Tous les chemins mènent à Rome parait-il…Dans l’antiquité, c’était le cas, dans les années 70, Rome est devenu New-York, puis Los Angeles dans les années 80. Aujourd’hui, Rome n’existe plus que sur la toile, et le réseau global est devenu la mégapole dans laquelle il faut constamment évoluer sous peine de se voir enterrer sous une couche d’oubli. Mais finalement, personne n’a pu oublier l’importance de Los Angeles sur la scène Hard mondiale, ces années de débauche, visuelle, comportementale, cette exubérance qui transformait des clodos d’hier en héros d’aujourd’hui. Sans bouteille de Nightrain, il était possible de survivre en commandant des pizzas juste avant l’heure de la fermeture, et les récupérer dans les poubelles. On piquait dans le sac des copines de quoi s’acheter à boire, et vogue la galère, de salles de répète à la scène du Whiskey ou du Roxy…En France, la donne était légèrement différente. Les assedics, les minima sociaux, ou le travail ponctuel à l’usine vous permettaient de vous retrouver trois ou quatre fois par semaine, ou le weekend pour répéter avec les potes, élaborer un répertoire, et gloser pendant des heures sur votre rêve. Ce rêve d’être l’égal des groupes étrangers que vous admiriez dans les magazines, et dont les chiffres de vente et les tournées pharaoniques vous faisaient tripper plus efficacement qu’un pauvre joint roulé entre deux morceaux. A l’époque, aucun de nos groupes ne pouvait rivaliser avec les pères fondateurs, avec les allumés de L.A, et il fallait souvent se contenter de pauvres concerts organisés à la hâte dans des MJC, en attendant de trouver une première partie potable qui vous faisait presque rentrer dans vos frais. On le sait, Paris, Bordeaux, Le Mans n’ont jamais été la Californie, et un groupe qui faisait mine de s’exporter aux USA était systématiquement et méthodiquement enfoncé par ses petits camarades, qui trouvaient toujours une bonne raison de vous cracher dessus et d’étaler leur mépris dans les interviews. En y repensant, et en mettant l’affaire FISC entre parenthèses, je me demande ce qu’il serait advenu des BLACKRAIN dans les années 80 s’ils avaient osé tenter le hat-trick qu’ils ont réussi dans les années 2000. On les aurait sans doute conspué, argué de connivences familiales, de trahison, et pointé du doigt le fait que leur musique était complètement pompée sur celle des amerloques. Ils auraient sans doute eu plus de mal, beaucoup plus de mal, mais heureusement, leur carrière n’a pas commencé en 85 à Annecy, et leur premier album est sorti en 2006, une époque où la réussite d’un groupe français n’étonnait plus personne.

Excusez à l’auteur de ces lignes une certaine aigreur vis à vis de ses propres souvenirs. J’ai connu tellement de groupes approximatifs mais encensés par la presse parce qu’ils étaient français, et d’autres méritant descendus pour les mêmes raisons que je l’ai un peu amer dans la bouche. Moi, j’ai toujours adoré les BLACKRAIN, depuis leurs débuts, depuis ce fameux éponyme qui avait tout déclenché, et encore plus après avoir découvert l’hédonisme éclatant de License To Thrill. Je les ai interviewés, rencontré des gens charmants qui savaient exactement ce qu’ils voulaient, et qui faisaient tout pour l’avoir. Et quel mal y a-t-il d’afficher ses ambitions tant qu’on a le talent pour les assumer publiquement ? Car oui, je l’affirme, BLACKRAIN n’a jamais eu aucun concurrent dans ce style hautement casse-gueule qu’ils ont choisi, et totalement embrassé de leur look à leurs compositions. Des compositions toujours aussi bonnes, teen juste ce qu’il faut, respectueuses des codes mis en place il y a trente ans, et quelque part, annonciatrices de la vague old-school scandinave des dix dernières années. Pas étonnant dès lors que Swan se soit expatrié dans le pays du froid, puisqu’il y évolue parmi ses pairs, qui l’ont adoubé depuis longtemps. Mais puisqu’il faut coller à l’actualité, parlons-en. Et l’actualité, c’est ce sixième album, petit miracle en soi puisque presque aucun groupe des années 80 n’a réussi à dépasser le troisième ou le quatrième (dans le meilleur des cas), mais les BLACKRAIN, malgré les similitudes et autres images d’Epinal ne sont pas un groupe des années 80, mais bien des années 2000, les seules années capables de les accueillir avec la chaleur qu’ils méritaient. Et comme s’ils étaient conscients de cet état de fait, les boys se sont autorisés un sale regard en arrière avec ce Dying Breed, qui les présente comme une espèce en voie de disparition. Les cheveux longs, le cuir, l’attitude, tout ce barnum qui les rattache à l’histoire et qui semble aujourd’hui définir une personnalité dont personne ne veut, une attitude de rockeur très peu en phase, mais ont-ils vraiment cure du qu’en dira-t-on ? Non, ils ont toujours fait ce qu’ils voulaient, même si les rêves de grandeur semblent avoir été remisés au placard pour privilégier la seule approche possible. L’honnêteté, le fun, et la joie de jouer.

