Le Death US restera toujours le fantasme ultime des fossoyeurs de la mélodie…Et à juste titre, puisqu’un simple énoncé des légendes du genre à de quoi laisser admiratif. Beaucoup pensent, à juste titre sans doute, que des égouts de la Floride furent humées les premières effluves putrides du genre, et que depuis, leur odeur pestilentielle n’a jamais été égalée. Question de point de vue, puisque la Suède n’a jamais été en reste en termes de puanteur obsessionnelle, via les interventions moisies d’ENTOMBED, GRAVE, DISMEMBER et consorts. Mais autant reconnaître que les maîtres à pourrir de DEATH, OBITUARY, et MALEVOLENT CREATION ont toujours su rendre sublime l’horreur d’un corps en putréfaction, se repaissant d’immondices musicales comme des rats rongeant les os d’un cadavre qui traîne. Depuis les origines, les choses ont changé, le son s’est compressé, mais les (mauvaises) intentions sont toujours là, aussi vivaces et perverses, et les CARDIAC ARREST semblent se faire un malin plaisir depuis vingt ans d’en reprendre les codes sans oser les changer. Et puis, à quoi bon ? Existe-t-il une façon plus idoine de décrire l’inéluctabilité de la mort que d’en répandre la souffrance à grands coups de rythmique coup de fouet et de vomi vocal à peine contrôlé ? On serre les dents pour garder les meilleurs morceaux en bouche, et on restitue le tout le plus fidèlement possible, histoire de flatter les plus bas instincts nécrophiles des pilleurs de tombes les moins sujets à une morale restrictive. Et en termes de crédibilité, les CARDIAC ARREST n’ont à craindre de personne, eux qui agitent l’underground depuis 1997, et qui en vingt années d’existence souffreteuse n’ont pas eu peur de coller au plus près d’une éthique déliquescente. Une fois encore, les originaires de Chicago, Illinois n’ont pas changé leur pelle d’épaule, et creusent au plus profond d’une terre stérile de quoi alimenter leurs délires Gore, et ce sixième album de privilégier une cohérence de fond et de ton histoire de ne pas trahir la cause.

1997/2018, le chemin fut long, mais pavé de mauvaises intentions. Et de Morgue Mutilations en 2006 à ce A Parallel Dimension of Despair, la trajectoire fut rectiligne, mais honnête, et les onze morceaux de cette nouvelle mise en bière ne dépareillent pas dans le répertoire des américains, toujours aussi peu amènes, et aux faciès empreints d’une foi sans pareille en une éthique de jeu qui les rapproche toujours plus des pionniers et fondateurs. On y retrouve ce son grave mais précis, cette tendance séculaire à laisser la machine s’emballer, et cette façon de triturer des riffs pour les rendre les plus létaux possible, tout en évitant une redite un peu trop prévisible. Certes, l’innovation n’est pas à l’ordre du jour, et le tutorat des DEATH, OBITUARY, SUFFOCATION, MASTER, BENEDICTION et MASSACRE est toujours aussi patent, mais impossible de rester de marbre face à une telle démonstration de puissance intrinsèque, qui répond finalement à une question que personne ne se pose. Non, les CARDIAC ARREST ne joueront jamais rien d’autre qu’un Death primal et optimal, et c’est très bien comme ça. Ce sixième longue-durée ne propose donc pas d’idées novatrices, et s’inscrit dans la logique la plus évidente de son prédécesseur, And Death Shall Set You Free, publié il y a quatre ans déjà, ce que les puristes de Memento Mori ont très bien compris, et dont ils se satisfont amplement. Il y a de quoi, puisque cette nouvelle fournée de morceaux est d’une grande qualité, soulignée d’une production impitoyable, mais claire comme les larmes d’une veuve au bord d’une sépulture fraîchement creusée. Tous les ingrédients à l’ultime cérémonie d’adieu sont réunis, cette alternance de rythmes qui oppose des crises de folie en blasts à des écrasement d’humeur massacrante, passant en revue le cahier des charges du style tout en y apportant sa propre touche impitoyable, histoire d’offrir aux plus désaxés de quoi s’enthousiasmer jusqu’à la fin de l’année.

