Le type même de chronique casse-gueule qui promet une issue incertaine, et dont on n’est pas sûr dans l’absolu. D’ailleurs, même après plusieurs écoutes attentives et une opinion forgée avec difficulté, on n’est même pas certain d’avoir cerné ce qu’on a entendu…Je parlais récemment du délice que procurent les groupes qui osent des choses différentes, en s’éloignant du mainstream (et par ce terme je désigne tout genre qui se définit par lui-même, et non une musique appréciable et appréciée par le grand public), mais j’étais loin de m’imaginer qu’un album allait satisfaire à ce point ma soif d’inédit en manipulant mes sens avec un tel brio et une telle imagination. Mais pour autant, V.A.N.S.I.N.N.E.T. n’est pas le genre d’oeuvre que l’on peut apprécier dans toute sa démesure sans fournir d’effort particulier. C’est un album hautement complexe, qui ne s’ancre dans aucune mouvance particulière, et qui tient farouchement à son indépendance, musicalement, artistiquement, éthiquement, et conceptuellement. Né du cerveau fécond mais tortueux d’un couple d’artistes suédois, c’est une somme de travail conséquente, qui s’apparente tout autant à l’avant-garde et à l’expérimental, qu’à la musique de cirque et de foire, mais aussi, plus prosaïquement, au Doom, à l’extrême, au Death, mais triturés et déformés pour entrer dans un cadre onirique de toute beauté, suggérant tout autant la pénombre que la lumière la plus aveuglante. Il est toutefois difficile d’en savoir plus en tentant de glaner des informations sur la toile, le groupe se drapant dans un voile de secret que même ses informations officielles peinent à lever. Et pourtant, dans l’état, il pourrait représenter un cas à part sur la scène internationale, et un cas d’école sur sa scène nationale, cette Suède qui décidément n’en peut plus de nous prendre à revers et de nous surprendre de sa propre folie…

Derrière le pseudo/nom de baptême LAMASHTU se cache un couple/duo, formé de Sandra Mattsson (aka Lamashtu, 34 ans, textes, basse et musique) et de Johan Älvsång (aka Pazuzu, 33 ans, compositeur, producteur, mais aussi multi-instrumentiste chevronné), qui évolue en pleine autogestion, et qui suit sa route selon la doctrine du DIY, poussée à un paroxysme de perfectionnisme. Le couple s’entoure parfois de musiciens additionnels (Mimmi Kemppainen Persson - chant lyrique, Yvonne Platon - chant basse, Isak Andersson - Ténor) pour tisser des textures plus opératiques, conférant à sa musique une aura particulière d’oeuvre classique à la lisière du fantastique. Et à l’écoute du second album de ce projet iconoclaste et unique en soi, on nage en pleine mystique musicale, à tel point que les mots deviennent vains pour en décrire les contours et les atours. Si quelques influences sont jetées en pâture sur leur page Facebook officielle (SHINING, RAMMSTEIN, STOLEN BABIES, DEVIN TOWNSEND, DISSECTION, DIMMU BORGIR, GÅTE, GARMARNA, IGORRR), elles peinent aussi à définir toute l’excentricité d’un combo qui ne tolère aucune autre limite que celle fixée par son imagination, qui parait sans fin, et qui nous empêtre dans un délire orchestral digne d’un Terry Gilliam ou d’un Michel Gondry, tout en se reposant sur de solides bases orchestrales classiques qui propulsent V.A.N.S.I.N.N.E.T. dans un univers parallèle aussi fascinant qu’intrigant. Et pour coller à la réalité d’une comparaison la plus viable et honnête possible, il est envisageable de voir en cette seconde réalisation, un mélange des univers si décalés des STOLEN BABIES (sans la violence crue), d’IGORRR (expurgé de tout engoncement trop extraverti), et des DIABLO SWING ORCHESTRA (débarrassés de leurs obsessions pour le groove et les cuivres rutilants), le tout supervisé par un chef d’orchestre aux accointances gothiques et symphoniques forçant les interprètes à s’exprimer dans leur idiome national. L’image est trop abstraite pour permettre un jugement à priori ? Pourtant, elle se veut reflet presque fidèle d’une folie instrumentale et vocale qui déborde du cadre strict du Metal, pour se frotter à la flexibilité du Post Rock, de la Pop, de la démence opératique d’une BJÖRK, et au folklore local suédois, celui des Folk Parks subitement transformés en gigantesque terrain de jeu pour ravers en mal de musique analogique.

