Il paraît que l’avaleur n’atteint pas l’ombre des armées. Ou alors que la valeur n’attend pas le nombre des années, ce qui est peu ou prou la même chose. Sauf que parfois, c’est l’inverse qui se produit, et ce sont les années qui patientent pour juger de la qualité d’une œuvre. Principe qui semble s’appliquer dans le cas des TYRANT DISCIPLE, qui ont quand même dû patienter quatorze ans pour voir leurs efforts couronnés de succès. Formé en 2004, ce combo du nord a laissé couler le temps du sablier pour enfin pouvoir proposer ses vues sur un longue durée, alors même que leur première démo accuse le coup de douze ans d’existence. Imputez ce délai à de sempiternels problèmes de line-up et d’investissement de musiciens pas vraiment impliqués comme il aurait fallu, ou à toute autre justification, ça ne changera rien au problème, et c’est certainement avec joie que ces truands de violence nous bousculent aujourd’hui de leur Thrash à tendance Death - ou l’inverse - qui ne fait montre d’aucune pitié ou complaisance, mais de beaucoup, voire énormément de puissance. Fondé donc en 2004 du côté de Kauhajoki, les TYRANT DISCIPLE ont commencé leur carrière par une démo éponyme que j’ai déjà citée, puis en ont lâchée une autre, en 2008, Fields Of Suffering. S’ensuivit un hiatus d’une bonne décade avant que le quatuor ne puisse enfin s’exprimer dans un contexte moins réduit, et aujourd’hui, ce terrifiant et implacable Weight Of Oblivion nous harcèle de ses rythmiques concassées et de ses riffs aiguisés. Concentré de brutalité intelligente, ce premier LP se paie le luxe d’être l’un des plus efficaces et vicieux du moment, sans se départir d’affinités mélodiques assez prononcées, lui conférant une aura en dualité parfaitement délicieuse.

Ainsi, Sami Risku (chant/guitare), Kari Lehtinen (guitare), Stefan Laine (basse) et Jussi Samppala (batterie) se reposent sur un principe simple d’agression/défense pour nous rappeler au bon souvenir d’un Thrash de transformation, qui commençait alors à intégrer des éléments Death pour amplifier sa puissance de fond. Nous retrouvons donc sur les dix morceaux de ce premier jet les rythmiques puissantes du Thrash des mid eighties, les riffs de la même époque, épaissis d’une moiteur Death du tournant des nineties, pour un pèlerinage nostalgique sur les terres de violence d’autrefois, foulées aujourd’hui. Si le groupe cite volontiers quelques références pour baliser le champ de mines (SLAYER, METALLICA, MEGADETH, ANTHRAX, TESTAMENT, KREATOR, DEATH, SEPULTURA, DEATHCHAIN, SOTAJUMALA), la pertinence de leur parrainage n’est pas forcément évidente, et d’autres noms sautent aux oreilles, pour un melting-pot infernal. Un gros soupçon de WARBRINGER pour la démence passagère, un passage en revue du legs des SOILWORK et autres AT THE GATES pour la patine nordique, mais aussi une petite touche de nos NO RETURN et MASSACRA nationaux, et le compte de débauche est bon. Ou presque. Car les finlandais, en bons nordiques qu’ils sont, ne se contentent pas d’écraser les tympans pour en faire couler du cérumen mélangé au sang, et font parfois preuve de plus de malice pour nous faire souffrir de plaisir, via quelques mid-tempi placés judicieusement sur le parcours (« Blood Countess », cette pauvre comtesse Báthory doit en avoir marre qu’on dérange son fantôme sanguinaire pour lui rendre hommage).

Vous l’aurez compris, au-delà de la percussion dantesque qu’il incarne, Weight Of Oblivion tient tout autant du bloc de béton jeté sur la gueule du haut d’un toit, que d’une séance de torture-porn bon enfant dans une vieille cave moisie. Mais pas d’inquiétude à avoir, si la méchanceté musicale est votre personal bonafide, ce premier LP aura de quoi faire carburer votre enthousiasme des kilomètres durant. Carburant au super boosté de TNT, ce train qui risque de dérailler à tout moment tient bien sa trajectoire, et nous décoiffe de ses tonitruances, et ose la symphonie en riffs graves majeurs, pour tenir le haut du pavé de la vague extrême actuelle. Bourrin mais musical, ce cri primal est une ode à l’ultraviolence, métissant son agression d’une touche cosmopolite, acceptant les cultures mondiales pour en proposer un carnet de bord juste et définitif. On sent en filigrane quelques touches des bordels allemands et leur luxure Thrash jusque boutiste (« Peace of Violence », PROTECTOR et KREATOR repris par les WARFECT, sans complaisance, mais avec aisance), les bourrasques US qui arrachent les tuiles pour vous les envoyer dans la gueule (« The Great Dead One », l’un des plus ouvertement bruyants du lot), le radicalisme d’un classicisme qui permet encore d’y croire à mort (« Waste », sorte de GRIP INC. passé à la moulinette AT THE GATES et son refrain hurlé à plein poumons embrumés), et de petites choses plus syncopées et personnelles qui cavalent bon train, mais restent collées à la selle (« Cancer », mélodies et vilénie, un mariage béni).

