Impetus of Death

Corpsessed

23/11/2018

Dark Descent Records

Désolé d’être un peu péremptoiremais un Death Metal qui n’écrase pas les tympans et ne vous fait pas penser à la mort à chaque seconde est tel un film d’horreur ne suscitant pas la peur. Le style a été créé pour illustrer en musique la finalité d’une existence vouée à la pourriture six pieds sous terre, ou dans le marigot infâme d’une fosse commune urbaine entassant ses propres défunts de façon anonyme. Je n’ai bien évidemment rien contre une approche technique dont je suis friand depuis les premiers ATHEIST et les meilleures démonstrations de DEATH, mais je dois admettre qu’un gros album de Death bien pourri et moisi, à l’atmosphère déliquescente et joyeusement macabre me procure des frissons que les premiers Cronenberg me lançaient dans l’échine. J’avoue ainsi une fascination étrange pour les exactions ignobles de MORTICIAN, pour les excavations putrides de dISEMBOWELMENT et les éructations immondes de FUNEBRARUM, et rien n’assouvit mes instincts les plus sadiques qu’une bonne ramonée de conduits auditifs à la gravité excessive. Et depuis quelques années, il semblerait que nous ayons déniché notre nouveau champion de l’infamie anti-musicale, du côté de la Finlande et non des Etats-Unis, dans le concept rance des CORPSESSED, qui en dix ans se sont affirmés comme les dignes héritiers des traditions d’origine, mêlant dans une même gerbe de bile acide l’efficacité brutale des commandements US et la rigidité cadavérique de la mouvance scandinave. Or, un album des finlandais c’est un peu comme le final d’un Fulci de la grande époque. Une plongée dans les abysses de la folie, une illustration de l’enfer de Dante version cadavres ambulants et tripaille verdâtre, en gros, un trip ultime réservé à un public averti qui n’a pas l’estomac qui lui chatouille la glotte comme un morceau de jambon qu’on peine à avaler. Car ici, soit on avale, soit on dégueule, et autant dire que la gerbe est de proportions dantesques.

Et quatre ans après la révélation vomitive d’Abysmal Thresholds, le quintet finlandais (N. Matilainen - chant, M. Mäkelä & J. Lustig - guitares,  J-P. Manner - batterie et T. Kulmala - basse) confirme tout le désespoir placé en lui avec Impetus of Death qui s’évertue par tous les moyens à rendre au style ses lettres de bassesse.  Toujours plus épais, toujours plus gras, toujours plus lourd et plus rapide, ce second chapitre qui reprend à la lettre les ingrédients de son grand frère bâtard est une illustration sonore de tout ce que l’âme humaine cache de plus sombre et glauque, les secrets les plus inavouables, et les méthodes de mise en bière les moins soignées. En se plaçant toujours en convergence des fragrances, les finlandais jouent le jeu de l’excès avec brio, et déclenchent des réactions épidermiques palpables dès l’intro « Impetus of the Dead » qui ne fait pas grand mystère de son message. En associant avec brio l’oppression américaine d’INCANTATION et la rigueur hivernale d’un meurtre à la ENTOMBED, CORPSESSED ne s’impose aucune limite dans l’exagération, et propose ce qui sera sans doute le LP le plus ignoble de cette fin d’année. Capables de remettre en cause toute théorie d’évolution et le darwinisme dans sa globalité, les cinq musiciens au talent individuel notable se glissent dans la peau de néanderthaliens apprenant à manier la communication de façon un peu gauche et n’exprimant que des ressentiments de colère, de haine, de résignation et de mutilation mentale. Et si l’ensemble se prend parfois au jeu du copié/collé d’Onward To Golgotha, il le fait avec une morgue si magnifique qu’on accepte les ficelles un peu usées et les astuces de composition éprouvées. Et en termes d’agencement et d’instauration d’ambiances toutes plus mortifères les unes que les autres, le groupe force le respect et l’admiration morbide. Pour faire simple et abandonner des prétentions littéraires hors-contexte, c’est immonde, dégueulasse, souillé, ça laisse les tympans maculés de sperme putréfié, mais on en redemande en bons masochistes que nous sommes.

