Of Two Minds, Stages 1-2- The Ape and the Cage

In The Presence Of Wolves

30/06/2017

Autoproduction

Le nom le plus long, le titre à rallonge, tout ça sentait le Metalcore/Post-Hardcore à plein naseaux bouchés. Et pourtant, il arrive que l’odorat déductif se laisse abuser par des apparences trompeuses. Je sentais bien le truc pourtant, en appuyant sur la touche play du lecteur…Gros riffs, jump time, refrain maousse pour colosses en mousses, et hordes de d’jeuns à l’aguet, attendant fébrilement de nouveaux héros.

Ceux-là en seront pour leur frais, puisque l’audience cible de ce groupe-là est plutôt du genre mure, sans aller jusqu’à parler de quadras ou quinquas, qui se satisferont pourtant des volutes délicates des cinq morceaux d’un EP plus complexe qu’il n’en avait l’air au départ.

Enfin, EP, façon de parler. Pour un groupe de Hardcore, le format et la durée évoqueraient plutôt une double compilation, mais dès lors qu’on trempe ses orteils dans la mer progressive, le timing des marées prend un sens tout à fait différent.

Et oui, puisque vous l’avez sans doute remarqué, le mot est lâché.

Progressif. Il va falloir vous y faire, mais vous verrez, c’est très facile.

En restant éduqué, des présentations s’imposent. Les IN THE PRESENCE OF WOLVES sont donc un quatuor (Vini Stamato – basse/chant, Chris Capitanio – lead/ choeurs, Mason Ingling – batterie/chœurs et Jim Ellis – rythmique), originaire de Barrington, New Jersey, et nous offrent avec Of Two Minds, Stages 1-2- The Ape and the Cage leur seconde réalisation selon leur Bandcamp, qui mentionne un Thalassas publié il y a trois ans. Quatre musiciens, trois barbus fournis et un beau gosse au charme certain, pour une musique qui ne l’est pas moins, charmante, sans oublier la puissance au vestiaire.

Se réclamant d’influences diverses, les principales tournant autour de RUSH, PORCUPINE TREE, THE MARS VOLTA, MASTODON, OPETH, INCUBUS, YES, ou TOOL, le groupe évolue dans un créneau de Rock/Hard-Rock progressif de facture classique, intégrant quelques éléments de Jazz, de Pop ou même d’expérimental alternatif (pour peu que l’expression ait un sens…).

Et en écoutant attentivement les cinq chapitres d’Of Two Minds, Stages 1-2- The Ape and the Cage, il est tout à fait possible de compléter le tableau avec la palette de couleurs de DREAM THEATER, Steven Wilson, et même PERIPHERY pourquoi pas dans les moments les plus agités, sans perdre de vue la scène de Canterbury, manifeste sur l’entame « As We Speak, Pt 1 » par touches fugaces…Ce morceau d’ouverture pourra d’ailleurs aiguiller les néophytes dans une mauvaise direction Pop, puisque le clavier en domine les premières minutes, survolé d’un chant subtil aux accents presque féminins, avant que la guitare ne se décide à lâcher un riff purement Rock grungy.

Les réminiscences de RUSH transpirent jusqu’aux échos très Geddyliens du chant, un peu nasillard et assez aigu, sans que l’on puisse parler de plagiat, même si les fantômes de Presto ou Moving Pictures planent au-dessus de nos têtes.    

Mais dès « The One Who Fell to Earth », l’ambiance évolue et se veut beaucoup moins feutrée, et beaucoup plus expansive. Dès lors, les musiciens commencent à montrer ce qu’ils ont dans le ventre, et à se lancer dans une folle sarabande de plans logiques et coulés, qui nous emportent dans une valse à la PORCUPINE TREE/DREAM THEATER endiablée, sans pour autant coller de trop près aux préceptes des deux monstres sacrés.

Ne craignez cependant pas une énième variation sur mode démonstratif, puisque les IN THE PRESENCE OF WOLVES sont des esthètes, mais aussi de solides compositeurs, qui préfèrent mettre leur dextérité au service de leurs morceaux, plutôt que de proposer de jolis écrins vides à remplir de technicité outrancière plaquée or. La preuve formelle nous en est apportée par « White Noise », qui se nourrit de finesse et de textures mélodiques enchevêtrées, tout en lardant la délicatesse de force rythmique, louchant sévèrement sur les premiers albums de la bande à Petrucci et Portnoy.

« The Ape and the Cage » prend son temps, et distille pendant dix minutes une litanie hypnotique et harmonique qui synthétise des courants aussi différents que le Folk, le Rock, le Jazz, et laisse tous les instruments respirer un air de liberté, permettant ainsi à la basse de prendre en charge les opérations de ses notes rondes et autres glissandos fluides.

On penserait même avec un peu d’imagination à une incarnation soft des CYNIC, si la patine Pop n’était pas aussi forte sur les breaks les plus aériens. Les riffs se multiplient comme les images dans un rêve éveillé, et les mélodies disputent le terrain aux constructions rythmiques élaborées, qui une fois encore ne cèdent jamais à l’esbroufe déplacée.

Arpèges, picking, déliés, rangs serrés, riffs agressifs et intermèdes planants, la panoplie est complète et se montre sous un autre reflet via « M.U.A. (Manipulation Under Anesthesia) », final homérique.

Ce morceau est d’ailleurs un climax approprié, qui reprend les thèmes énoncés précédemment, tout en ouvrant d’autres pistes, avec toujours ce chant très juvénile, qui implore tout autant qu’il ne harangue. Polyrythmie, arythmie, et torrents de violence sous contrôle, pour une ultime accélération d’inspiration qui décidément ne supporte aucune limite, et se rapproche des frontières les plus surveillées de PERIPHERY ou WASTEFALL.