En neuf morceaux développés (en dehors de l’intro, un seul reste sous la barre des quatre minutes), les LAMASHTU revisitent en images d’Epinal toutes les figures non imposées de la folie artistique, et si parfois la production révèle ses limites (notamment en ce qui concerne la rythmique, beaucoup trop synthétique), et trahit des empilements de couches que Devin aurait juxtaposées avec plus de minutie, l’interprétation et l’inspiration restent hors des normes habituelles, et se moquent complètement de savoir à quel monde elles appartiennent en dehors de celui dessiné par la palette de ces musiciens extraterrestres. Certes, et dans un désir d’honnêteté totale, tout ne fait pas mouche sur cet album. Certaines idées sentent un peu trop l’improvisation ou le remplissage un peu facile, et une poignée de riffs auraient gagnés à être expurgés de leurs automatismes pour sonner plus pertinents. Mais il est tellement difficile d’extraire un élément particulier de ce maelstrom de sons qu’on préfère assimiler le tout de face, et digérer à postériori, pour être certain de n’avoir rien manqué. Et si l’ouverture tellurique de « Ur.Sinnet » place la barre des débats sous des augures emphatiques et presque dignes d’une collaboration entre les STOLEN BABIES et EMPEROR (pour cette grandiloquence exagérée qui assume quand même ses travers), « Kung i Mitt Sinne » réinvente la notion de Doom à tendance symphonique abstraite, à forte connotation classique, tout en s’autorisant des incursions dans le domaine du Progressif folklorique sans paraître bucolique ou trop précieux pour séduire. Il y a de la simplicité dans ces mélodies en volutes, mais elle est tellement enfouie sous des couches de magma qu’on peine à en appréhender l’essence, ce qui rend le résultat aussi abstrait que direct. Et cette dualité anime tout l’album de ses déviations soudaines, jusqu’à emprunter à la diva Diamanda Galas sa façon de décomposer les mots pour les recracher façon litanie grégorienne aux présages funestes (« Ansvaret »). On nage alors à contre-courant d’un Metal à tendance Néo-Thrash, pour des syncopes qui aplanissent quelques peu les aspérités mystiques, jusqu’à ce que des chœurs presque enfantins ne viennent nous replonger dans un songe éveillé.

Inutile de nier que le travail accompli est dantesque, et mérite toutes les louanges. Et les quelques erreurs (témoignant d’un excès d’ambition et non de l’inverse) de parcours rendent l’album encore plus attachant, lui conférant une naïveté qu’un orgue à la Anton LaVey ne parvient pas à souiller (« Jag Säger det du Tänker »). Et si ce cabaret de l’étrange fonctionne à plusieurs niveaux, confiant à Snowy Shaw le rôle du portier pour mieux s’assurer de la présence d’Annlouice Loegdlund sur scène (« Automatisk Dödskyss »), c’est pour mieux nous laisser repartir des images étranges plein la tête, et des sons bizarres plein les oreilles, en triturant le baroque pour le faire entrer dans la cage d’un Heavy moderne et décomplexé bénéficiant des soins d’une chanteuse si versatile qu’on en vient à douter du timbre réel de sa voix en coup de fouet (« Värre än Döden », final pragmatique, mais épileptique). Et de ce voyage en introspection de mondes si personnels qu’on en vient presque à rougir de notre intrusion, on ressort plein de doutes sur la viabilité de la musique actuelle, tellement factuelle dans son formalisme qu’il en devient presque pénible d’en deviner l’avenir aussi facilement. Mais l’un dans l’autre, et aussi imparfait soit-il, V.A.N.S.I.N.N.E.T. n’est rien de moins qu’un trip intergalactique intégral, vous permettant d’explorer de lointaines contrées dans lesquelles on parle une langue musicale inconnue. Et après tous ces mots empilés cherchant vaguement à acquérir un sens, je ne suis toujours pas sûr d’avoir été témoin auditif de tout ce que je viens de vous raconter. Peut-être ne suis-je même pas là à l’heure actuelle, mais quelque part du côté de Göteborg, à chercher mon nord perdu à l’aide d’une boussole cassée.


Titres de l'album:

  1. Ur.Sinnet
  2. Kung i Mitt Sinne
  3. Ansvaret
  4. Jag Säger det du Tänker
  5. Ni är Alla Fejk
  6. Din Verklighet (din Manlighet)
  7. Automatisk Dödskyss
  8. Evigt Ensam
  9. Värre än Döden

Site officiel


par mortne2001 le 10/03/2018 à 17:30
80 %    394

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


A Pale Horse Named Death

When The World Becomes Undone

Jetboy

Born To Fly

Lugnet

Nightwalker

Insanity Alert

666-Pack

Triste Terre

Grand Oeuvre

Flotsam And Jetsam

The End of Chaos

Necrogosto

Necrogosto

Mayhem

De Mysteriis Dom Sathanas

Horrisonous

A Culinary Cacophony

Dust Bolt

Trapped in Chaos

Pissgrave

Posthumous Humiliation

Aberracion

Nadie Esta Libre

Malevolent Creation

The 13th Beast

Together To The Stars

An Oblivion Above

Queensrÿche

The Verdict

Musmahhu

Reign of the Odious

Cold Colours

Northernmost

Destiny Ocean

Peace Love & Heavy Metal

Endless Disease

The End of All Life

Vomitory

Raped in Their Own Blood

Liévin Metal Fest #4 (samedi)

