Les chiliens nous ont habitués à une approche radicale de l’art décibellique, depuis l’émergence de leur scène Death et Thrash dans les années 80, et même si la plupart des groupes locaux sont trop longtemps restés dans l’ombre, la lumière semble rejaillir sur ce pays depuis quelques années, alors que les amateurs de sensations fortes commencent à réaliser que l’Amérique du Sud pourrait bien être l’Eldorado de cruauté qu’ils attendaient. Nouvelle preuve en est donnée, ou plutôt en sera donnée dès le mois de juin par le label irlandais Invictus Productions, qui publiera avec fierté la première démo des locaux loco de DEATHWARDS, l’une des plus jouissives qu’il m’ait été donnée d’écouter depuis très longtemps. Nouveau groupe, mais figures de l’underground, ce quintette sans peur ni stupeur aux pseudos rageurs et vengeurs (Hellavenger - chant, Extravasation et The Usurper - guitares, The Magus - basse et The Penance - batterie) nous propose donc une approche radicale, à base de Thrash séculaire trempé dans un marigot Death mortifère, mais surtout, l’un des plus beaux hommages au radicalisme de série B des années 80. En écoutant leurs titres, une référence m’a aussitôt sauté aux oreilles, celle d’INFERNAL MAJESTY, dont les chiliens reprennent le vocable, les accents, mais aussi le son. Et c’est donc sans surprise que je découvris au fin fond du tracklisting la présence d’une cover du groupe référence en question, via une appropriation de l’éternel « Overlord », qui entamait les hostilités du classique None Shall Defy.

Influence marquée donc, et appropriation remarquée, pour une valse sans hésitation entre des références plus ou moins prononcées. Si leur label aime à les rapprocher de SLAYER, SLAUGHTER LORD, PESTILENCE ou même plus hasardeusement VOÏVOD, tout en admettant des accointances avec la technique des SADUS, SINDROME, ou OBLIVEON, le quintette dispose d’armes tout à fait personnelles pour se défendre. Et autant dire qu’ils préfèrent attaquer, privilégiant la nuance sur la distance, malgré la durée très limitée de cette première apparition. En à peine vingt-trois minutes les DEATHWARDS nous prouvent leur potentiel exponentiel, débutant ce Towards Death sur les chapeaux de roue, avant de faire preuve d’un panache plein de finesse, histoire de ne pas simplement nous condamner au supplice de la roue. Celle qui avance et broie les os sans chercher à comprendre, et qui laisse les victimes sur le bord de la route en pleine crise de démence. Mais si ici cette fameuse démence a le droit de cité, les chiliens ont aussi le privilège de la détourner pour lui faire emprunter des chemins moins profondément creusés, histoire d’affiner de technique des hymnes à la débauche parfaitement cavaliers (« Impending Prophecies », pas totalement Technical Death, mais pas foncièrement Brutal Thrash pour autant). Pas d’inquiétude à avoir au demeurant, puisque la véhémence semble être l’obsession du moment, ce que le bestial et déjanté « The Hierarchist » prouve de sa rythmique nucléaire, de sa basse incendiaire et de ses riffs de mercenaires. Le parallèle avec le PESTILENCE le moins complaisant trouve là son point de convergence, en admettant une perméabilité avec la cruauté typiquement sud-américaine, mais aussi avec le sadisme à la ricaine, celui des DARK ANGEL et des INFERNAL MAJESTY bien sur…

Mais dès « In Death I Become », le ton sombre est donné, et les débats placés sur le terrain de la virile qualité. On sent que le potentiel des cinq musiciens est à son zénith, et qu’ils ont jeté tous leurs efforts dans la bataille, tant les guitares hululent, les crises de folie pullulent, le tout sous couvert d’un hommage rendu à la vilénie instrumentale de la charnière 80’s/90s, encore indécise quant au destin d’un extrémisme musical incertain. Aussi fatalement Thrash qu’elle n’est violemment Death, cette première démo est sidérante de radicalisme, tout en acceptant parfois d’adoucir un peu les angles les plus tranchants. Et au-delà de cette fabuleuse reprise déjà abordée, et qui se retrouve complètement vampirisée, c’est le répertoire original des chiliens qui surprend de sa validité. On y retrouve des tics inhérents à la vague déclenchée par Chuck Shuldiner lui-même, son pendant européen, mais aussi un réel amour du Thrash un peu bancal, de celui que les fans écoutaient dans le noir en préférant déclarer leur amour aux SLAYER et autres ANTHRAX. Pas mal de citations érudites donc, mais surtout, une violence, une vraie, une brutalité, méchamment secouée, mais de réelles capacités, instrumentales, un chant de tous les diables, des soli qui lacèrent les chairs, et un son tout à fait casher, qui nous replonge dans nos jeunes années de branleur bruitiste invétéré. Une démo qui fait donc très chaud aux oreilles, et qui laisse présager d’un suite de carrière dorée pour les DEATHWARDS, qui n’ont plus qu’un petit effort à faire pour confirmer en longue-durée la formidable impression suscitée par Towards Death, leur premier jet. Une démo qui a de faux airs de premier véritable EP, et qui laisse la concurrence à des kilomètres. Et surtout, une affirmation de la prédominance chilienne sur la véhémence. Mais qui songerait à leur contester ce leadership mérité ?


Titres de l'album:

  1. In Death I Become
  2. The Hierarchist
  3. Epitaph from the Underworld
  4. Impending Prophecies
  5. Overlord (Infernal Majesty cover)

Page album Bandcamp label


par mortne2001 le 04/06/2018 à 18:09
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