Inutile de se voiler la face, il y a longtemps que le Grind a dit tout ce qu'il avait à dire. De la déflagration initiale de la scène anglaise des NAPALM DEATH et autres suiveurs tout en inconfort, jusqu'aux pires exactions japonaises à la GORE BEYOND NECROPSY, en passant par les facéties françaises des SCD, le style si extrême qu'il n'en fallait pas plus pour en faire trop tourne en rond depuis la fin des années 90, et ne doit son salut qu'à la fidélité sans faille d'un public totalement acquis à sa cause bruitiste. Entre des blasts qui occupent toute la partition rythmique, une basse souvent remisée dans le placard de Jason Newsted, des guitares qui tronçonnent sans vraiment savoir sur quelle tonalité jouer et des lignes de chant qui partagent leur temps entre le récurage de la soue et le brossage de poil d'ours polaire adopté par Peter Jackson, l'approche est sensiblement la même depuis l'ennui de l'étang, dans lequel justement fut jeté le cadavre encore brûlant d'une sorcière de Salem qui aurait gueulé un peu trop fort « You Suffer » au 17ème siècle. Mais nous ne sommes plus à Salem, et la plupart du temps, les groupes s'adonnant encore aux joies de l'excès sont légion, inondant la production mondiale de leurs déjections, parfois efficaces, souvent normatives, et de temps à autres un minimum créatives, pour peu que les musiciens s'éloignent d'un schéma un peu trop figé. Dans le créneau, nous avons quelques vainqueurs, qui heureusement ont pigé qu'aller encore plus vite et étaler plus gras que son voisin ne sert à rien, sinon à passer pour d'indécrottables crétins. Alors, ces mêmes musiciens modulent, finassent, tentent des trucs, tombent parfois à côté de la plaque, mais ont le mérite d'essayer d'extirper le Grind de son marigot de constance un peu trop prévisible. Constat un peu négatif et constant, et pourtant, Dieu m'est témoin que je suis toujours client d'affolements divers susceptibles de transformer ma routine en épiphanie cacophonique. Et s'il est un groupe qui depuis des années transcende pour ne pas descendre, c'est bien BEATEN TO DEATH.    

Car de sa Norvège natale, ce quintette (Anders – chant, Martin & Tommy – guitares, Mika – basse et Christian « Bartender » - batterie) tente par tous les moyens de transformer un vieux costume en déguisement subtil de nouvel an, et comme pour eux, un bon est un mal qui fait du bien, autant s'attendre à tout depuis leur émergence qui non seulement a permis de découvrir que le Grind pouvait se renouveler en se teintant de culot, mais aussi de mettre en pleine lumière des instrumentistes capables et de vrais amoureux du genre. Depuis Xes and Strokes en 2011, les BEATEN TO DEATH ont laissé tout le monde sur le cul, alors que le leur est plutôt du genre multicolore comme celui d'un mandrill. Ils ont fracassé les convenances sur le mur de la folie musicale, et ont accouché d'une nouvelle extension, que les plus complaisants ont tôt fait de baptiser « d'avant-garde » pour une vulgarisation bien pratique. Mais si l'avant-garde est souvent une excuse pour foutre le souk sans avoir à expliquer pourquoi, dans le cas du quintet norvégien, c'est avant tout la seule façon de concevoir les choses. Alors, évidemment, du Grind, ils gardent les fondements, ces brutales accélérations, ces blasts qui tempêtent entre la caisse claire et la ride (Mick Harris trademark, circa 85), et surtout, ce refus de rentrer dans le rang pour faire plaisir aux fans de Hardcore qui n'ont toujours pas pigé le truc. Depuis, les esthètes les suivent avec un appétit féroce, et les puristes de la cause essaient toujours de comprendre et disséquer leur formule. Mais la dite formule tenant plus d'une folie collective et d'une imagination débridée, autant dire que la tâche est vaine et promise à une conclusion en forme de fin de non-recevoir. C'est d'ailleurs le complètement à la masse Unplugged qui nous a fait réaliser ça, cet album paru en 2015 et qui bombardait les idées reçues des siennes que même les plus barges n'ont toujours pas vraiment comprises. On sentait évidemment en filigrane cette approche totalement nordique qui consiste à déconstruire pour reconstruire à l'envers, mais aussi un respect des dogmes anciens qui empêchait toute excommunication pour cause de hors-sujet. En mélangeant l'extrême au Punk (qui est une des composantes de base quand même), au Mathcore si redouté, au Free-Noise, saupoudrant le tout d'une pincée de dadaïsme, de Jazz biscornu, et de constantes références à Beefheart, TOTAL FUCKING DESTRUCTION, CONVERGE, et puis quelques autres frappés dont les NAPALM DEATH ne sont pas les moins damnés, les BEATEN TO DEATH avaient en quelque sorte inventé la course de stock cars de l'ultime, du genre qui voit une grosse bagnole carburant à la nitro s'exploser contre une rambarde de sécurité sous l’œil hilare de quelques tarés.

