Those swedes

C’est un peu de cette manière que nous autres journalistes pourrions entamer au moins trente pour cent des chroniques que nous rédigeons, tant la prédominance scandinave sur la production discographique prend des proportions alarmantes…Pas une semaine ne s’écoule sans la découverte d’un nouveau combo made in Sweden, ou la sortie d’un album d’une des nombreuses références nationales, ce qui pour quelqu’un de mon âge à quelque chose d’étonnant, sinon sidérant…Back to the 80’s, les modèles venus du froid étaient plutôt rares, et assez pour être remarqués, entre EUROPE, les 220 VOLT, TREAT, et autres groupes majeurs ou non, et nous étions loin de nous douter que les musiciens scandinaves allaient un jour monter sur le trône pour occuper la place enviée de plus gros producteurs mondiaux. Mais ce qui est le plus remarquable, c’est que cette patte suédoise est devenue une vraie trademark, comme pouvaient l’être la Pop anglaise des 60’s, le Punk américain de la fin des années 70, ou l’Europop italienne de la fin des années 80. Il semblerait que le créneau du Hard-Rock mélodique soit devenu la chasse gardée d’un petit pays qui autrefois faisait figure de parent pauvre…Mais après tout, qui aurait pu prédire un jour l’explosion du Rock japonais, ou la prédominance du Blackened Thrash sud-américain…Nul n’est à l’abri d’une surprise, sauf que la surprise aujourd’hui, consiste à tomber sur un mauvais groupe de Stockholm ou de Malmö, chose qui semble presque impossible au vu de la qualité des exportations locales…Et en parlant d’exportation, le sujet du jour concerne directement les DYNAZTY, qui en dépit d’un nom de baptême à faire hurler de rire Joan Collins affichent aujourd’hui une carrière exemplaire, depuis leur émergence il y a un peu plus d’une dizaine d’années…

Fondé en 2007 par Love Magnusson et John Berg, guitaristes de leur état, DYNAZTY est l’archétype du groupe suédois obsédé par les mélodies et la puissance, et capable d’allier les deux dans un effort collectif assez admirable. Pas vraiment à la traîne, ce quintette flamboyant au verbe et au son rutilants (Nils Molin - chant, Love Magnusson & Mikael Lavér - guitares, George Egg batterie et Jonathan Olsson - basse) peut se targuer d’avoir produit la bagatelle de six longue-durée en moins de dix ans, puisque leur premier LP, Bring The Thunder fut publié en 2009, et créa la surprise. Surprise qui depuis s’est muée en confirmation, puis en évidence, tant le talent des musiciens est indéniable, au moins tout autant que leurs capacités de compositeurs. Mais il semblerait que depuis quelques albums, les suédois fiers aient trouvé leur son définitif, certainement depuis leur décision de se produire eux-mêmes. Et comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même justement, ce son se retrouve ici sur ce dernier né, Firesign, qui confirme que les cinq instrumentistes n’ont plus rien à prouver niveau individualité et qualité. On retrouve sur ce sixième album studio toutes les composantes qui ont fait la force du groupe, à commencer par la plus évidente, cette façon de jouer avec les limites de style pour faire cohabiter la puissance d’un Power Metal flamboyant et la délicatesse d’un Hard-Rock mélodique à la lisière de l’AOR. Néanmoins, et les habitués sauront à quoi s’attendre, inutile de chercher dans les recoins de cette sortie l’intimisme que vous pourriez espérer, ni l’amateurisme si cher à un Rock fragilisé, puisque la maison garde sa tradition de compter sur une production énorme pour mettre en valeur des morceaux larger than life, vous écrasant de leur motifs mélodiques martelés et de leurs rythmiques synthétisées. Les refrains sont une fois de plus taillés pour être repris en chœur dans des stades que le groupe va bien finir par remplir, et les arrangements luxuriants vous en donnent pour votre argent, le tout conférant à Firesign des allures de blockbuster pour les oreilles. Les amoureux d’une musique délicate et élaborée en seront donc pour leur frais, mais les amateurs de sensations fortes et de grand-huit harmonique trouveront leur bonheur parmi les onze chansons proposées, qui une fois assemblées forment une jolie symphonie en hommage à la démesure moderne la plus flagrante.    