Masterisé aux Moontower studios par Javier Felez et emballé dans une sublime pochette évoquant l’Au-delà de Lucio Fulci soignée par Juanjo Castellano, A Parallel Dimension of Despair est une belle série de séquences variées, mais toutes dédiées au long métrage morbide d’un spectacle au désespoir atavique. Une étape de plus dans le parcours sans halte des américains, qui retrouvent encore l’inspiration pour se rapprocher des premières années, sans pour autant tourner le dos à une production aux graves très contemporains. Le timbre de voix d’Adam Scott est toujours aussi proche de celui de Kam Lee, et l’inspiration générale se situe souvent en convergence de la putréfaction made in Florida et des chambres froides suédoises les plus étanches, même si les accointances nationales semblent les plus prépondérantes. Et si quelques esprits chagrins argueront que la durée de l’album ne permet pas d’éviter une certaine redondance, les plus friands n’y verront qu’une occasion de plus de s’enivrer des parfums de détritus triés sur le déchet. Les onze morceaux de cette sixième livraison sont choisis, et respectent évidemment les codes les plus établis, mais les tempi sont toujours aussi habilement maniés, et les interventions vocales toujours aussi malmenées. Les empreintes de MASSACRE et de BENEDICTION semblent toujours aussi claires, même si quelques intermèdes plus joyeux et exubérants que la moyenne parviennent à se faire une place au soleil de la mort (« Rotting Creator », une minute d’ultraviolence dans un monde de démence). D’autres au contraire, plus évolutifs et progressifs développent des idées malsaines mais complémentaires, et démontrent que les ambitions du quatuor sont toujours élevées (« Immoral And Absurd », et son accumulation d’agressions sans baisser d’un ton, « This Dark Domain » et son énorme riff Doom d’intro). A tel point que ce LP s’achève dans un magma de haine et de ressenti morbide, reprenant à son compte tous les codes du style, dans un délire factuel de plus de huit minutes nous présentant la facette la plus riche du groupe.

Ce « Voices from The Tomb » terminal prouve donc plusieurs choses. D’une, que les CARDIAC ARREST sont d’habiles instrumentistes et compositeurs. De deux, qu’ils ont le talent nécessaire à l’élaboration de pièces un peu plus amples que la moyenne. Et de trois, qu’on adorerait qu’un album complet soit consacré à cet art de l’empilage de couches, histoire d’apporter au mausolée une pierre de taille, susceptible de le faire ressembler à une tour de Babel de l’horreur, propre à défier ce Dieu qui finalement, nous renvoie tous dans une petite caisse en bois. On aime ces harmonies amères et résignées, ces brutales accélérations qui semblent défier le temps, et surtout, cette ambiance mortifère qui rapproche le combo d’un exercice de style en Death progressif majeur, avec arrangements de chœurs rappelant l’OBITUARY le plus complice, et lenteur oppressante les rapprochant d’INCANTATION, sans le sens de l’exagération. Une messe pour partouze de zombies amateurs de fesse, et surtout, épilogue idoine pour une œuvre qui va à confesse. Et qui avoue des penchants perfectionnistes sous des atours rustiques, ce qui n’est pas la moindre des ironies. Mais sans aller jusqu’à établir des parallèles osés, A Parallel Dimension of Despair ouvre en effet des portes sur un monde plus ouvert que cloisonné, et représente un bel instantané de la mort made in USA de 2018, qui n’a pas grand-chose à envier à son cliché du passé de la fin des années 80. Une belle leçon en horreur majeure, et une étape de plus franchie par les CARDIAC ARREST, qui n’ont de cesse de vous broyer le cœur.


Titres de l'album:

  1. Immoral and Absurd
  2. Become the Pain
  3. Unforgiving... Unrelenting
  4. When the Teeth Sink In
  5. When Murder Is Justified
  6. Drudge Demon
  7. Rotting Creator
  8. It Takes Form
  9. This Dark Domain
  10. Professional Victim
  11. Voices from the Tomb

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par mortne2001 le 12/04/2018 à 18:01
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Le metal selon les Grammys... Vaste blague.


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