Ça ne rigole pas vraiment du côté d’Osnabrück, ville de Basse-Saxe fondée en 780 par Charlemagne comme siège d'un évêché. Oui le même Charlemagne qui a eu cette idée folle, un jour d’inventer l’école. Mais les bancs d’école usés par ces quatre allemands-là étaient bien différents de ceux en bois sur lesquels nous avons usé nos fessiers, à l’écoute d’un maître ou d’une maîtresse qui n’étaient pas là pour rigoler. Les HAYSER ont dû plus volontiers faire vibrer les murs de locaux de répète légèrement défraîchis, histoire de roder leur répertoire, eux qui justement refusent de se cantonner à un style bien précis pour intégrer à leur Noise des éléments épars. Mais il faut toujours se méfier d’un combo qui cite comme influence NAILS et BARONESS, eut égard à la distance stylistique séparant les deux mastodontes de violence. Et c’est effectivement par surprise que nous prend ce quatuor, qui sous des atours Crust supposés (principalement par les rares sites évoquant leur cas) s’avère être une créature protéiforme, n’hésitant pas à rocker et roller, à matraquer, à assener, à démultiplier pour s’extirper d’un marasme ambiant à base de routine et de digressions aussi prévisibles qu’un discours politique. Difficile donc dans les faits de rattacher les HAYSER à une mouvance particulière, puisque leur art s’infuse tout autant de Hardcore, de Post Hardcore, de Crust, de Sludge, de Doom que de Metal, ou de Stoner biscornu, pour au final produire un cocktail aussi séduisant que méchant. Et leur leitmotiv générique étant assez sommaire (« des riffs, des riffs et des riffs », simple, mais franc), ne comptez pas vous en tirer à bon compte avec quelques formules toutes faites, la seule façon d’appréhender ce longue-durée étant de l’écouter, encore et encore, pour tenter d’en percer le mystère agressif. Je le concède, en abordant leur cas, je m’attendais à une tâche plutôt facile, mais après avoir digéré l’album en l’ingérant à de nombreuses reprises, le constat s’est avéré un peu plus compliqué à établir que ce que je pensais. Et si évidemment, la composante Hardcore est la plus manifeste, elle n’en est pas pour autant directe et décelable sans efforts, puisque les morceaux qui composent ce Beige sont plutôt du genre sombre, et variés.

Et en définitive, on peut dire que les quatre allemands (Jason – chant/guitare, Axhell – guitare/chœurs, Jensen – basse/chœurs et Marco – batterie/chœurs) ont bien joué leur carte…Sous une pochette assez absconse et révélatrice d’une volonté de dissimulation par le biais, Beige est le genre d’œuvre qui avoue tout autant des accointances avec UNSANE et MASTODON, qu’avec CREMATORY et BREACH, tout en conservant cette farouche indépendance de ton. Enregistré et produit par le groupe dans leur local, mixé et masterisé par Markus H. Kandzior, ce LP se base donc sur une profondeur de ton assez manifeste, que des arrangements instrumentaux assez finauds viennent épaissir. Faisant suite à Marderschaden publié en 2017, Beige est l’archétype du second album un peu en trompe l’œil, un peu en traquenard, qui après un premier morceau ambivalent et sans concessions nous aiguille sur des pistes différentes, au point parfois d’évoquer un Blackened Core dans la grande tradition des HELLACOPTERS et du ENTOMBED de Wolverine Blues. Citant pêle-mêle des artistes qu’ils admirent (MASTODON, BARONESS, KYLESA, KVELERTAK, DOZER, THE SECRET, SKITSYSTEM, NAILS, SATYRICON, OATHBREAKER, HIGH ON FIRE), les HAYSER brouillent un peu plus les pistes, pour mieux se faire plaisir et nous faire dodeliner du chef sur des themes’n’roll entraînants et dansants (« The Demon »). Et pour être honnête, en dépit de la qualité intrinsèque de chaque chanson, c’est la progression générique de l’album qui inspire, et cette façon de partir d’un extrême pour arriver à une sorte de mainstream biaisé, un peu comme si les URSUT se perdaient en route pour rencontrer les BARONESS, et entonner en leur compagnie une litanie de brutalité contrôlée, mais très sincère et viscérale. Pour autant, pas de facilité et de démarquage facile chez les allemands, puisque les guitares se complaisent dans une multiplicité de ton, permettant au Rock de s’incruster aux agapes du Stoner, tout en gardant une place à table pour le Hard-Rock vintage si prisé de la scène scandinave (« The Reaping »). On pense même dans ce cas précis à la NWOBHM, à CARCASS, à IRON MAIDEN, ce qui en dit long sur la culture de ces oiseaux-là, qui picorent toutes les graines tombées à terre pour faire leur nid de brindilles hétéroclites. Et cette façon de refuser les conventions pour tenter de séduire un public plus large sans tomber dans le populisme est étrange, mais convaincante, et permet d’écouter un LP qui réfute toute prévisibilité, arpentant les routes de l’histoire musicale amplifiée avec une passion admirable.

