«All added up to zero, and nothing in her head, she turns and turns and she hopes the soaps, are for real, she learns that it ain't true, nope, but she won't survive and rather die in a lie, fall a fool for some dude on a tube, she watches channel zero »

Ces quelques lignes empruntées à PUBLIC ENEMY sur la chanson éponyme me font réaliser à quel point un groupe est devenu si important pour moi au travers des années. Un groupe qu’on regarde lorsqu’il est sur scène certes, mais qu’on écoute surtout, et qui est bien éloigné des soaps et autres émissions débitantes régurgitées par une TV qui ne cherche que du temps de cerveau disponible pour vendre ses faux héros. Les vrais, ceux qui savent, sans se cacher les yeux, ce sont eux, ces belges insaisissables, ces masters of Thrash, ces puristes du riff qui flashe, CHANNEL ZERO. Pourtant, le destin ne les a jamais épargnés. Ignorés par une large frange d’un public pourtant susceptible de fondre pour leur musique, légèrement occultés par des médias ne les trouvant décidément pas suffisamment focalisés sur le buzz’, fondus dans la condescendance d’un marché leur préférant des starlettes sans lendemain, ces musiciens hors normes ont pourtant traversé les années en faisant preuve d’une foi, d’une humilité et d’une lucidité sans failles. La preuve ? Ce nouvel album, d’une extraordinaire qualité qui risque encore de finir dans les bacs à solde de la mémoire alors qu’il mérite une tête de gondole de l’histoire. Pourtant, avec l’époustouflant Black Fuel en 1996, qui n’avait rien à envier aux PANTERA alors à la mode, ce combo aurait dû exploser au firmament des étoiles confirmées. Mais las, le feu a continué de brûler, sans vraiment les réchauffer. Alors qu’Unsafe, en signe avant-coureur, avait prévenu le monde de leur venue. Seraient-ils Stigmatized For Life depuis leurs débuts ?

Qui sait…

Après un hiatus forcé de quelques années, ils étaient revenus l’écume aux dents avec un Feed ‘Em With A Brick dont j’avais dit tout le bien comptant. Kill All Kings avait largement confirmé leur comeback, pourtant marqué au fer rouge de la tragédie (la perte de leur batteur Phil Baheux en 2013, RIP), comeback définitivement entériné aujourd’hui par la sortie de ce monstrueux Exit Humanity, aux textes emprunts de fatalité humaniste de circonstance…D’ailleurs, Franky De Smet-Van Damme le confie lui-même, la situation est catastrophique, mais le monde entier semble s’y résigner…

« Tout le monde semble surpris lorsqu’un ouragan destructeur survient. Mais moi, je me demande combien de temps fermerons-nous encore les yeux en faisant comme si on pouvait y changer quelque chose ? La nature s’en chargera pour nous. En nous envoyant un nouveau fléau ou autre chose. C’est juste une question de temps. Ce n’est pas une prophétie, mais simplement du réalisme. (Proximusmusic.be)».

Alors, je pose cette question essentielle. Faudra-t-il attendre de la même façon que les CHANNEL ZERO rendent les armes pour que l’on se rende compte de l’importance qu’ils avaient du temps de leur vivant ? Cette manie de l’hommage posthume et de la reconnaissance du talent tardive pourrait entraîner cette conséquence fâcheuse, et je continuerai donc à me battre contre cette inéluctabilité. Et ma carte maîtresse pour influer sur le destin sera sans doute ce sixième album studio, Exit Humanity, blindé de chansons puissantes, de riffs solides et de refrains intrépides. A l’image de cette fuite en avant que le groupe évoque, ce disque est un constat cartésien sur une dystopie de demain, qui nous attend le malheur ouvert et le futur en berne.

