Quantum Resolution

Kekal

01/08/2020

Eastbreath Records

La théorie des quantas, le chat de Schrödinger, on connaît tout ça d’autant que depuis quelques années les séries s’en donnent à cœur joie pour nous en développer les tenants et aboutissants. Mais je ne suis pas ici pour vous parler de physique quantique, et encore moins pour en disséquer les principes, quoique certains d’entre eux pourraient s’appliquer à la musique des indonésiens de KEKAL.KEKAL c’est un peu l’entité bizarre venant d’une réalité parallèle, pas vraiment de son temps ni de son passé, qui existe sur plusieurs plans artistiques dont certains n’appartiennent qu’à eux. Une sorte de Cube 2 mis en musique, avec pour graphique un plan à quatre dimensions rajoutant le temps à l’espace, et permettant à des artistes de se dédoubler sans perdre leur identité propre. Depuis 1995, les originaires de Jakarta n’ont eu de cesse de repousser les limites du possible, en intégrant à leur vision musicale des éléments d’Electronica, de Metal, de Pop, de Jazz, de Rock alternatif, de Jungle, pour produire l’un des mélanges les plus intrigants de l’underground. A ce point intrigant que les sites sont bien en mal de comparaisons, au moment de proposer à l’auditeur perdu des points de repère. Pour exemple, The Metal Archives ne s’embarrasse pas de principes, et colle dans la liste des artistes similaires tout ce qui touche de près ou de loin à l’expérimentation, sans se soucier d’une quelconque cohésion. On trouve donc dans le déroulé des groupe s’affiliant ou pas aux indonésiens comme SIGH, VOÏVOD, ENSLAVED, DROTTNAR, DEVIN TOWNSEND, CYNIC, GIRE, GODKILLER, G.U.T, HAVOC UNIT, THY CATAFALQUE, ou AND OCEANS, et pourtant, aucun de ces artistes ne vous mettra sur la bonne piste. En citant SKRILLEX, les YOUNG GODS, SPINESHANK, MARILLION, les RESIDENTS, DOOM, les SWANS, SONIC YOUTH, les HALF GENTLEMEN, le site référentiel aurait proposé des cas moins évidents individuellement, mais beaucoup plus précis pris dans leur ensemble de mélange. Car une fois encore, la musique de KEKAL se veut imprévisible, et plus à même d’animer les dancefloors louches de Jakarta que les grands festivals Metal européens.

Avec la bagatelle de douze longue-durée au compteur, publiés avec une régularité exemplaire KEKAL fait maintenant partie de l’avant-scène de l’avant-garde nationale et mondiale, et depuis Deeper Underground en 2018, le groupe a visiblement souhaité rendre sa musique plus accessible au grand public. Si les premiers albums du groupe faisaient montre d’un esprit abscons et décidément peu amène en explications claires, Quantum Resolution continue sur le chemin de la vulgarisation de qualité, sans pour autant se compromettre dans une banalisation à outrance pour séduire les masses réfractaires à l’expérimentation. Nous retrouvons donc ce tapis d’arrangements électroniques qui éloignent évidemment le groupe de l’étiquette Metal qu’ils n’ont jamais revendiquée, et le tout ressemble à un effort de TRICKY pour s’accommoder d’une Pop moderne et catchy, sans négliger l’importance de l’apport de structures évolutives héritées du Progressif contemporain. Inutile de nier qu’en écoutant un morceau comme « Testimony », le rockeur de base se sentira complètement paumé, et se demandera à juste titre pourquoi on l’a invité à entrer. Avec des cassures venant de la Jungle et du Trap, une ambiance sombre mais dansante, l’ensemble à de faux-airs de fête organisée au débotté dans un squat en Allemagne, et utilise des recettes déjà largement épuisées par ATARI TEENAGE RIOT et toute cette génération de musiciens électroniques à l’instar de PRODIGY. Les amateurs de guitare n’auront que très peu de liens auxquels se raccrocher en écoutant la musique produite par le trio (Leo Setiawan - guitare/chant, Jeffray Arwadi - guitare/chant, et Azhar Levi Sianturi - basse/chant), qui se présente encore comme une sorte de pendant négatif des BEASTIE BOYS, avec en exergue cette créativité étonnante qui refuse les barrières et s’amuse à les faire tomber. Mais rassurez-vous, il reste quand même des choses à écouter si l’on aime la violence instrumentale, et « Quiet Eye » d’accrocher l’oreille comme un inédit de MINISTRY passé au prisme d’APHEX TWIN en cure de désintox malsaine. Les mélodies, évidemment prépondérantes permettent encore au trio de se rapprocher d’une musique abordable par les fans d’un Rock ouvert et délicatement alternatif, et les cris soudainement poussés autorisent les amateurs d’extrême à se laisser tenter. Mais ne vous leurrez-pas non plus. Les KEKAL ne sont toujours pas là pour se faire domestiquer, et si « Spiritual Anarchism » commence par un riff franc hérité du Heavy Metal le plus classique, son déroulé reprend la trame inextricable de ce mélange des genres qui a tout d’une fête de l’impossible et de l’affrontement de DJs aux cultures musicales différentes.

