Take A Chance On Rock & Roll

Couch Slut

01/05/2020

Gilead Media

Alors que je parcourais les traditionnels Tops de fin d’année, je suis tombé sur un billet d’humeur tout à fait intéressant : les dix meilleurs albums de 2020 que vous n’avez pas écoutés. Amusé par le ton distancié et élitiste de l’auteur de cette notule, je souriais intérieurement en constatant qu’il y faisait figurer le troisième album des COUCH SLUT, l’un de mes groupes fétiches. Et alors que je félicitais intérieurement le journaliste responsable de ce choix, je sentis tout à coup une perle de sueur glisser sur mon front, avant que le doute ne m’assaille pour de bon : étais-je certain de vous avoir entretenu de cette nouvelle explosion de rage alors que le compteur 2020 de mes chroniques explosait ? Après le doute, vint la peur, celle d’avoir fait l’impasse sur ce LP alors que j’avais parlé d’œuvres Ô combien plus dispensables. Mais le constat était là, viable et irréfutable : Take A Chance On Rock & Roll ne figurait pas dans le listing de mes reviews de l’année. Pour tenter de me dédouaner de cet oubli impardonnable, j’invoquais la COVID, la paranoïa ambiante, le manque de papier-toilette, les impôts, Netflix et ses programmes cérébrophages. Mais rien n’y fit, et le calme ne soulagea pas mon corps tremblant, et il me fallait réparer cette méprise au plus vite, puisque seulement quelques jours me séparaient de la fin de cette abominable année. Alors, me voici, prêt à vous parler d’un disque paru en mai dernier, et dont j’aurais dû chanter les louanges bien plus tôt, comme je l’avais fait à propos de My Life as a Woman et Contempt.  

So, here we go.

Il faut dire qu’en espaçant leurs deux derniers albums de trois ans de latence, les américains n’ont pas fait grand-chose pour nous alerter de l’urgence de leur retour. Le quintet, inamovible (Theo Nobel - batterie, Amy Mills - guitare, trompette, Kevin Wunderlich - guitare, Kevin Hall - basse et Megan O - chant), a pris son temps pour peaufiner dans les moindres détails cette troisième intervention, et autant dire que toutes les horreurs captées pendant l’enregistrement n’ont pas été effacées au mixage. On retrouve avec un plaisir masochiste ce Hardcore maladif, revendicatif, ce Sludge létal et pourrissant, et surtout, on retrouve avec délice la voix si particulière de Megan O qui n’a en aucun cas fait de thérapie depuis son dernier trauma. Mais lorsqu’on vient de Brooklyn, on envisage les choses différemment, plus violemment, de façon plus lucide, avec un regard franc et torve qui retranscrit la réalité telle qu’elle est : et la réalité là-bas n’est pas jolie-jolie.

En écoutant cet ironique Take A Chance On Rock & Roll, beaucoup se diront que le groupe a gardé son esprit intact, et son envie de chaos non édulcorée. Rien de vraiment neuf ne viendra frapper vos consciences, et le but du quintet est toujours le même. Abuser du larsen, jouer le Rock à fond, sans artifices, et tenir pour argent comptant les valeurs inculquées par les aînés d’UNSANE, de JESUS LIZARD, tout en louchant vers le présent des bruitistes les plus acharnés. Et pour faire simple et court, je pourrais utiliser une formule simple et choc. En réduisant les COUCH SLUT à une image frappante, celle de l’enfant illégitime des CLOSET WITCH et de PRIMITIVE MAN. L’urgence Core et Noisy des premiers, et la lourdeur emphatique et traumatique des seconds. Et l’image fonctionne encore une fois, puisque ce troisième chapitre de la saga nocturne des américains ne dévie pas d’un pouce de sa trajectoire initiale, comptant les cadavres sur le trottoir, et chantant les désillusions d’une ville à une armée de rats rampant dans les souterrains et les égouts. En vingt-neuf minutes à peine (du foutage de gueule après trois ans d’absence), le groupe reprend les codes utilisés sur Contempt, mais laisse le mépris de côté pour mettre en musique une sorte de rage résignée, cette rage symptomatique de cette année 2020 qui a vu tomber les héros les plus vaillants de la scène : les artistes, obligés de composer à la maison sans pouvoir défendre leur répertoire en live.

Comme d’habitude, cet album est tailladé d’une lame de rasoir rouillée, qui découpe la viande de façon aléatoire. Les morceaux, tronçonnés à l’aveugle se partagent entre longues litanies souffreteuses et éclairs de violence instantanés. Mais le cauchemar est bien réel, et lorsque Megan hurle son cathartique « I’m 14 », on se prend à rêver du fameux hit de Ted « redneck » Nugent, « She’s Gone », et son trop fameux « Well I don't care if you're just thirteen, you look too good to be true » parfaitement ignoble. Ici, la litanie s’accompagne de riffs bouillants et sans doute trop bouillis, de feedback excessif, de mélodies vénéneuses, et surtout, de cris à vous déchirer les tripes de la part de cette chanteuse qui sait admirablement bien parler de tout ce qui ne va pas dans le monde. Et la liste et longue. Et même cette trompette qui agonise dans un déluge de guitares en fusion ne parvient pas à apaiser notre âme. Pis, elle l’envoie heurter le bitume de la réalité nocturne avec un sadisme très à-propos.

« I'm 14 » est symptomatique de la démarche droite des américains, qui depuis leur émergence il y a quelques années, sont parvenus à rendre FUGAZI et MY BLOODY VALENTINE fréquentables. Mais dans le même ordre d’idées, « The Stupid Man », ne fait rien pour enjoliver le tableau, loin d’en faut. En jouant perpétuellement avec les codes du Hardcore, la bande se niche dans une caisse planquée dans une ruelle louche, et regarde, observe les passants, et leur mine déconfite. Lourdeur, oppression, imitation plus vraie que nature d’un BLACK SABBATH urbain, écorchures CARNIVORE sur fond de Noise Rock qui fait vraiment tomber l’humeur aussi bas que le cours du nickel. Mais les COUCH SLUT ne jouent pas que sur un seul tableau, et restent les spécialistes de l’attaque qui fait mal au foie et à la foi, et ce nouvel album réserve son lot de gros parpaings assénés sans la moindre pitié. Disposant d’un son toujours aussi diffus et compact, Take A Chance On Rock & Roll ne drague pas le Rock, mais vomit sur la face consensuelle du Hardcore moderne. « Carousel of Progress » sonne comme du MINOR THREAT repris à Noël dans une institution pour dérangés mentaux, pourtant fermée depuis des décennies. « - » a beau imposer le piano, il est cinquante secondes aussi gai qu’une litanie funèbre.

Non, encore une fois, rien n’est beau ou remarquable ici, et tout est gris et noir, à l’image de cette troisième pochette reprenant la charte graphique des deux premières. Et en nous laissant la tronche dans la boue de « Someplace Cheap », COUCH SLUT en arrive à ce constat inéluctable : aujourd’hui, tout est bon marché, même la vie humaine, et surtout, les rares espoirs encore en vente. Et je ne pouvais décemment pas terminer 2020 sans parler de cet album qui la résume à merveille. Du bruit, de la fureur, l’horreur, et la prise de conscience que l’avenir le plus proche sera encore plus déprimant. 

Joyeux Noël de merde, et bonne année pourrie.   


  

Titres de l’album:

01. The Mouthwash Years

02. Carousel of Progress

03. All The Way Down

04. The Stupid Man

05. In A Pig's Eye

06. Topless and Bottomless

07. I'm 14

08. -

09. Someplace Cheap


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par mortne2001 le 28/12/2020 à 15:15
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