Blind to Reality

Eternal Torment

22/12/2017

Autoproduction

Nous devisions il y a peu sur le fondamentalisme d’un BM de tradition, glosons donc maintenant sur la pratique d’un Death de précision. Après tout, tout le monde n’a pas l’innovation comme ambition, et certains se sentent même à l’aise dans des standards de production éprouvés, qui leur permettent de s’exprimer pleinement et de laisser transparaitre leur vraie nature. Celle des Australiens d’ETERNAL TORMENT est très brute et pure, et se complaît dans un Death de première fournée, sans chercher à le faire évoluer. Grand bien leur en fasse, puisque leur musique exerce un pouvoir de fascination certain, sans chercher midi à quatorze heures, ni CANNIBAL CORPSE dans le camp des poseurs. Eux ont l’attitude, et le son, manque encore un poil d’audace dans les compositions, mais dans le fond, ce Blind to Reality est d’une franchise remarquable, évoluant dans un créneau assez banal à cheval entre Death primaire et Brutal Death incendiaire, sans privilégier l’un des deux camps. Choisissez le vôtre camarades, et si les estocades si chères à Chris Barnes sont vôtre coup de bélier quotidien, ce second EP/LP des originaires de Gold Coast vous satisfera jusqu’au bout d’une longue nuit perturbée de cris enragés et de rythmiques pilonnées. D’ailleurs, et en choisissant de se placer dans les rangs des défenseurs de la bestialité, le quatuor austral (Shane - batterie, Chris - guitare, Dion - basse et Gus - chant) nous offre une jolie dualité, puisqu’ils optent la plupart du temps pour un instrumental qui en est assez éloigné, ce que les blasts d’intro de « Depose » nous prouvent sans regard détourné. Mais c’est justement ce qui fait la force de leur boucherie sonore, cette façon de respecter les dogmes tout en les adaptant à leur point de vue, et de celui de Blind to Reality, la réalité est légèrement altérée, ce qui a le don de rendre les sens un peu affolés.

Eux le sont aussi, et s’ils citent volontiers les sempiternels SUFFOCATION, OBITUARY, MORBID ANGEL, DEEDS OF FLESH, CANNIBAL CORPSE, DECAPITATED, INCANTATION, NILE, ou DEICIDE comme références avouées, c’est pour mieux les adapter et les transformer, ressemblant de fait à un gigantesque melting-pot classique, avec cette petite touche frondeuse qui les rend sympathiques. Se reposant conjointement sur une batterie qui se veut poumon de l’ensemble, et des guitares qui laminent, tranchent et désassemblent, ETERNAL TORMENT mise plus sur la puissance que sur la nuance, tout en s’autorisant quelques incartades catchy qui prennent par surprise (« Our Ignorance » et son motif mémorisable, plongé dans un bain d’acide Techno-Death tout sauf démonstratif et insipide), pour ne pas verser dans le rectiligne qui endort une fois les premières mandales encaissées. Certes, tout ceci est encore un peu trop timide pour se démarquer de la production pléthorique, mais celle dont bénéficie le quatuor est justement méchamment équilibrée et efficace, permettant à chaque instrumentiste de s’exprimer, sans avoir à hurler. On parvient même parfois à saisir les sinuosités d’une basse qui parvient à s’insérer («Blind To Reality »), et qui balaie son manche à la recherche de notes en complément. Il est certain que le point de focalisation de l’affaire reste ce percussionniste d’enfer, Shane, qui mitraille à tout va, et qui fait sonner sa double grosse caisse comme un tir de rafale, ne tolérant que peu d’espace entre les douilles qui tombent, parfois à un rythme affolant rendant les SUFFOCATION verts de rage (« Beyond Godlike »). Avec en sus un sens du timing parfait qui leur évite de trop laisser traîner les accélérations en plaçant pile là où il faut des inserts Heavy vraiment chauds, les ETERNAL TORMENT jouent avec nos nerfs et nous balancent face contre terre, avant de nous relever pour continuer un combat perdu d’avance.  Dans une catégorie poids lourds, ils ont fière allure et assument la couleur de leur ceinture, rouge sang évidemment, qui impressionne les adversaires, pas forcément fiers de s’avancer face à un tel mastodonte de sureté (« Black Blood », intro qui rampe pour grognements en démence).

Vous me direz que tout ceci est fort factuel et manque encore d’amplitude pour écarter les ailes, mais le but des australiens n’a jamais été de renouveler un genre dont ils se repaissent avec fierté, puisque le classicisme a toujours été leur objectif, qu’ils atteignent sans forcer avec ce second EP, faisant suite au cauchemardesque Descent into Madness publié il y a deux ans. Mais en terminant leur dernier round via un plus mixé « Abhorrence Embodied », les esthètes se permettent quelques allusions mélodiques au CARCASS le plus épique, ce qui achève de transformer ce second essai en belle preuve de validité. Aussi technique qu’il n’est viscéral, aussi typique qu’il n’est fondamental, Blind to Reality accepte au contraire la réalité de plein fouet, et donne une sacrée leçon de savoir-vivre Death, cruel, mais qui ne crache pas sur quelques prouesses personnelles. La technique et l’envie au service d’une musique aussi barbare que civilisée, voilà de quoi passer des fêtes de Noël enjouées, rêvant d’un beau caveau planté au soleil de la Gold Coast, de l’autre côté d’un monde qui n’a pas vraiment changé.

Embaumer c’est bien, mais embaumer vite et bien, c’est encore mieux.


Titres de l'album:

  1. Depose
  2. Black Blood
  3. Our Ignorance
  4. Blind to Reality
  5. Beyond Godlike
  6. Abhorrence Embodied

Site officiel


par mortne2001 le 08/01/2018 à 18:04
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