Quand on chronique une quinzaine d’albums de Thrash vintage (ou non) par mois, et même si la passion reste intense, on attend désespérément une étincelle, une flamme, ou du moins un peu d’inédit, de surprise, histoire de rendre la tâche sinon plus facile (puisqu’elle n’est pas difficile à la base, passion oblige), tout du moins plus…excitante.

Mais las, la plupart du temps, l’histoire est toujours la même, et les faits inamovibles. Trois, quatre ou cinq poilus nostalgiques du temps où METALLICA, SLAYER, EXODUS et KREATOR régnaient en maîtres sur le Metal extrême, et singeant jusqu’à leur moindre tic histoire de nous ramener trente ans en arrière, avec plus ou moins de facilité et de bonheur.

Alors, quand par miracle on tombe sur une sortie un tantinet différente de la masse, on sourit, parce qu’on est content. Et quand la surprise est totale, on exulte.

Mais je vous avoue que le cas de figure est plus que rare. Mais il arrive. Ce qui fut le cas lorsque j’ai découvert le premier album de JENNER.

Je tiens d’emblée à préciser que le groupe n’a rien à voir avec la famille Kardashian et leurs belles-filles, ce qui aurait pu effleurer l’esprit des plus people d’entre vous. Mais pourtant, il existe un lien entre ces deux fratries. Car les JENNER ne sont pas, pour une fois, une assemblée de velus au menton moussu, mais bien quatre superbes jeunes filles qui nous viennent de…Serbie.

Alors, je résume donc. Quatre demoiselles, un pays qui d’ordinaire ne verse pas dans l’exportation Thrash soutenue, double nouveauté, avec une sensation rafraichissante qui s’accentue lorsque nos oreilles se posent sur le LP en question.

LP, qui comme vous devez vous en douter vu mon ton de plume, est excellent.

Parce que finalement, filles ou pas, Serbie ou Brésil, on s’en fout. On parle de musique, et de Thrash en l’occurrence, alors le genre et l’origine géographique n’ont que très peu d’importance.

Et même si Anđelina Mitić (chant), Aleksandra Stamenković (guitare), Mina Petrović (basse) et Marija Dragićević (batterie) possèdent toutes un physique très avenant, leur principale qualité ne découle absolument pas de leur charme, mais bien de leur dextérité instrumentale et de leur intelligence de composition. Mais laissez-moi vous les présenter plus en détail.

Formé en 2013 par Alexandra et Marija, deux sœurs, dans le but de marcher sur les traces de leurs influences (JUDAS PRIEST, WARLOCK, GRIM REAPER), le line-up de JENNER s’est vite vu complété par Andjelina et Jana (basse), vite remplacée par la bassiste actuelle, Mina. Avec un peu de pratique et au fil des répétitions, les quatre musiciennes ont fini par durcir leur ton, et se rapprocher de la vague Speed/Thrash des ANTHRAX, OVERKILL et autres EXODUS ou AGENT STEEL, histoire d’enregistrer une première démo en 2015. S’ensuivirent évidemment des concerts, puis la préparation d’un premier album qui depuis le mois de mars est disponible via les bons soins d’un label bien de chez nous, Infernö Records (ELVENSTORM, AXECUTER, PRIME EVIL, VASTATOR, et un catalogue cosmopolite et brutal).

Alors, tout ce laïus pour en arriver où au juste ?

Au fait que les JENNER avec To Live Is To Suffer nous ont offert l’un des albums de Speed/Thrash les plus performants et séduisants de ces dernières années. Car loin de se contenter de copier leurs références les plus évidentes, les quatre comparses ont bien étudié leur sujet, mais ont su garder une fraîcheur incroyable qui transforme la moindre de leur chanson en véritable hymne à la violence made in USA, estampillée 86/87. La première allusion et/ou parallèle qui frappe les oreilles est évidemment celle de HEATHEN, pour cette façon de mâtiner la brutalité d’une bonne dose de mélodies ciselées, et pour cette technique affutée qui toutefois ne prend jamais le pas sur l’efficacité en sombrant dans la démonstration.

Mais n’ayez aucun doute sur le niveau instrumental des JENNER qui est largement au-dessus de tout soupçon, et qui n’a rien à envier au METALLICA des flamboyantes années ou même à celui des HEATHEN en question.

D’ailleurs la voix d’Anđelina, aussi harmonieuse que hargneuse n’est pas sans rappeler le timbre de David White, que la jolie Serbe agrémente de régulières montées dans les aigus à la Rob Halford, sans perdre de sa justesse.

