Gargoyl

Gargoyl

09/10/2020

Season Of Mist

Le groupe de grunge progressif GARGOYL sortira son nouvel album éponyme le 9 octobre 2020 via Season Of Mist.

 

Quand j’ai lu cette accroche sur l’un des webzines français, j’ai failli en avaler mon croissant pur beurre de travers. Comment un groupe se revendiquant du Grunge pourrait-il être progressif ? Ce faux-genre créé à la base de toutes pièces par les journalistes en mal d’étiquettes refusait justement la prétention du Rock le plus boursouflé aux entournures pour retourner à l’essentiel du Punk, le tout lié par une sauce Pop aux sonorités Metal. Alors de là à en imaginer les musiciens y associer des prétentions qu’on collait plus volontiers sur le dos de YES, KING CRIMSON, PINK FLOYD ou GENESIS, il y a une frontière que je me refuse à franchir…Alors, pourquoi ne pas justement laisser les américains de GARGOYL tranquilles à jouer leur musique unique, sans avoir obligatoirement envie de leur refiler une jaquette avec un gros dossard « Le groupe de grunge progressif ». Par logique donc, et aussi par respect, puisque les originaires de Boston, Massachusetts tiennent à leur singularité, même si Gargoyl n’est que leur premier album, et la suite presque logique d’un EP paru il y a quelques temps. Formé par Luke Roberts (guitare/chant) des AYAHUASCA et Dave Davidson (guitare, basse) de REVOCATION, GARGOYL est donc de ces ensembles qui se réclament d’une originalité qui leur est propre, et qui rejettent toute catégorisation trop restrictive. Ce qui dans leur cas s’explique parfaitement, puisque les onze pistes de ce premier longue-durée échappent quasiment toutes à une classification trop pointue, jouant avec le Progressif, le Jazz, le Rock psychédélique des années 70, et effectivement, l’alternatif des nineties, par l’entremise de mélodies biscornues à la ALICE IN CHAINS, et d’un tempo pilonné mais quelque peu nonchalant dans le beat.

Et il ressort de l’écoute de cette première œuvre une sensation étrange, cotonneuse, mais incroyablement fertile qui nous pousse à croire que les deux américains (soutenus par Josh Park à la batterie) sont en effet des iconoclastes qui s’attachent à leur unicité comme le proverbial lierre à la roche du Rock.

Tout y passe plus ou moins, des beats de samba, des riffs dissonants à la VIRUS de Black Flux, une grosse basse qui réconcilie Geddy Lee à PRIMUS, un chant un peu lunaire qui rappelle le Progressif le plus barré, des fulgurances plus volontiers Metal, mais aussi et surtout, un désir de s’éloigner des structures standard du Progressif, trop figées dans leur classicisme, pour proposer une musique puissante, qui permet de s’amuser autant que de réfléchir. Avec trois studios utilisés pour son enregistrement (God City aux Etats-Unis, BWC Studios, Black Lodge au Canada), une prise de son et un mixage parfaits de Greg Dawson et un artwork étrange peaufiné par Mark McCoy, Gargoyl est la grosse surprise de cette rentrée, et sans défier TOOL sur son propre terrain, GARGOYL a des arguments pour passer pour la sensation à la mode de cette fin d’année, sans jouer sur les gimmicks ni profiter d’une campagne promotionnelle intense. Il faut dire que leur musique parle et joue d’elle-même, avec ses constants changements d’humeur, et des inspirations/expirations un peu asthmatiques, comme en témoigne le bancal et très attachant « Electrical Sickness », qui sonne comme une version malpolie de Free Jazz interprété par des fans de SONIC YOUTH, et élèves d’un conservatoire de prestige un peu facétieux. Entre cette basse qui roule bossa comme une folle en claquant ses notes, ces volutes de guitare acides qui se matérialisent soudain comme des riffs simples et coupés au biseau, ces nappes vocales qui semblent chercher la vérité dans la défonce, et cette ambiance globale peu propice à la lucidité, ce morceau est un trip, ne le cachons pas, et réconcilie VOÏVOD avec les MILK. Mais ce titre ne résume évidemment pas la démarche à lui seul, et d’autres cadeaux vous attendent sur ce disque qui ne respecte aucun format connu.

