Alors comme ça le diable est sur terre ? Au vu des évènements récents et moins, et l’avènement au pouvoir de Trump et Jair Bolsonaro, de l’ignorance aveugle du respect des règles climatiques, des manifestations de violence et autres réjouissances au subtil goût dictatorial, il n’y a plus à en douter. L’Antéchrist est là et bien là, et commence son entreprise de destruction de l’humanité en sapant les fondations de l’intérieur, histoire d’accélérer le processus. On le savait depuis longtemps après avoir lu les écritures et spécialement les Révélations, mais il est toujours ardu de faire face à un constat même s’il semblait inéluctable au jugé de notre nature la plus profonde. Et si beaucoup craignent l’apocalypse finale qui prendra la forme d’une destruction naturelle, d’une guerre un peu trop portée sur les atomes, ou d’un effondrement du système rendant les hommes à leur sauvagerie initiale, d’autres semblent s’en accommoder, et même s’en réjouir si j’en juge par l’euphorie dont ils font preuve. Ainsi, les brésiliens de DEVIL ON EARTH ne semblent pas craindre l’ire divine si l’on se base sur leur allégeance au malin, et la férocité dont ils font preuve sur leur second album. Se plaçant dans la plus droite lignée de leur héritage bruitiste national, ces originaires de São Paulo assument leurs influences, et en pérennisent l’importance, allant même jusqu’à reprendre à leur compte l’un des standards nationaux de la brutalité. Et en tournant le problème dans tous les sens, impossible d’arriver à une autre conclusion que celle-ci : les DEVIL ON EARTH sont les garants d’une tradition lusophone de débauche instrumentale, et affichent une fierté tout à fait légitime au moment de nous proposer leur second album, ce terrifiant d’intensité Kill The Trends, qui malgré son intitulé, ne fait pas fi des modes et semble s’inscrire dans une mouvance revival portée par la vague Thrash old-school des années 2000.

Fondé en 1999, ce trio infernal (Max - basse/chant, Macedo - guitares/chœurs et Francisco - batterie) ne s’est pas précipité pour témoigner de son existence, et a patiemment attendu l’année 2003 pour publier sa première démo. Quatre années supplémentaires furent nécessaires pour que leur premier long, Hunting, Shooting, Slashing and Thrashing voit le jour, et nous étions donc sans nouvelles d’eux depuis plus d’une décade, nous demandant même s’ils n’étaient pas perdus corps et âme. Mais heureusement, des Hadès est remonté l’un des groupes les plus teigneux de sa génération, et sous une pochette ne faisant pas grand cas de son message se cache l’un des LP les plus méchants et puants de son époque, qui honore avec faste et fureur tout un pan de l’histoire de son pays. Et en nommant des références comme ATTOMICA, TESTAMENT, SLAYER, ASSASSIN, POSSESSED, ARTILLERY, VULCANO, HOLY TERROR, DESTRUCTION, SODOM, HELLHAMMER, CELTIC FROST, KREATOR, VIKING, SACRIFICE, MUTILATOR, ou FORBIDDEN, les trois brésiliens ne cachent aucunement leur direction artistique, qui s’abreuve à la source du Thrash le plus primal et radical, dans un esprit purement eighties traduit dans un langage de production contemporain, ce qui nous donne l’une des bombes les plus puissantes du circuit actuel, dont les déflagrations risquent de faire des dégâts dans le monde entier. Inutile de le cacher, si la scène sud-américaine des eighties vous est familière, il y a de grandes chances que ce Kill The Trends vous rappelle quelques souvenirs plus ou moins fameux. En se plaçant sous l’égide de dogmes séculaires nationaux, les DEVIL ON EARTH perpétuent une tradition entamée à l’orée de cette décennie déchaînée, et se fondent même dans la masse grouillante d’une mémoire en magma qui n’a rien oublié des exactions des VULCANO et autres dignes représentants du mal sur terre. On y retrouve la même tendance à l’ultraviolence instrumentale, les mêmes vocaux possédés et sans pitié, les riffs circulaires joués avec une perceuse à percussion, et ces rythmiques échevelées qui n’acceptent de ralentissement qu’à l’occasion d’un break plombant. Et comme le timing est aussi bref qu’une grosse calotte mangée au coin d’une rue, le mimétisme en devient troublant, mais le plaisir prenant.