Pourtant, l’approche est séculaire et résolument traditionnelle. Des riffs lancinants, qui osent parfois quelques allusions de vibrato pour se rapprocher d’une forme très larvée de BM rance, une rythmique qui alterne les blasts et les frappes massives, et un chanteur qui confond borborygmes et lignes vocales dans une logorrhée ignoble faisant passer les pauvres OBITUARY pour de petits chanteurs à la croix de mousse. Des références avouées et d’autres moins, des accointances avec la scène underground US la plus pourrie jusqu’à l’os (FUNEBRARUM, INCANTATION évidemment, DISMA, mais aussi DEICIDE par moments, rares), et une anti-musicalité qui explore tous les recoins les moins recommandables d’un Death qui refuse de s’adapter à son temps et qui préfère loucher vers le passé pour ne pas avoir à accepter un présent sans avenir. Doté d’une gigantesque production n’hésitant pas à bloquer les graves dans leurs derniers retranchements, Impetus of Death est une sorte de manifeste à l’usage des psychopathes du désespoir, apte à faire passer Scott Burns pour un joyeux drille à peine digne de produire une pantalonnade Pop bon marché. C’est évidemment abyssal, c’est une percée dans les entrailles de la terre pour retrouver l’essence même de la création, mais c’est terriblement jouissif dans son refus des barrières et son sens du grotesque assumé qui le confine au sublime. Et même si les morceaux semblent partager plus d’une idée, les moins monolithiques et les plus véloces forment une symphonie en hommage à la vilénie la plus absolue, à l’image de ce « Sortilege » qui envoute tous les fanatiques de la scène scandinave des années 90. On y retrouve ce magma bouillonnant et dégoulinant, fondant tous les instruments dans un unisson létal, ces accélérations dantesques qui bousculent la colonne vertébrale, et ces grognements effrayants qui glacent les sangs au détour de l’histoire. La leur, c’est celle de la légende Death qui fout les miquettes, et même si le final « Starless Event Horizon » finit par tourner en rond de ses dix minutes de recherche un peu trop forcée, le sans faute de l’abomination est à portée de guitare, et il suffirait de pas grand-chose pour que les CORPSESSED ne deviennent le groupe le plus repoussant de la terre.

Mais cette terre, ils la retournent pour en exhumer les cadavres les moins frais, et leur faire subir les derniers outrages sur le tourbillon de vice « Graveborne », qui s’évertue à synthétiser les traits les plus répulsifs d’un genre qui n’en manque pourtant pas. Riffs qui tournent comme des charognards, incantations vocales à la limite de la démence, fréquences de basse en non-sens absolu, et blasts qui lacèrent la putréfaction pour la faire gicler à la face du bon goût. Mais le bon goût n’a pas droit de cité sur un disque pareil, qui justement érige le mauvais au rang de vertu cardinale, et de fémur en crane, ce second chapitre taille sa route comme une lame taille les chairs décomposées pour une vivisection live qui prend aux tripes et les fait sortir de l’abdomen. Déglutissant son stupre en volutes de puanteur, Impetus of Death impose une norme passéiste, mais si fascinante qu’on pourrait la prendre pour un gigantesque majeur tendu à la vague old-school actuelle, incapable de retrouver l’impulsion originelle sans avoir recours à des gimmicks puants. Et encore une fois, pour m’adapter au langage utilisé sur ce genre de tentative désespérée, je baisserai d’un ton, et me contenterai d’affirmer que les finlandais ont repoussé les limites de l’horreur, pour la rendre concrète et nous chier sur le paillasson. Ça schlingue, c’est laid, ça porte bonheur en marchant dedans du pied gauche, mais ça permet de le prendre en toute perversité.         