Pour en revenir aux bases, exit les prods de Jack Douglas, et welcome back Chris Laney (CRASHDIET, CRAZY LIXX, PRETTY MAIDS), celui-là même qui avait produit le jouissif  License to Thrill en 2008, la véritable explosion du groupe. Conçu et enregistré en Suède, Dying Breed renoue donc avec la morgue des débuts du groupe, cette façon bravache de regarder le monde de haut sans se prendre pour des divas, de prendre une mode d’hier pour en faire un lifestyle d’aujourd’hui, et sous cet aspect-là, Dying Breed bat le haut du pavé et nous permet de retrouver le groupe que l’on a toujours aimé, expurgé de toute prétention un peu trop marquée. Un groupe capable de composer un hymne toutes les cinq minutes, de piquer un riff à MÖTLEY pour en faire un tube party totalement perso (« Hellfire »), un groupe capable de niquer la concurrence avec un chanteur au timbre si nasillard que même les KIX en sont verts de jalousie, en gros, un groupe parfaitement unique, bien à nous, et pourtant citoyen du monde entier. Pas de méprise s’il vous plaît, It Begins, et Released étaient bons, très bons, mais tellement policés et calibrés qu’on en venait à regretter l’abrasivité des débuts et cette violence de fond. On se disait que sur le chemin de la professionnalisation et de l’acceptation par les hautes sphères, les mecs s’étaient perdu en route, mais avaient crânement tenté leur chance et remporté leur pari. En 2019, le nom de BLACKRAIN est si bien établi qu’ils peuvent se permettent un retour plus roots que la moyenne sans paraître passéistes ou opportunistes, eux qui ont été old-school avant même que le terme ne revienne à la mode. Entendons-nous bien. Ce sixième chapitre ne propose absolument rien que le quatuor ne nous ait offert en dix ans. On y retrouve cette façon trépidante de trousser un couplet roublard pour nous exploser d’un refrain collégial et revanchard, ces breaks qui dynamisent et ces soli qui dynamitent, et des hits à la pelle, qu’ils soient amenés par l’énorme basse de Matthieu (« Blast Me Up »), ou une explosion globale à la Bob Rock (« We Are The Mayhem »). On jugera de la pertinence des instants plus sensibles (« All Angels Have Gone », mignon, mais on a toujours préféré « Love Bomb Baby » à « Heaven » chez les TIGERTAILZ), vite ramenés à proportion congrue par le groove diabolique et le phrasé emphatique (« Public Enemy », l’un des plus Heavy).

L’album, équilibré, se partage toujours entre Rock vraiment dur et Heavy pas vraiment sûr, avec toujours en exergue cette rythmique énorme de Matthieu et Frank F, l’une des plus sous-estimée du circuit mondial. « Like Me », plein d’ambivalence contraste avec la franchise punky de « Nobody Can Change », un aveu implicite qui en dit long sur la conscience que les mecs ont d’eux-mêmes, et en cerise sur le gâteau qui n’en avait pas vraiment besoin, les gars se fendent d’une reprise de la scie radiophonique « Ça Plane pour Moi », avec toutefois moins de brio et de bêtise que les PRESIDENTS OF THE UNITED STATES OF AMERICA. On excusera ce bonus pas vraiment indispensable, pour la bonne raison que tout le reste l’est. Et si tous les chemins mènent à Rome, tous ceux qui vont vers le fun convergent vers les BLACKRAIN. Inutile de tergiverser, de chercher un raccourci, un autre chemin ou une déviation, c’est comme ça, depuis 2006. Et tous les GPS du monde vous diront la même chose. Comme l’auraient indiqué les cartes Michelin du Rock des années 80.          


Titres de l’album :

                        1. Dying Breed

                        2. Hellfire

                        3. Blast Me Up

                        4. Nobody Can Change

                        5. Like Me

                        6. All Angels Have Gone

                        7. We Are The Mayhem

                        8. Rock Radio

                        9. Public Enemy

                       10. A Call From The Inside

                       11. Jenny Jen

                       12. Ça Plane pour Moi

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par mortne2001 le 02/10/2019 à 17:01
80 %    303

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Morbid
@78.192.38.132
03/10/2019 à 22:00:08
Risible à s'en taper le cul par terre ! Et c'est déjà ça en ces temps moroses ! Merci Blackrain.

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