D’abord, commencer son boulot avec un démarquage du « Because » des BEATLES, et un a cappella en harmonies vocales pendant deux minutes et trente secondes en dit long sur l’envie des musiciens d’offrir autre chose que des facilités. Ils se mettent à nu, prouvent qu’ils peuvent se passer d’instrumentation classique pour se montrer créatifs, et donnent ainsi le signal du départ d’une entame de carrière qui ne risque pas de rentrer dans le rang. Certes, cette première approche est immédiatement suivie de quelque chose de plus formel, ce « Plastic Nothing » au riff en crescendo, mais on sent aussi au travers de ces accords dissonants plaqués que le trio se dirige plus vers KING CRIMSON que vers GENESIS, qu’il connaît les MELVINS, NEUROSIS, ENCHANT, DOOM (le japonais évidemment), et qu’il n’a pas l’intention de rester dans le chemin bien tracé par l’école des FLOWER KINGS ou de DREAM THEATER. Tout l’album est donc animé par un désir de proposer autre chose, d’entraîner l’auditeur dans des contrées inexplorées, ou peu foulées, et on a parfois le sentiment que le trio s’approprie les méthodes d’ALICE IN CHAINS et d’ACID BATH pour proposer une sorte de Proto-Grunge nauséeux et lysergique, lorsque le tempo se cale sur un balancement hypnotique et que les lignes de chant s’entremêlent au travers d’un micro déformant (« Ophidian »).

Mais les américains savent aussi se montrer plus persuasifs et directs, sans renoncer à leur originalité, en distillant des riffs plus agressifs et des rythmiques en mid très cognées, et leur musique, sans perdre en préciosité gagne en efficience, avec en relief le violent « Nightmare Conspiracy », qui rassemblera autour de lui les fans d’un VOÏVOD contemporain. Avec en cadeau bonus des soli de toute beauté, des breaks évanescents qui offrent un peu d’air, et parfois des délires totalement opératiques sur fond de valse à 3 temps et demi (« Waltz Dystopia »), des charges purement Power qui remontent le Rock jusqu’aux naseaux (« Ambivalent I »), et un final en ouverture, plus calme et proche d’un OPETH poétique, mais subtilement amer en fin de journée (« Asphyxia »), GARGOYL nous gratifie d’une intelligence de composition qui détonne dans la production progressive moderne, et qui les désigne de faits comme de futurs leaders à suivre de très près. Alors, de là à accepter cette étiquette un peu ridicule de « Grunge progressif », il y a une ou deux dissonances que je ne foulerai pas du pied, mais il est en effet assez curieux de constater que les américains ont su utiliser l’urgence des nineties de Seattle pour remettre les pendules de la patience à l’heure du progressif personnel.         

                                                

Titres de l’album:

01. Truth Of A Tyrant

02. Plastic Nothing

03. Cursed Generation

04. Electrical Sickness

05. Wraith

06. Ophidian

07. Nightmare Conspiracy

08. Waltz Dystopia

09. Ambivalent I

10. Acid Crown

11. Asphyxia


Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 24/07/2021 à 17:41
88 %    537

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Blood Sugar Sex Magik

mortne2001 25/09/2021

From the past

Benighted + Shaârghot + Svart Crown

RBD 22/09/2021

Live Report

Use Your Illusion I & II

mortne2001 18/09/2021

From the past

Witchfuck : le contre-pouvoir en Pologne

Simony 14/09/2021

Interview

Voyage au centre de la scène : CATACOMB

Jus de cadavre 29/08/2021

Vidéos

LA CAVE #6 : une sélection d'albums Metal Extreme

Jus de cadavre 20/08/2021

La cave

Suffocation 2014

RBD 09/08/2021

Live Report

SWAMP TERROR : La bête des marais !

