bras, et de vocaux semblant émaner d’un vieux caveau de famille sur lequel les chiens pissent avec mépris. D’une laideur dans la beauté presque obsessionnelle, ce premier LP prend un plaisir sadique à loucher du côté de la gravité suédoise de quoi alimenter son bestiaire Doom typiquement ricain, saupoudrant le tout d’une touche de bestial international, le tout sans sonner plus old-school que nécessaire. Si l’on retrouve bien sûr tous les ingrédients qui avaient fait des seize minutes du précédent EP un véritable cauchemar auditif, on trouve beaucoup plus, et notamment des titres à rallonge qui appuient sur les plaies béantes pour les faire saigner, à grand renfort de riffs tous plus sombres les uns que les autres, et de soudaines accélérations brutales vous prenant comme dans un collet.

Et le syndrome du lapin qui court devant les voitures est patent à l’écoute de ces huit morceaux qui se la jouent Road Games pour victimes désignées d’office. Pas étonnant dès lors de retrouver cet album emballé dans un artwork signé Dan Seagrave, lui qui a cautionné les plus grandes œuvres de son trait d’outre-tombe. Et en parlant de tombe, l’effet produit par Living Tomb est sensiblement le même que celui de l’étouffement suscité par l’enfermement dans une sépulture de son vivant, avec crise de panique, SUFFOCATION, résignation, et attente de la délivrance dans une solitude extrême. Se montrant toujours aussi convaincants en tant qu’entité, les quatre musiciens se jouent des clichés pour les accentuer, se montrer plus lents et pesants que la moyenne, tout en acceptant la violence la plus crue comme composante inévitable. On sent des réminiscences de la fameuse HM-2 suédoise, des échos lointains des ENTOMBED, UNLEASHED, GRAVE et autres pourfendeurs de destin funeste, mais aussi des traces patentes de Doom à l’Américaine, qui sait se faire plus gras que la moyenne. Et même si le gras, c’est la vie, ici, c’est plutôt la mort, mais une mort presque romantique, belle dans sa détresse, mais cruelle dans son manque d’alternatives. De la même manière que le OPETH le moins complaisant aurait pu sonner s’il avant pompé INCANTATION au lieu de PARADISE LOST, OSSUARIUM nous déprime de ses tons monochromes et de son désespoir tangible, mais nous laisse aussi rêver une dernière fois avant de poser deux pièces sur nos paupières. Loin du carnaval des admirateurs musicaux du folklore Tim Burton, les américains osent aller jusqu’au bout des choses, en profitant d’une production impeccable aux graves qui creusent et aux médiums qui usent, et signent donc des compositions presque progressives dans l’esprit, mais monolithiques dans les faits. Difficile alors de mettre en avant un chapitre, puisque tous se ressemblent et se tiennent, sans suggérer la monotonie, mais plutôt la mélancolie terminale.

Dépassant en plus d’une occurrence un timing raisonnable, les chansons n’en sont pas moins solides et remarquables. Et si une inclinaison personnelle me pousse à souligner l’importance du diptyque « End Of Life Dreams And Visions », eut égard à sa capacité à synthétiser tout ce qui fait le charme mortifère du groupe, « Blaze Of Bodies » n’en reste pas moins une étape cruciale sur la découverte de Living Tomb, en tant qu’entame en chape de plomb et silence de mort. Ayant complètement cédé au charme d’un chant sous-mixé et blindé d’écho et de réverb, de guitares qui restent bloquées sur leurs tonalités les plus abrasives, et conférant à la batterie une frappe matte et sans rebond, ce LP n’utilise que les ingrédients les plus inévitables qui soient, et « Vomiting Black Death » de prodiguer en sept minutes de précieux conseils pour mettre fin à ses jours dans un déluge de bile, de sang, de tripes et de roses fanées. Titillant la corde sensible des fans les plus acharnés d’INCANTATION pour les traîner en terre DISEMBOWELMENT, les OSSUARIUM nous livrent donc une épopée aux accents morbides, aux relents fétides, mais une épopée qui ne refuse pas une certaine forme de beauté dans la détresse et la dépression. Une belle illustration d’un monde qui court à sa propre agonie, et une façon plus séduisante que la moyenne d’accepter une bonne fois pour toute notre caractère de mortels en sursis et de chair à maggots.       


Titres de l'album :

                           1.Intro

                           2.Blaze Of Bodies

                           3.Vomiting Black Death

                           4.Corrosive Hallucinations

                           5.Writhing In Emptiness

                           6.End Of Life Dreams And Visions Pt. 1

                           7.Malicious Equivalence

                           8.End Of Life Dreams And Visions Pt. 2

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par mortne2001 le 27/07/2019 à 18:35
85 %    113

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


NecroKosmos
@90.32.101.32
28/07/2019 à 07:38:15
Owh, pas mal du tout ce truc. En tout cas, au niveau ambiance, on est très loin de Tankard ou d'Anthrax.

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