Mais ce constat s’illustre autour d’une musique extraordinaire, qui sans rien renier de l’histoire passée du groupe, regarde vers l’avenir. Un avenir sombre, comme l’une des facettes du quatuor (Franky De Smet-Van Damme - chant, Seven Antonopoulos - batterie, Tino De Martino – basse et Mikey Doling - guitare) qui n’a jamais rechigné à teinter sa phénoménale et proverbiale puissance d’harmonies en essence. Le black fuel coule plus que jamais dans leurs veines, comme la bonafide d’un moteur turbo qui ne retombe jamais dans les tours, et qui ne nous en joue que très rarement. Sans vraiment révolutionner l’optique prise dès Unsafe, et capitalisée sur tous les albums suivants, les belges font encore une fois preuve de clairvoyance, en rapprochant le Thrash des limites d’un Néo Heavy toujours aussi efficace, et porté par la voix de ténor sans remords de Franky. Ses intonations sont toujours aussi hargneuses, et sa classe majestueuse, de cette race de chanteurs qui sont capables de susciter toutes les émotions sans se départir de leurs pulsions. La démonstration vire d’ailleurs au tour de force sur ce nouvel effort, qui démarre sur les chapeaux de roues par un « Blood Letters » quasi létal, qui nous ramène aux temps glorieux de « Black Fuel », avec son intro s’explosant sur une guitare pleine de mordant. On pense à un mélange corrosif de GZR et MEGADETH, sauf qu’il s’agit bien de CHANNEL ZERO, et que Dave Mustaine himself n’a plus pondu tel hit depuis belle lurette… « Religion is a virus », le genre de vers qui vous met la tête à l’envers, et qui colle à une actualité de plus en plus tragique, mais à laquelle nous sommes désormais habitués…Et si « Wish You Well » reste plus ou moins sur le même modèle, son riff redondant à la Dimebag Darrell reste le plus bel hommage rendu au guitariste qui n’en soit pas un…

Les riffs, Mikey les connaît, et en use sans en abuser, mais les adapte à des arrangements électroniques tout sauf téléphonés, qui agrémentent les breaks d’une petite touche Electro subtile et inspirée. Ce qui permet au groupe une flexibilité et une souplesse qui rendent des morceaux comme « Exit Humanity » essentiels. Phrasé râpé d’une voix grave et concernée, pour groove infernal en fin de non-recevoir d’espoir malade, tous les thèmes sont abordés, sans complaisance mais avec acuité, des dangers du « Dark Net », jusqu’au perruqué Donald T. (« Elephant In The Room », déchaîné d’un Heavy Thrash vraiment courroucé du peigne édenté) en passant par les réfugiés (« Refugee », up tempo enflammé qui retrace le parcours du combattant des exilés), pour un bilan d’une humanité qui n’a vraiment plus de quoi pavoiser. Mixé par Dave Fortman, Exit Humanity est une bombe à fragmentation qui détruit tout sur son passage, tout en prenant soin d’asséner son message avec insistance et persistance. Celle du temps ? Celui qui passe ne semble avoir aucun effet sur les capacités de musiciens dans la force de l’âge qui la trouvent encore pour pondre des brûlots déchaînés comme « Freak », qui loin de les montrer tels les monstres de foire qu’ils ne seront jamais, nous nourrit de briques dans la gueule pour bien nous la pulvériser. Toujours aussi varié, le quatuor n’hésite pas à imposer une grosse basse à la Paul Raven pour se rapprocher d’un PRONG vraiment furax d’avoir perdu ses tongs (« Slip Away »), avant de nous sortir les sextolets made in NWOBHM qui incendient un Heavy salement aigri (« Said And Done », MACHINE HEAD plus vrai que nature, sans ratures). Mais si le tout se termine par une complainte pleine de désespoir (« Full Circle »), il faut n’y voir que la tristesse d’une déchéance globale programmée, et non le signe d’une faiblesse mal dissimulée…

Meilleur album d’un groupe dont chaque album l’est ? C’est une éventualité, tant ce sixième jet est d’une solidité et d’une versatilité transcendée. Mais avec CHANNEL ZERO, sans indécence de propos, il est inutile d’attendre autre chose que l’excellence, et Exit Humanity y était condamné dès sa naissance…Alors, non, le monde ne va pas bien. Mais quitte à assister à sa longue et lente chute la tête entre les mains, autant que le bruit de sa fin soit atténué par ces accents divins et devins. Le zéro pointé n’est pas pour demain.


Titres de l'album:

  1. Blood Letters
  2. Wish You Well
  3. Exit Humanity
  4. Mental Breakdown
  5. Let The Games Begin
  6. Elephant In The Room
  7. Dark Net
  8. Refugee
  9. Freak
  10. Slip Away
  11. Said And Done
  12. Full Circle

Site officiel


par mortne2001 le 23/11/2017 à 17:56
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