Alors concrètement, à quoi ressemble aujourd’hui la musique des indonésiens ? Toujours au même melting-pot incroyable, ce mélange de Rock, d’électronique, de violence exprimée autrement qu’avec un chant exhorté et des guitares agressives. Une violence qui va chercher sa raison d’être dans l’histoire de l’Industriel, du Trap, de la Jungle, du Breakcore, mais aussi dans la densité des couches d’arrangements qui rappellent parfois la vague Nu-Metal des années 90 sans jamais s’éloigner d’un esprit farouchement indépendant et typiquement asiatique, à l’image d’un SIGH passé du Black Metal aux sous-sols de la création synthétique. On pourrait même tendre la main à Trent Reznor en sachant très bien qu’il va l’attraper pour nous entraîner dans un monde ou DILLINGER ESCAPE PLAN est passé du côté obscur (« The Sleep System »). Loin de se baser sur des effets choc et des envies de provoquer et d’irriter, Quantum Resolution contient aussi des instants de beauté harmonique pure, à l’image de cette transition superbe « Zoe » qui n’aurait pas dépareillé sur un effort solo de Steven Wilson. Mais le propos général reste aussi rythmique que mélodique, et la démarche 2020 du groupe est formidablement bien résumée par le long et envoutant « Hidden No More », qui semble capter les fréquences FM de plusieurs dimensions différentes, en même temps. On y sent du Rock direct, des strates de sons Electro, de la méchanceté Indus, et un peu tout ce qui fait l’underground le plus fertile qui souhaite quand même le rester.

Alors que les DOOM japonais souhaitaient dans les années 80 propulser le Thrash dans la stratosphère du psychédélisme et de l’expérimentation, KEKAL souhaite faire évoluer la musique Industrielle dans une autre couche d’espace-temps, et proposer un écho d’avenir assez intrigant en soi. Et se dire que cet album reste le plus accessible de la bande laisse rêveur, les néophytes se demandant alors ce que ces trois-là ont pu oser par le passé. La même chose, mais en plus complexe. Vous n’avez pas besoin d’en savoir plus.                 

                            

Titres de l’album:

01. Quiet Eye

02. Spiritual Anarchism

03. Inward Journey

04. The Sleep System

05. Testimony

06. Driven

07. Zoe

08. Hidden No More

09. Apocalypse: Quantum Resolution

10. Pneumatic Union


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par mortne2001 le 06/04/2021 à 17:02
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Mouais...Clairement pas terrible.Je rejoins Simony (sauf que moi j'avais plus qu'apprécié les deux derniers albums).Bref... A juger sur la longueur quoi... ... ...

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