Et admettons les faits, avec Agronomicon, rien n'a changé. Et bien sûr, en se mangeant en pleines ouïes un truc aussi évident que “Grind Korn”, et sa double allusion fameuse et cocasse, on comprend vite que ces singes-là ne sont pas prêts de descendre de leur arbre. Leur mélange est toujours aussi détonant, peut-être un poil moins que par le passé, mais l'effet de surprise l'étant aussi, il n'est pas inconcevable que l'habitude ait pris le pas sur l'incertitude, engendrant de fait une légère déconvenue au moment de prendre une déculottée. Toujours capté au légendaire Neon Gorilla Studio d'Oslo, et bénéficiant d'un splendide artwork signé William Hay, Agronomicon est une confirmation, celle du talent des cinq malades, mais aussi de la suprématie de leur groupe sur le reste de la production. Car avec ces douze morceaux qui n'ont même pas la patience d'attendre la demi-heure (neuf minutes en dessous, de belles feignasses), ce quatrième LP ne fait qu'entériner des conclusions déjà dressées, et nous déçoit même un peu de son absence de surprises, à condition d'admettre que la sortie d'un nouvel album n'en soit pas déjà une en elle-même. Moi qui avais affronté Unplugged en temps et en heure il y a trois ans, j'ai pourtant retrouvé tous les ingrédients qui m'avaient séduit à l'occasion. Entre un batteur qui se prend pour Christian Vander après une cure de Juvamine au peyotl, une paire de guitaristes qui frappent dans tous les sens pour débiter du riff au kilomètre tout en donnant l'impression de répéter, un chanteur qui module façon Mike Patton des égouts pas forcément heureux de bouffer encore du rat au petit déjeuner, et un bassiste qui s'impose dans la foulée sans forcer, tout est là, dans l'ordre du désordre. Certes, on ne retrouvera pas le traumatisme causé par le séminal « Papyrus Containing the Spell to Summon the Breath of Life Enshrined in the Collected Scrolls of Sheryl Crow », tout simplement parce que ça a déjà été fait, certes, et on sent que certaines formules se répètent d'un effort à l'autre, mais la somme d'idées contenues dans ce quatrième effort est tellement intense que le reste de l'écurie bruitiste n'a plus que ses CARCASS pour pleurer.

Impossible de décrire avec acuité ce qui vous attend sur ce LP qui prendra encore à contrepied les non-initiés. Si vous n'avez jamais écouté les BEATEN TO DEATH, j'envie votre virginité, puisque la bourre que vous allez manger dans l'oignon est de celles que Jeff Striker réservait à ses plus grands fans. Imaginez-vous en plein rodéo orgiaque, avec un étalon perché sur vos talons, et ressentez la secousse d'un Free-Grind qui vous triture la rondelle en vous hurlant dans les esgourdes. Une sorte d'extension sodomite d'un Math-Grind qui accumule les cassures, les brisures, les soudaines fêlures, mais qui reste d'un bouillonnement imaginatif sans égal. En gros, des passages mélodiques, des allusions Djent, des abrutissements Hardcore et des aplatissements Gore qui se succèdent en toute logique, sans tomber dans le piège du « je case tout ce que je peux et je fais passer ça pour du génie ». Car Agronomicon, malgré sa petite baisse de régime EST du génie. Et il n'est pas forcément utile de parvenir à résoudre l'équation posée par « Boy George Michael Bolton » pour s'en rendre compte.

Erik Satie, John Zorn, Kurt Ballou, Ben Weinman, Pete Sandoval et Mike Patton sont près d'un igloo. Arno Strobl pète. Qui crie « ça pue » en reprenant « Le Beau Danube Bleu » au kazoo ?  

      

Titres de l'album :

                         1.Grind Korn

                         2.Dere er herved oppløst

                         3.Catch Twentyfvck

                         4.Bjørnstjerne Ibsen

                         5.(Intro To The Next Song)

                         6.Agronomicon

                         7.Gå, snuble, bli liggende

                         8.Extremely Run To The Hills

                         9.Boy George Michael Bolton

                         10.Havregubbens dolk

                         11.Livet tar, og livet tar

                         12.Eternal Punished Septic

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par mortne2001 le 07/02/2019 à 16:20
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