Il faut donc accepter les règles du jeu pour apprécier tel album. Inutile de venir vous plaindre d’une quelconque absence de feeling, puisque ici le feeling est justement calibré pour faire trembler les masses, sans aucune connotation péjorative. Les DYNAZTY ne nous prennent pas en traîtres, et continuent le travail entrepris sur les albums précédents, Renatus et Titanic Mass, qui proposaient peu ou prou la même formule à base de couplets travaillés et de refrains assénés. En captant l’air du temps que les moins de vingt ans n’ont pas forcément connu en heure et en l’adaptant à des humeurs modernes, les cinq suédois se placent toujours en convergence de nombreuses influences, incarnant en quelque sorte le centre de gravité d’un triangle équilatéral, partageant ses côtés entre STRATOVARIUS, WORK OF ART et NIGHTWISH. On retrouve la puissance de feu des premiers, la précision mélodique et les thèmes entêtants des seconds, et la grandiloquence symphonique des derniers traduite dans un idiome plus accessible mais tout aussi tape-à-l’œil. Car ici, rien n’est fait pour rester dans l’ombre ou pour tamiser la lumière, on travaille au grand jour, et l’ouverture dantesque de « Breathe With Me » le prouve de sa mine fière et de son ampleur altière. Tube Electro-Metal singeant les nappes de claviers wagnériennes de RAMMSTEIN, les riffs graves et syncopés de THE MURDER OF MY SWEET, et la théâtralité de la vague Symphonic Metal, ce morceau est sans doute l’archétype d’un art séculaire purement scandinave qui lorgnerait du côté du reste de l’Europe pour se mettre à l’abri de la panne d’inspiration. De là, les dés sont jetés, et le reste de l’album va suivre un schéma bien établi, même si les diversions permettront de ne pas trop rester dans le rang sans varier le ton. Ainsi, les arabesques arabisantes de « The Grey » permettent de revenir vers des rivages moins systématiques, même si la recette est identique.

Vitesse, puissance, harmonies, romance, démence et énergie, telles sont les qualités d’un groupe que l’on aime ou que l’on déteste, selon sa conception d’une musique qui finalement, échappe à toute règle. Les plus intègres argueront une fois de plus que les DYNAZTY se contentent d’accumuler les couches sonores pour tenter de ressembler à une version AOR des expérimentations passées de Phil Spector soudainement épaulé par Alessandro Del Vecchio, mais les moins aigris sauront reconnaître le savoir-faire d’un groupe qui a quasiment inventé le Power-AOR a lui seul, n’ayant que très peu d’équivalent sur la scène internationale. Et autant le reconnaître, tout ceci est très bien fait. Du traumatique « In The Arms Of a Devil », au refrain une fois de plus assez énorme pour combler le Grand Canyon, au flair up-tempo de « Closing Doors » qui ressemble en tout point à une fausse reprise d’un tube 80’s inconnu par les THE LOCAL BAND, en passant par les ambitions faussement progressives affichées par le percutant et cinématique « Ascension », tout est millimétré pour sonner parfait, et on finit par se faire avoir par un album ou chaque virgule musicale semble à sa place parfaite. Comme en outre, les performances individuelles sont au-dessus de tout soupçon, et malgré des sonorités de clavier proéminentes et plus agaçantes qu’obsédantes, le résultat est une fois encore admirable, pour peu que l’on tolère la démesure comme facteur indispensable à la composition d’un morceau de Hard-Rock sur-mesure. Mais puisqu’il faut bien dire la vérité, et malgré des redites et exagérations passagères, Firesign est un incendie musical aux répercussions énormes, qui conforte les suédois dans leur rôle de leader de leur propre cour.   


Titres de l'album :

                           01 - Breathe With Me

                           02 - The Grey

                           03 - In The Arms Of A Devil

                           04 - My Darkest Hour

                           05 - Ascension

                           06 - Firesign

                           07 - Closing Doors

                           08 - Follow Me

                           09 - Let Me Dream Forever

                           10 - Starfall

                           11 - The Light Inside The Tunnel

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par mortne2001 le 23/10/2018 à 16:35
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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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