Simony 16/07/2021

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
metalrunner

Très  bon album une bonne claque vivement du live .

26/09/2021, 09:12

RBD

Cette prolongation de "Surgical Steel" va certes ramener dans le camp des déçus ceux qui espéraient que ce précédent n'était qu'un tour de chauffe avant un "Heartwork II" ou un "Symphony of Putrefac(...)

25/09/2021, 22:24

Sakura

transophobe black metal

25/09/2021, 14:15

Je te sodom à l\'agent orange

@Drift : tu préfères quoi haineux? haïsseurs? Je vois en quoi en utiliser un anglicisme comme haters rend nul le reste de son propos. En tout cas, pour toi, j'ai une expression bien française : sac à merde.

25/09/2021, 14:13

drift

Encore un gogo qui parle "haters"

25/09/2021, 12:34

araf

Il est grand temps qu'ils arretent les frais

25/09/2021, 12:32

Gargan

Très futé comme commentaire. Je ne crois pas qu’il faille forcer les choses à ce niveau, sinon c’est l’effet repoussoir assuré. Faire écouter les classiques du rock / hard / heavy en crescendo, c’est déjà pas mal. Quand ta p(...)

25/09/2021, 10:30

Pine de pute

@KerryKing : espèce de gros blaireau, n'oublie pas la bière dans le biberon. Si ce sont des gros nazes comme toi qui sont les porte-flambeaux de "notre héritage", pas étonnant qu'on ne soit que rareent pris au sérieux. Et franchement, va te f(...)

25/09/2021, 07:26

Ander

Pas trop mal ce titre. J'aime bien le son de basse qui se démène derrière.

24/09/2021, 08:37

Kerry King

Vieille bonne époque, rien a voir avec le collège d'aujourd'hui, on a tous commencé avec le hard rock et differentes vagues, mais pour sauver notre héritage va falloir commencer par plus fort !Mon fils sera bercé des sa naissance part du Death e(...)

24/09/2021, 01:05

Humungus

Moshimosher + 1.

23/09/2021, 17:28

Moshimosher

Necromantia avec une seule basse, c'est plus vraiment Nécromantia... dommage...

23/09/2021, 16:08

Orphan

Et je trouve le titre de grande classe

23/09/2021, 15:28

Orphan

Excellente news !20 ans plus tard, il y a toujours un moment dans l'année où je me réécoute ANCIENT PRIDE

23/09/2021, 15:21

metalrunner

Super version James a la pêche bravo pour ces petits concerts  a prix casse .

23/09/2021, 11:41

Humungus

Alors !J'ai enfin pris le temps d'écouter tout cela cher Jus de cadavre (car j'ai moi aussi de mon côté des trucs en attente à ouïr...). Et autant le dire tout de suite, je ne connaissais aucuns groupes de ta sélection.Alors c&ap(...)

23/09/2021, 11:37

Kerry King

En 2021 plus aucun intérêt de taper sur Metallica, on leur a taper dessus suffisamment comme ils l'ont mérité sur les 20 dernières années.Voyons maintenant ce groupe comme le pondeur de 5 albums majeur de l'histoire, d'une certaine no(...)

23/09/2021, 10:30

Humungus

OUHLALALALA !!! !!! !!!J'l'avais pas vu arrivé celle-là !Le titre est lambda. Malheureusement pas de retour au "vrai son NECROMANTIA".Hâte tout de même d'entendre l'album complet...

23/09/2021, 09:44

Humungus

On peut taper allégrement sur ces mecs (moi le premier), mais ce genre d'initiative "retour aux sources et aux fans", y'a quasi qu'eux qui le font...

23/09/2021, 09:38

Bones

Je me rends compte que j'ai visionné ça comme si j'avais retrouvé un vieil objet familier dans ma cave, analysant si l'humidité avait eu prise dessus, cherchant (et trouvant) les points de rouille... Ca fait bizarre de voir ces mecs prendre autant de rid(...)

23/09/2021, 07:50