Mais ses trois collègues ne sont bien sûr pas en reste, et le tandem rythmique Mina/Marija est terriblement efficace, se permettant quelques accélérations foudroyantes (l’entame de « Demon Call », signe de SLAYER ou KREATOR), ou quelques inflexions purement Core rebondissant sur le spectre du OVERKILL le plus saignant (le break de basse en intro de « On The Judgement Day »).

Quant à Aleksandra, elle n’a pas oublié ce que les termes « saccade » et « syncope » veulent dire, et riffe dru et ténu, soloïsant comme un Gary Holt sous acides ou un Lee Altus intrépide, agrémentant chaque titre de ses interventions justes et débridées. Sans en faire trop, la six-cordistes gagne sa place au panthéon des guitaristes Thrash sacrément efficaces, et ses motifs circulaires et incendiaires permettent de retenir facilement des thèmes qui se veulent francs, mais non dénués de quelques fantaisies instrumentales.

Et dès l’attaque de « Factory of Death », annoncée par une basse sournoise, nous sommes rapidement fixés sur les intentions de JENNER, nous mettre à genoux d’un Speed/Thrash de très haute volée qui aurait même pu il y a trente ans tenir la dragée haute à bien des cadors du créneau. Ce premier morceau, autant influencé par un MEGADETH vraiment inspiré que par un METAL CHURCH allumé, est un coup de semonce énorme qui nous colle au plafond, qui plus est doté d’un refrain irrésistible sur lequel Anđelina module féline tout en montrant ses crocs. On pense même à ce moment-là à un MORDRED survitaminé et pas encore miné par des obsessions Funk chaloupées, ce qui en dit long sur les qualités des demoiselles en question.

Mais pour être franc, et après de multiples headbanging à m’en coller un torticolis, je n’ai pas réussi à dénicher le moindre grief à formuler à l’encontre d’un album quasiment parfait de bout en bout. Car To Live Is To Suffer est un cas d’école totalement bluffant qui nous replonge dans les plus grandes heures de la Bay-Area, et qui a su trouver la limite parfaite entre un Speed fluide et un Thrash solide, privilégiant parfois l’un sur l’autre, sans jamais perdre de sa cohérence.

Et que le format soit court (« Silent Killer »), ou long et osons le terme, « progressif » (« Demon’s Call »), l’aisance est la même et les hymnes en anathèmes. Si le premier nous propose un Heavy Thrash torride aux contretemps ludiques, le second nous entraîne sur les traces des légendes de la violence Allemande de KREATOR et de l’envoutement Californien des HEATHEN, sans perdre de vue le propre destin d’un groupe décidément compétent dans tous les secteurs de jeu. Et en bondissant de l’énergie Speed/Thrash de «Hear The Thunder Roar » qui a dû rendre vert de jalousie les AGENT STEEL, à l’affolement bestial du final « Opened (On The Table) », payant sa dime à EXODUS et DETENTE (et avec de belles embardées vocales hystériques d’Anđelina, qui reprend plus ou moins les crises de folie lyrique de John Cyriis sur Unstoppable Force), la ballade proposée par les JENNER nous laisse sur les rotules, et les cheveux en bataille sur le bord de la route.

Oui, le Thrash a encore de bien belles années devant lui. Et oui, je continuerai donc de chroniquer ses sorties tant que des groupes comme JENNER existerontDifficile de dire si To Live Is To Suffer sera l’album de l’année à peine débarqué au mois de mai, mais il est un sérieux prétendant aux trois premières marches de mon top annuel, une fois décembre arrivé. Alors oui, ce sont des femmes. Oui elles viennent de Serbie. Mais franchement, une fois cet album avalé, on se tape complètement de qui a bien pu le jouer. Tout ce qu’on retient, c’est qu’il est aussi puissant que nuancé, et qu’il aurait fait les beaux jours des platines de notre adolescence il y a une trentaine d’années !


Titres de l'album:

  1. Factory of Death
  2. Hear The Thunder Roar
  3. Demon's Call
  4. The Heath is Coming Again
  5. On The Judgement Day
  6. How Deep Is Your Greed
  7. Silent Killer
  8. Opened (On the Table)

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par mortne2001 le 11/05/2017 à 16:42
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Très belle pochette.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

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Excellente nouvelle


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AH AH AH !!!
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