Titres de l’album :

                         1. Impetus of the Dead

                         2. Sortilege

                         3. Endless Plains of Dust

                         4. Graveborne

                         5. Paroxysmal

                         6. Forlorn Burial

                         7. Begetter of Doom

                         8. Starless Event Horizon

Facebook officiel


par mortne2001 le 23/12/2018 à 17:42
80 %    1016

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Jefflonger
membre enregistré
29/12/2018, 17:29:49
Une telle répugnance en devient attirante, belle chro pour un groupe qui m'était inconnu, merci

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Enslaved + Svalbard + Wayfarer

RBD 20/03/2024

Live Report

Voyage au centre de la scène : BLOODY RITUAL

Jus de cadavre 17/03/2024

Vidéos

Crisix + Dead Winds

RBD 20/02/2024

Live Report

Abbath + Toxic Holocaust + Hellripper

RBD 21/01/2024

Live Report
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Gargan

Faudrait descendre un peu et faire la prochaine édition au stade rochelais   

16/04/2024, 08:30

Tourista

Au delà du commerce qui brûle, ce qui est ÉVIDEMMENT regrettable pour l'entrepreneur et la clientèle, il est difficile de ne pas voir le côté comique de l'événement... Au pays des clochers qui ont servi si souvent de barbecues.  (...)

15/04/2024, 18:21

Simony

Oh ça va on rigole ! Pour une musique qui se dit en désaccord avec le concept de religion, je trouve que l'on sacralise et idolâtre un peu trop de choses dans cette scène.C'est dommage c'est sur mais c'est que du matériel, ça va !

15/04/2024, 16:14

Labbé

je plussoie ! cet album est effectivement fort fort bon... mention spéciale pour Howl of Gleaming Swords. Merci pour la découverte ! 

15/04/2024, 15:01

LeMoustre

Le niveau des commentaires ici ça fait peur

15/04/2024, 14:25

LeMoustre

Oh purée !!! Merde !Moi qui ai eu la chance de pouvoir y trainer une demi journée entière (il les fallait) a la recherche de perles d'époque, émerveillé par ce magasin-musée, c'est bien fâcheux cette news.U(...)

15/04/2024, 13:47

Humungus

Y'a des gens ici qui sont trop "Trve".

15/04/2024, 06:54

Satan

Y a des gens ici qui n'ont aucun sens de l'Histoire et un sens de l'humour franchement bas-de-plafond.

14/04/2024, 23:29

azerty666

Résidu de Slayer, mouhahahahahaaaa ^^

14/04/2024, 20:10

Tourista

Un beau black friday.

14/04/2024, 15:48

Benstard

Putain ça me fait mal comme c'est en bois.

14/04/2024, 08:21

Humungus

Ah mais ouais !!!Il m'a fallu 24h pour comprendre... ... ...

14/04/2024, 06:55

Tourista

J'ai mis du temps à capter !! 

14/04/2024, 05:40

Tourista

14/04/2024, 05:39

Saul D

Jinx, j'y ai pensé, mais ils chantent en anglais je crois.... ( "stand up for rock'n'roll power", si je ne me trompe pas...)...je pensais sinon à un groupe entre Trust et Satan Jokers ( pour le son), Attentat Rock, c'est plus rock'n'roll que h(...)

13/04/2024, 16:44

Tourista

Fan service. La voix me fait chier d'une force, par contre... Clairement ce ne sera pas un album pour mézigue. Je comprends mieux pourquoi je n'ai jamais accroché à Death Angel, et c'est pas faute d'avoir essayé depuis 35 piges.

13/04/2024, 10:31

Rudy Voleur

13/04/2024, 06:59

Arioch91

on veut du sonOu pas   

11/04/2024, 20:01

Moshimosher

Cool ! Une avant-première du prochain Burzum ! Maintenant qu'on a la pochette, on veut du son !!!

11/04/2024, 18:49

Simony

On sait où était Varg Vikernes à ce moment là ?I'm on my way to burn the shop....

11/04/2024, 15:52