Et s’il n’y avait ce funeste « Hibakusha » placé en fin de parcours, on pourrait presque affirmer avec certitude que les HAYSER n’ont que peu de points communs avec le Crust, voire aucun. Car c’est bien le seul intermède de violence pure, totalement dénué de mélodie, et qui prend des airs de trublion invité au dernier moment, évoluant dans une mer de convives plus abordables. Bien sûr, impossible d’ignorer les tendances Death de « We’re All Lost » qui se fait une belle assiette avec les restes du CARCASS de Swansong, mais même en version féroce, les allemands n’en sont pas moins accessibles, et toujours prompts à arborer un sourire Rock de circonstance, pour ne pas faire fuir les plus sensibles. Et la paire de guitaristes de s’en donner à cœur joie en multipliant les riffs, souvent complémentaires, parfois opposés, riffs qui trouvent un contrepoint parfait en la voix rauque et grave de Jason, qui profite en outre de chœurs toujours bien placés pour sonner encore plus véhémente. Et cette alternance entre distorsion grasse et accords en son clair découle d’une dualité de pensée, un peu comme si le quatuor restait à la frontière du Metal et du Hardcore, sans vraiment savoir de quel côté il va pencher. Sans vraiment chercher à se démarquer de la masse de groupes actuels, HAYSER impose sa vision à base de thèmes accrocheurs, de plans qui s’entrechoquent avec logique, d’harmonies larvées ou franchement ouvertes, et fait la jonction entre plusieurs scènes, sans paraître opportuniste ou déplacé. On se plaît donc à revenir en arrière pour redécouvrir une idée qui semble encore plus percutante à postériori, transformant un simple second album en labyrinthe distillant ses secrets avec intelligence et parcimonie. Profitant en outre d’une production étonnamment claire, Beige est aussi nuancé et pastel que son nom le laisse entendre, maniant le mid tempo avec une aisance déconcertante, pour mieux nous bousculer de breaks heurtés que les BREACH auraient pu intégrer à leur propre parcours (« Sol »). Il n’est donc pas difficile de se laisser happer par cette méthode rusée, et d’adopter ces allemands en tant que membres lointains d’une famille un peu Death et Hardcore sur les bords, mais acceptant de facto leurs cousins les plus Metal et Heavy. Du groove, de la puissance, de la défiance, et une peinture globale aux silhouettes un peu floues, qui deviennent plus précises au fur et à mesure des visions successives.   

     

Titres de l'album :

                           1.Icthyist

                           2.The Demon

                           3.Reset

                           4.Sol

                           5.The Reaping

                           6.Hibakusha

                           7.No Knight - Nor Human

                           8.We´re all Lost

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par mortne2001 le 24/03/2019 à 14:59
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