JérémBVL / 18/03/2019
Benighted

Cernunnos Pagan Fest 2019

Simony / 12/03/2019
Celtic Metal

LORDS OF CHAOS / Critiques du film

Jus de cadavre / 12/03/2019
Film

Interview HATRED DUSK

JérémBVL / 11/03/2019
Death Metal

Concerts à 7 jours

+ Meshiaak + Overkill

20/03 : Le Trabendo, Paris (75)

Meshiaak + Overkill + Flotsam And Jetsam

20/03 : Le Trabendo, Paris (75)

Photo Stream

Derniers coms

Meshiakk a jeté l'éponge, remplacé par Chronosphere sur la tournée mais pas sur la date de Paris, ni en suivant. Dommage, c'était un choix plus cohérent. Du coup, pas de groupe local avant Flotsam n'est annoncé. Quelqu'un sait-il si le premier show démarre juste à l'ouverture des portes, pr(...)


"De Kristian Vikernes ou d’ Øystein Aarseth, qui est le vrai coupable ? On ne le saura sans doute jamais, et c’est tant mieux."

Le vrai coupable ça reste celui qui a tué l'autre.


Hmmm... le nouvel Abnormality n'a pas l'air de dévier et c'est bien ce qu'on demande !


plutot death que thrash. definitivement


mème chose on est loin du 1er album (ah jeunesse)....


Un côté très old school, et autant proche du thrash que du Death.

Morceau sympa, j'attend un peut mieux du reste.


Ah ah ah !
Ouais merde... Putain, je pensais pourtant avoir fait "le tour de la question"...

PS : Il me semble même qu'il escompte adopter avec son compagnon du moment.


Va falloir que je l'écoute en entier cet album, j'ai ignoré quasiment tout le mouvement black de ces années, mis a part ugra karma et ceremony of the opposites.


TU as oublié de préciser qu'il était homo également


Une pierre angulaire du black, un album essentiel, un manifeste à le fois séminal et terminal. J'ai dû l'écouter des centaines de fois depuis mes débuts de metalhead il y a près de 25 ans, et je ne m'en lasse toujours pas...


D'après mes sources, Emory Cohen (Varg Vikernes dans le film) est effectivement juif.
Mais également éthiopien par sa mère, gitan du côté de son père, encarté au Parti Communiste et d'obédience maçonnique.


"Le plus drôle, c'est que l'acteur qui joue Vikernes s'appelle Cohen"

Et encore, il aurait pu être noir !!!


1) "Je ne jurais que par Darkthrone en BM Norvégien"
Rassures-toi, il y a pire comme référentiel hein.
2) "A l'occasion d'un concert (en salle) où le groupe jouait "De mysteriis (...)" en intégralité y a eu le déclic"
J'avais forcément vu le groupe avant en live (claquasse (...)


Oui il est juif, le réal avait vraiment une dent contre Varg je crois, ou alors de l'humour :D ! Ça lui reste en travers de la gorge ce film je pense à Varg, il fait des vidéos ou il commente le film, énumère toutes les erreurs et mensonges (selon lui bien sur)... Je comprends qu'il veuille se(...)


J'ai vu le film est il est super captivant, je retiens pleins de bons point donc je vais dire le peut de "décevant".

1-Certains membre de Mayhem trop en retrait, Necrobutcher viré comme ça en quelques seconde, Hellhammer trop discret, pas une seul fois le nom de Maniac.

(...)


Content de voir que cette chronique déchaîne les passions...Pour moi, cet album est particulier, d'une parce que je l'ai découvert à l'époque, après avoir connu le MAYHEM de Deathcrush, et ensuite, parce que sa construction en crescendo avec l'ouverture sur le final traumatique du title-track (...)


Le plus drôle, c'est que l'acteur qui joue Vikernes s'appelle Cohen.


J'ai mis du temps à appréhender cet album de mon coté... Je ne jurais que par Darkthrone en BM Norvégien (et encore aujourd'hui il reste mon groupe du genre préféré).
Puis à force d'écoutes attentives et surtout à l'occasion d'un concert (en salle) ou le groupe jouait De Mysteriis..(...)


"Freezing moon" est LE chef d'œuvre absolu de THE TRUE MAYHEM.
Mais il est juste inadmissible de n'écouter qu'un ou deux titres de ce fantastique album.
TOUT est bon là-dedans bordel !!! !!! !!!
Un très bon pote à moi ne jurant que par le Brutal Death et le Grind vénère pour(...)


"Freezing moon" est LE chef d'œuvre absolu de THE TRUE MAYHEM.
Mais il est juste inadmissible de n'écouter qu'un ou deux titres de ce fantastique album.
TOUT est bon là-dedans bordel !!! !!! !!!
Un très bon pote à moi ne jurant que par le Brutal Death et le Grind vénère pour(...)