Je l’ai déjà dit des centaines de fois, mais je le répète encore. Lorsque le Black et le Death sombrent dans des velléités mélodiques, je réponds aux abonnés absents. Rares sont les groupes susceptibles de me faire changer d’avis, puisque selon le mien, ces deux styles se doivent d’être radicaux et impitoyables, et basés sur des riffs francs et effroyables, qui ne perdent pas de temps en circonvolutions harmoniques et autres arabesques prétentieuses et mielleuses.

Ceci étant dit, je ne suis pas non plus borné. Qu’un ensemble s’opposant à ma philosophie me prouve que j’ai tort, et j’admets les miens. Ce qui est quand même un des fondements de notre travail de critiques musicaux me semble-il…

Et visiblement, ce matin, un groupe venu de l’Est a montré des signes de contradiction évidents, me poussant dans mes retranchements pour tenter de me forger une opinion objective, tout en admettant leurs qualités évidentes.

Son nom ? BALFOR, quatuor qui n’en est pas à  son coup d’essai, puisque ce Black Serpent Rising est leur troisième longue durée depuis 2001, et qu’il sonne comme une résurrection pour eux puisqu’il intervient après sept ans d’absence d’albums et quatre de EP.

En effet, nous étions sans nouvelles d’eux depuis leur retour en presque fanfare sur Heralds Of The Fall publié en 2013, mais il faut dire qu’ils n’ont pas perdu leur temps, puisque ce fatidique troisième LP pourrait bien se révéler être leur meilleur à ce jour.

Un peu d’histoire en passant, pour les néophytes désirant en savoir plus. BALFOR (Funeral Fire en traduction ukrainien/anglaisest donc un quintette ukrainien, fondé en 2001, qui se compose aujourd’hui du seul survivant de la formation originale Thorgeir Berserk (guitare/chant), d’Athamas (basse, depuis 2013), de Khaoth (batterie, même année) et du petit dernier Astaroth (guitare, 2014).

Ces quatre dévots semblent privilégier depuis leurs débuts une forme très aboutie de BM mélodique et élaboré, agrémenté de quelques touches de Death assez légères mais inspirées, orientation qui leur permet d’évoluer dans un univers assez particulier, où la technique et l’émotion brute cohabitent sans se gêner.

Musicalement, cette affaire très sérieuse en rappelle d’autres qui l’étaient ou le sont tout autant, puisqu’on trouve dans leur musique des traces profondes du DISSECTION de la grande époque, quelques réminiscences d’AMON AMARTH, mais aussi des empreintes de CARCASS et d’IMMORTAL pour tenter de rester concis dans les comparaisons.

Le résultat ? Un BM progressif, majestueux et envoutant, qui pourtant ne se veut ni pompeux ni redondant, mais véritablement passionnant de bout en bout, et surtout, construit sur des progressions logiques et fluides, qui ne rechignent pas à user d’arrangements lyriques pour augmenter la puissance de feu globale. Et en suivant ce raisonnement jusqu’à son paroxysme, les ukrainiens viennent de signer l’un des meilleurs albums du cru pour ce premier trimestre 2017, ce qui en dit long vous l’avouerez sur leur créativité.

Techniquement, chaque instrumentiste est à sa place, la meilleure évidemment, mais cette même technique est mise au service de compositions incroyablement riches et fouillées, qui se veulent aussi imprégnées de l’univers fastueux des EMPEROR que celui plus rugueux des IMMORTAL.

Alternant les accélérations foudroyantes et les concassages Heavy laminant, Black Serpent Rising fait preuve d’une efficacité sidérante, et laisse pantois de ses ambitions qui se concrétisent dans chaque plan, évitant le vide et la panne temporaire en plaçant toujours au bon moment la bonne idée.

Il est certain que quatre années pour préparer son grand retour sont largement suffisantes pour proposer du neuf et du solide, mais je reste quand même admiratif devant cet étalage de violence lumineuse qui résume à lui seul plusieurs décennies d’extrême de qualité.  

Un exemple parmi tant d’autres avec le fulgurant « Heralds Of The Fall », qui nous ramène à l’époque transitoire et complexe du MAYHEM de Wolf's Lair Abyss tout en titillant la corde sensible du DISSECTION de The Somberlain, sans jamais plagier ni l’un ni l’autre, et en plaçant quelques interventions dramatiques à la AT THE GATES/DIMMU BORGIR.

Le talent du petit nouveau Astaroth, venu des RAVENTALE éclate au grand jour, et ses interventions en solo sont toujours pertinentes, et forment avec ces nappes de chœurs célestes une combinaison fatale qui transforme chaque break en mini symphonie macabre mais poétique.    

Loin d’abuser d’effets cheap et destinés à combler les trous, BALFOR préfère travailler sa copie pour la rendre impeccable, comme le démontre l’entame explosive « Serpents Of The Black Sun », qui après une très courte intro plonge les cornes en avant dans un Néo Death subtilement renforcé de BM nordique, aussi radical que ciselé. Une fois de plus, un solo d’une troublante pureté se dégage de l’ultraviolence ambiante, ce qui ne fait que renforcer ce paradoxe entre brutalité outrancière et délicatesse fière.

La voix très rauque et grave de Thorgeir Berserk est un véritable modèle du genre, loin des borborygmes habituels, et propulse des textes obscurs de toute sa haine vocale sur des tapis de rythmiques écrasantes, alors même que les blasts ne disputent le leadership à des segments Heavy en contrepoint parfait, qui une fois de plus parviennent à recréer de façon personnelle la magie de feu Jon Nödtveidt.

Difficile d’extraire de ce maelstrom majestueux un titre plutôt qu’un autre, même si le pavé « Unbounded Wrath Of Venom » semble s’imposer de la hauteur de ses six minutes progressives. Une fois encore, ce morceau prouve que les ukrainiens ont tout compris à la quintessence du BM le plus épique qu’ils mâtinent de Death discret et de Heavy policé, en proposant des couplets incroyablement efficaces à la DISSECTION qu’ils fondent dans des breaks toujours pertinents et bourrés d’arrangements grandiloquents qui brillent sous un feu ardent d’attaques de guitares incendiaires.

En substance, BALFOR oppose la pertinence à la superficialité, comme sur ce terrifiant « Wolfbreed » qui parvient en cinq minutes à peine à donner la leçon aux maîtres d’IMMORTAL et DISSECTION, aidé en cela par une production dantesque et boursouflée, qui met en valeur chaque secteur d’interprétation sans jamais en rajouter dans la démesure.

Admirable et hypnotique de bout en bout, Black Serpent Rising pourrait symboliser une certaine forme de perfection absolue, ce qu’illustre très bien le final orgiaque « Crimson Stronghold » qui une fois encore impose des nappes de chœurs inquiétants sur une trame Black/Death progressive et trouble.

Un troisième album en coup de fouet sur l’échine, qui pourrait bien placer les ukrainiens sous les feux de l’enfer de l’actualité et les faire passer du statut d’outsiders à valeur sûre, pour peu que la bonne parole se propage aussi vite que leurs flammes funéraires.

 Car on passe très près du chef d’œuvre, sachez-le.


Titres de l'album:

  1. Serpents Of The Black Sun
  2. Dawn Of Savage
  3. Unbounded Wrath Of Venom
  4. Heralds Of The Fall
  5. Among The Fallen Ones
  6. Wolfbreed
  7. A Vulture's Spell
  8. Crimson Stronghold


Site officiel


par mortne2001 le 21/02/2017 à 18:12
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