The Great Discovery

Boys From Heaven

23/10/2020

Target Records

Je connaissais déjà The Boys from Brazil de Franklin J. Schaffner, « The Boys of Summer » de Don Henley, je fais maintenant la connaissance des BOYS FROM HEAVEN, originaires du Danemark, pays qui au même titre que la Suède et la Norvège se porte en garant de la légende musicale nostalgique. Toutefois, attention à ne pas faire d’amalgame, puisque si ces musiciens sont fascinés par les années 80, ils ne se contentent pas de nous refiler un Hard Rock mélodique dans l’air du temps, ou un simple succédané de hits AOR estampillés West Coast. Non, autant l’admettre, les BOYS FROM HEAVEN sont LA révélation nordique de cette année 2020, et leur premier album fait preuve d’une maîtrise si étonnante qu’on leur accorderait à l’aveugle une carrière d’au moins vingt ans. Pourtant, il s’agit bien là d’une première œuvre, d’une aisance désarmante, mais aussi d’une complétude étonnante. Car ces mecs sont capables de résumer la fin des seventies et le début des eighties en treize morceaux, et en se montrant allusif à tous les styles ayant fait les beaux jours du Billboard. Inutile donc de vous attendre à une fixette particulière, car les danois sont capables de passer d’un Classic Rock plus que crédible à une Pop smooth à saxo proéminent, sans jamais sonner opportuniste ou déplacé dans le contexte. Je l’avoue, en tant que chroniqueur, j’ai l’habitude de faire face à un nombre incalculable de productions vintage, et aussi qualitatives soient-elles, leur résultat est toujours plus ou moins conventionnel. Et la force de The Great Discovery est justement de m’avoir surpris, car je ne m’attendais pas à de telles accointances, malgré des influences inscrites noir sur blanc sur la notice promotionnelle. Alors OK, les danois aiment TOTO et JOURNEY, et on le sent, mais leur champ d’action ne se limite pas à ces deux groupes, et de nombreuses autres citations jonchent ce LP qui risque fort de transformer la rentrée en un été infini.

Alors que les NIGHT FLIGHT ORCHESTRA s’amusent avec les synthés, alors que les ROYAL REPUBLIC se jouent d’une Pop-Rock synthétique dansante et exubérante, les BOYS FROM HEAVEN proposent un survol incroyable du patrimoine musical des années 80, avec quelques clins d’œil à la décennie précédente, et se complaisent dans le Crossover le plus génial de ces dix dernières années. Pour peu qu’on joue le jeu, on se croirait en pleine découverte d’un album extraordinaire resté dans les cartons d’une major un peu tête en l’air, et si l’abondance est au programme de cette présentation, la redondance, la redite, l’ennui sont aux abonnés absents, tant nos hôtes musicaux nous ont concocté un menu de premier choix en évitant les restes tièdes. Faisons les présentations de cet orchestre qui compte en son sein autant de musiciens qu’Elvis de choristes à Las Vegas, et rencontrons virtuellement Mads Noyé (claviers), Mads Schaumann (guitare, chant), Søren Viig (batterie), Chris Catton (chant), Esben Christensen (guitare), Jonas Klintström Larsen (saxophone), Andreas Valentin Berg (basse, chant sur l'album) et Morten Bille (basse, membre permanent), qui avec The Great Discovery ont effectivement fait une découverte incroyable, celle consistant à ne pas limiter son inspiration à un style en particulier, tout en restant ancré dans une époque bien précise. C’est ainsi qu’en écoutant les morceaux de cet album vous aurez parfois la sensation en effet d’écouter TOTO et JOURNEY, mais aussi REO SPEEDWGON, Richard MARX, Don HENLEY, Jean BEAUVOIR, HALL & OATES, SURVIVOR, HYDE, CANDY, et autres représentants d’un Rock taquinant la Pop sur son propre terrain. Et s’il est plus qu’évident que le tube introductif « Green Fields » à de faux-airs du TOTO de « Hold The Line » mixé avec celui de IV, voyez-y plutôt une façon de planter le décor qu’une affirmation définitive. Le son, excellent et mixé par Chris Catton lui-même nous replonge dans les années 80 les plus chic et choc, et si la guitare s’efface souvent derrière les claviers et les arrangements vocaux, elle n’en manque pas moins d’imposer des riffs plus ou moins tranchants.