Ce trio, des nouveaux VULCANO ? Je pense que le parallèle ne les dérangerait pas, puisqu’ils l’assument partiellement en reprenant à leur compte l’un des morceaux emblématiques des légendes, ce « Witche’s Sabbath » qu’ils servent à leur sauce, piquante et brûlante évidemment, et qu’on trouvait en 1984 sur Devil On My Roof, une petite maquette autoproduite qui servit en son temps à lancer les malfaisant sur les traces de l’histoire. Et d’ailleurs, à écouter cette restitution personnelle, pas difficile de comprendre pourquoi les DEVIL ON EARTH l’ont repris tant ce titre s’intègre parfaitement à leur playlist personnelle, qui si elle s’acharne à imposer une vision du Thrash débridée, n’en fait pas moins la part belle à la mélodie et à l’agencement des idées, le tout prenant forme autour d’une poignée de morceaux brefs, mais réellement percutants. Alors, ces trois-là, des brigands ? Oui, et des vilains/méchants, même si on sent en arrière-plan une certaine forme d’empathie musicale, lorsque le tempo se calme et que les guitares se brident (« Screams from the Grave »). Mais soyons franc, cet album, ce groupe, ne représentent rien de moins que la quintessence d’une scène brésilienne que la nouvelle génération s’évertue à faire revivre (même si le groupe est né avant les années 2000), et peuvent donc se targuer d’une légitimité que bien d’autres régions du monde leur envie. Alors oui, c’est supersonique, c’est vraiment bourrin, ça racle dans tous les coins, mais on prend vraiment son pied pendant vingt-six minutes, spécialement lorsque la densité s’épaissit et nous plante un gros parpaing dans la gueule (« Hellripper »), d’autant que malgré leurs tendances sadiques, les marsouins savent jouer et bénéficient d’une production ne laissant personne sur le carreau, avec une basse qui peut même jouer les acolytes costaud (« Suicidal Hate »).

Rien de bien neuf évidemment, mais une telle rage qui met en nage qu’on accepte les règles connues depuis longtemps pour nous concentrer sur le présent, et l’énergie de tous les diables diffusée par ces trois désaxés. Les hymnes paillards s’enchaînent, les refrains diaboliques se déchaînent, et le tout à des airs de catharsis mondiale pour une époque infernale, nous entrainant sur les pas d’un Lucifer qui crame tout ce qu’il croise avec force sarcasmes et autres aphorismes. Difficile de ne pas penser à la vague borderline brésilienne d’il y a trente ans, même si ces trois-là sont bien plus carrés que les musiciens d’époque, ce qu’ils démontrent de quelques fioritures sympathiques (la basse slappée rigolote en intro de l’ébouriffant « Devilization », mon préféré du lot). Alors, en tendant les oreilles sur Kill The Trends, on pensera aussi à quelques autres références, dont les ASSASSIN allemands, à cause des similitudes dans les lignes de chant (« Feel the Pain ») mais on se rendra surtout compte que le Diable finalement, n’a jamais quitté la terre, lui qui y trouva asile il y a quelques décades, et des porte-parole tout à fait enthousiastes par la même occasion. Et il peut encore compter sur les DEVIL ON EARTH pour se faire de la publicité.   


Titres de l’album :

                       1.Devil's Grip

                       2.Screams from the Grave

                       3.Hellripper

                       4.Suicidal Hate

                       5.Kill the Trends

                       6.Devilization

                       7.Feel the Pain

                       8.Sleepwalkers

                       9.Witche's Sabbath (Vulcano cover)

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par mortne2001 le 10/01/2019 à 17:04
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