Eye Flys

Eye Flys

26/01/2024

Autoproduction

Tout bon album de Hardcore sale et impoli se doit de frapper fort, et vite. La demi-heure semble être la barre fatidique avant délitement, et les vingt minutes suffisent amplement pour exposer un plan d’attaque sans trop en révéler sur ses effets secondaires.

Les premiers NEUROSIS, UNSANE, METZ, et une liste longue comme le bras de musiciens influencés par la violence urbaine et la décadence des grandes villes de silence. De Philadelphie nous revient donc l’un des groupes les plus portés sur la résignation et la colère retenue, EYE FLYS, qui quatre ans après s’être présenté au monde via Tub of Lard, revient nous exposer ses vues sur une époque corrompue, gangrénée, qu’il transpose dans un double langage Hardcore et Sludge.

Le résultat est évidemment aussi joyeux qu’un banquet d’assureurs comparant leurs taux d’amortissement, et aussi galvanisant qu’une fièvre aphteuse en pleine mégalopole surpeuplée. Mais à vrai dire, vu les temps qui courent et qu’on ne rattrape pas, ce deuxième album se met au diapason d’une ère de grève des sens et des émotions positives.

Kevin Bernsten (basse), Patrick Forrest (batterie) et Jake Smith (chant/guitare) se replongent donc dans les affres des nineties, alors que l’écho des années Reagan n’était plus qu’un murmure sur les lèvres des yuppies. Quelque chose de Seattle dans les désillusions, de New-York pour cette lucidité rythmique, et de Portland pour le désespoir en filigrane qui ruine les rêves les plus modestes.

Evidemment, tout ceci est classique, autant que peut l’être un Hardcore noisy joué par des fans de Sludge. Mais plus que de Sludge, parlons de Hardcore insistant et persistant, avec ses fascinations morbides pour les aspects les plus craspec de l’existence. Un Hardcore joué les dents serrées, le chant raclé, et les guitares souvent muselées pour ne pas exploser en plein vol.

Belle réussite en cohésion majeure, ce deuxième album prouve que les EYE FLYS ont évité la lobotomie créative. Si chaque titre semble relié au précédent par un thème partagé, l’ensemble dégage une énergie centripète, qui bouffe tout sur son passage de sa gueule grande ouverte. Les thèmes sont d’usage, la distorsion excessive, mais l’urgence palpable. Et les inserts lourds et obsédants ne font d’ajouter au malaise ambiant.

A l’image d’un été interminable quelque part dans une zone résidentielle de masse laissée à l’abandon, Eye Flys est une fin de non-recevoir, un constat d’échec, la prise de parole des parias qui ne savent plus vraiment où aller. Une désolation en gravité majeure, qui accentue une distorsion déjà bien rouillée, et qui oblige la rythmique à revoir ses bases pour frapper fort, longtemps et sans écho.

L’album ne joue que très peu avec les effets. On a le sentiment d’une prise live en plan séquence, et lorsque le charleston s’ouvre et se referme sur le traumatique « Bananarchy Zoo », on pourrait presque en sentir les respirations et l’odeur des baguettes usées.

Il n’est guère difficile de s’imaginer en pleine répète avec ces musiciens qui ne travestissent pas leur réalité. La production, épaisse mais lucide accentue ce sentiment de proximité, et les motifs arrachés par Jake Smith à sa guitare épuisée sont autant de symboles gravés sur les murs d’une prison mentale. Un peu CROWBAR et EYEHATEGOD lorsque le malaise s’accentue, respectueux de la NOLA tout en saluant le legs new-yorkais, Eye Flys est de ces produits symptomatiques d’une période bien définie, qui attend l’avenir en tremblant comme un enfant de chœur la bite du curé.

Rien de beau, un monochrome déprimant, une lancinance qui le confine au mal de tête que rien ne vient apaiser, pour un bilan réaliste. Notre époque est un tas de merde qui sent de plus en plus fort, que les éboueurs humanistes ne viendront jamais ramasser. Pas de quoi sourire, mais le sourire est presque une folie de nos jours.

Les grimaces sont par contre recommandées. Comment réagir autrement face à l’agression d’un monde qui n’a de cesse d’écraser les plus faibles pour que les plus riches continuent d’avancer sur leurs cadavres ?      


                       

Titres de l’album:

01. Trepanation Summer

02. Sleep Forever

03. Tuck & Roll

04. Draining Pus

05. Feeding Regression

06. What's That Behind Your Ear?

07. Tear Away Face Plaster

08. Bananarchy Zoo


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par mortne2001 le 05/04/2024 à 17:18
82 %    128

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