Autre héros de ce disque unique, le saxophone, qui comme à l’époque se taille la part du lion et s’impose dans les soli avec sa chaleur cuivrée. Pourtant, sa présence, loin de choquer, nous rassure et n’édulcore pas le propos qui ne se réclame pas d’un Rock torride. On saisit son importance assez rapidement, avec « Sunshine Soul » qui évoque le meilleur d’HONEYMOON SUITE, de JOURNEY, et de tous ces groupes qu’on rangeait assez facilement dans la catégorie FM il y a plus de trente ans. Mais la FM des BOYS FROM HEAVEN est justement paradisiaque, avec des mélodies enchanteresses, des accès de fièvre qui permettent au thermomètre de grimper, même si l’ambiance globale est plutôt modérée et raisonnable sur les excès. Pas de distorsion excessive donc, pas d’envolées lyriques gonflées aux stéroïdes, mais du smooth, du soft, du gentiment mordant, et évidemment, des œillades énamourées au TOTO de la seconde moitié des années 80, celui de Joseph Williams (« Burning Like A Flame »), mais aussi des ballades de fin de soirée, lorsque la lune éclaire les promesses d’un amour romantique qui s’envole aux volutes d’un saxo joué bien après minuit (« A Fool's Hope »). Mais que les amateurs d’un Rock plus rude ne se sentent pas lésés et non concernés, puisque les danois parviennent parfois à retrouver le cap d’un Hard un peu boogie sur les bords, qui rappelle la scène sudiste virant Pop des 38 SPECIAL (« Keep On Movin' »). Comme vous le constatez, il y en a pour tous les goûts sur ce premier album, qui composé et joué avec moins de maîtrise aurait pris des allures de concert cheap de tribute band sur l’estrade d’un bar du vendredi soir. En évitant les doublons et en multipliant les ambiances, The Great Discovery rappelle le stadium Rock des seventies (« Memory »), mais aussi les climats plus feutrés (« Worlds Apart »).

Et c’est ainsi qu’on pense Huey LEWIS parfois, Phil COLLINS, mais aussi Gospel, les TESLA, les BLACK CROWES, les STONES, DEF LEPPARD, les années ondes-courtes 81/82 (« Don't You Cry »), et le voyage prend des airs de rêve éveillé, tant toutes les parties et arrangements ont été ciselés à la perfection sans perdre de leur naturel. Véritable Greatest Hits d’une décennie qui se rappelle à notre bon souvenir avec une incroyable régularité, ce premier LP des BOYS FROM HEAVEN est une grosse bouée jetée à la mer du conformisme old-school, et surtout, une énorme bouffée d’air frais dans l’atmosphère viciée de l’opportunisme nostalgique. Le combo danois parvient en plus d’une occurrence à se rapprocher de la perfection autrefois atteinte par les TOTO et STEELY DAN, sans que l’ensemble n’empeste la réunion de requins de studio amers que leur jeunesse soit si loin derrière eux. Et si je ne devais recommander qu’un seul album du genre cette triste année, ce serait sans hésitation The Great Discovery qui reste la plus grande découverte musicale de mon humble parcours de chroniqueur 2K.   

                       

Titres de l’album:

01. The Ascent

02. Green Fields

03. Sunshine Soul

04. Burning Like A Flame

05. A Fool's Hope

06. Keep On Movin'

07. Memory

08. Only Child

09. Convictions

10. Old Days

11. Don't You Cry

12. Worlds Apart

13. Smile


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par mortne2001 le 19/10/2020 à 17:19
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