Spirale ascendante/descendante, Weight Of Oblivion est d’un effet bœuf qui se serait libéré de son joug pour foncer dans les champs et tout renverser sur son passage. Difficile d’oublier l’impact de ces dix morceaux qui outre une cohésion globale, osent quand même légèrement varier le propos pour ne pas sombrer dans la redondance routinière. Evidemment, les idées semblent recyclées, mais il est toujours difficile d’innover en terrain Thrash/Death sans justement s’en éloigner. Ici, c’est du pur jus, de quoi remplir les intestins de sang pour faire du bon boudin, à une cadence évidemment infernale, mais qui garde son savoir-faire artisanal. Entre des guitares qui virevoltent et un chant qui décalotte (« Eternal Burn », le plus parfait équilibre entre les deux composantes depuis au moins…), des percées en blasts qui dynamisent encore plus la folie ambiante (« Bringer of Rain », avec ça, pas besoin d’incantations sioux pour faire pleuvoir le sang), et un final qui résume l’entreprise tout en la nuançant de quelques ambiances plus lourdes que la moyenne (« Funeral Veil »), l’ensemble fait office d’exutoire pour le public, mais aussi pour le groupe, qui a tout donné pour rattraper les années et se rassurer quant à la pertinence de son existence. Plus d’une décennie à ronger son frein donne sans doute des envies de meurtre, tout du moins d’en découdre, et ce premier album est l’éjaculation tant attendue après des années de frustration. A musical facial pour esthètes de la pornographie brutale, qui ne perd pas de temps à vous caresser dans le sens du poil pour vous les arracher, mais qui une fois de temps en temps, tente le coup de la tendresse pour sombrer immédiatement dans la rudesse. Weight Of Oblivion est donc un album à écouter avec un paquet de mouchoirs à portée de main, pour ne pas oublier que la musique brutale, parfois, est juste destinée à nous soulager d’une violence en désir réprimé.

Mais alors, attention. Parce que du coup, ils en foutent vraiment partout.

      

Titres de l'album :

                          1.The Great Dead One

                          2.Waste

                          3.Weight of Oblivion

                          4.Cancer

                          5.Blood Countess

                          6.Peace of Violence

                          7.Long Lives the King

                          8.Eternal Burn

                          9.Bringer of Rain

                         10.Funeral Veil

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par mortne2001 le 23/09/2018 à 17:30
80 %    72

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Pas mal du tout en effet ! Old-school, brutal, bas du front. Combo !


chro séduisante, bon morceau également, merci pour la découverte


Franchement meilleur que les dernières prod de Death Fr...


Humungus : +1
Ben oui, normal. Déjà assimiler "vegan" et "antifa" est hors sujet.
Soutenons UADA !


KaneIsBack + 1.


Nefarious + 1.


Non.


Cet album est absolument fantastique !!!


Ravi de lire un report sur Aura Noir


J'ai jamais vraiment écouté Cancer, pourtant je fais partie de cette génération des 90's qui a découvert( le death metal avec ces sorties majeures. Très efficace ce titre , va falloir que je rattrape quelques lacunes.


commandé


Le metal selon les Grammys... Vaste blague.


Candlemass c'est pourris depuis la première séparation des années 90...Avant c'était génial et sombre.


Rien d'autre a faire que d'aller au Botswana ?


Donc Ici on ne peut pas être anti-fa, et vegan sans être aussi une cible...


Les antifas sont effectivement aussi fascistes que ceux qu'ils dénoncent. Pitoyable histoire...


Si Jeff est aussi insipide dans MDB qu'il ne le fut dans Paradise Lost, ça promet de sombres catastrophes. Je me souviens encore de la manière dont il détruisait "As I die" sur scène...


Très très curieux d'entendre ça, surtout avec le retour de Langqvist.


Faut voir le résultat, je suis très méfiant avec CANDLEMASS qui n'a rien proposé de bandant depuis fort longtemps ! Mais sur le papier... oui c'est la classe ultime !


C'est exactement ce que je me disais... La classe !