Of Two Minds, Stages 1-2- The Ape and the Cage est un spectacle auditif intégral qui nous offre un numéro de funambule d’une dextérité extraordinaire. On visualise très bien l’artiste sur son fil, marchant prudemment, puis esquissant quelques sauts de cabri, avant de stopper net pour se lancer dans une course folle, sans filet, mais conscient du danger de l’excès de confiance.

Et plus concrètement, ce nouvel EP des américains d’IN THE PRESENCE OF WOLVES est un témoignage de bonne volonté, qui prouve que le Metal/Rock progressif à encore des choses à dire, pour peu qu’il renonce à ses astuces les plus prévisibles et pompeuses.

Un art délicat, qui consiste à trouver le juste milieu entre la puissance et la nuance, art que le quatuor maîtrise à merveille. Comme un loup que l’on chercherait à rendre plus docile, et qui accepterait les caresses tout en montrant les dents.


Titres de l'album:

  1. As We Speak, Pt. 1
  2. The One Who Fell to Earth
  3. White Noise
  4. The Ape and the Cage
  5. M.U.A. (Manipulation Under Anesthesia)

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 29/07/2017 à 14:57
85 %    518

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Voyage au centre de la scène : ASSHOLE

Jus de cadavre 17/01/2021

Vidéos

Eluveitie + Korpiklaani 2010

RBD 08/01/2021

Live Report

Sélection Metalnews 2020 !

Jus de cadavre 01/01/2021

Interview

Welcome To My Nightmare

mortne2001 26/12/2020

From the past

IXION : entretien avec Julien

JTDP 16/12/2020

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
jtdef

Avec Joe Bidon et l'imposteur Harris ils sont mal barrés.

24/01/2021, 21:11

Gargan

J'étais sur la défensive, le hard français des 80s étant pour moi ce que l'ail est à la mauvaise haleine, mais là, effectivement, c'est nase.

24/01/2021, 20:39

Gargan

HumHUM... On en parle du clip de sors immanis ? 

24/01/2021, 20:17

Jus de cadavre

Encore une putain de sortie signée Iron Bonehead...Du Death de puriste. Les mecs sont restés bloqués dans une faille temporelle. Excellent.

24/01/2021, 16:12

Kairos

Si tu veux pas passer pour un connard prétentieux, fais l'effort d'expliquer ce que moi pauvre idiot n'ai pas compris, mais de façon courtoise, sinon je t'invite juste à fermer ta gueule

24/01/2021, 14:08

Orphan

Kairos, tu ferais mieux de fermer ton claque merde et en rester au métal.La politique Américaine, et manifestement la population de banlieue et ce qu'il s'y passe, tu ne maitrise pas !Et toi qui parle de lumière à tout les étages....

24/01/2021, 11:30

Invité

En soi le morceau est correct, mais j'ai juste attendu 4'50 un break guerrier qui te roule dessus et que ça parte...

24/01/2021, 10:39

Invité

Le kitsch et le ringard Made in France. Jamais copié, jamais égalé. Manque plus qu'un guest de Renaud Hantson et on coche toutes les cases du Hard à la Française des années 80.

24/01/2021, 10:33

Bones

Acheté ce matin en version simple (le digibook propose en bonus un DVD live qui ne m'intéressait pas plus que ça - youtube regorge de ce genre de trucs, ça ne vaut plus vraiment le coup de casquer pour des captations vidéo). 2 premières &(...)

23/01/2021, 23:25

Satan

A Simony : Je suis bien d'accord concernant "Alpha Noir" (mais n'oublie pas "White Omega" qui lui est beaucoup plus intéressant je trouve, avec ce côté Type O hyper assumé) et "1755" qui sont de vrais ratages. Surtout ce dernier q(...)

23/01/2021, 21:54

totoro

De manière générale, j'aime beaucoup Moonspell. Et je rejoins tout à fait l'avis de Satan sur les albums "cultes" du groupe. Et Simony, on a le même parcours concernant les lisboètes. Découverts avec "Sin/Pecado" qui re(...)

23/01/2021, 20:18

Simony

Idem, j'ai tous les albums jusqu'à Extinct et je suis assez d'accord sur Darkness And Hope, The Antidote. J'aime beaucoup The Butterfly Effect par exemple, Memorial, Night Eternal, Extinct tous ces albums sont très bons pour moi, avec Alpha Noir c'est d&eacu(...)

23/01/2021, 18:47

PtiMich

Ca fait du bien de revoir des trombines de l'époque !Faut absolument faire une émission sur NYHC* de l'époque ! (NancY Heavy Clan*)

23/01/2021, 17:48

Buck Dancer

Toujours une bonne nouvelle la sortie d'un nouveau Memoriam!!! 

23/01/2021, 15:39

RBD

Ils avaient collaboré avec les Krupps, aussi. À défaut d'être parmi les meilleurs dans un pays où la concurrence était relevée, ils étaient assez passionnés pour se reformer quand le revival Thrash est arrivé.

23/01/2021, 14:57

Moshimosher

La lecture de ces runes ne me semble pas très orthodoxe... pas inintéressant mais ça ne me semble pas si folk que cela... même si ce n'est pas complètement hors-sujet non plus...

23/01/2021, 14:41

Moshimosher

Ah... la douceur d'occire ! Reposons En Guerre avec Memoriam ! \m/

23/01/2021, 14:05

Humungus

Hâte d'entendre tout l'album pour me faire un avis plus éclairé.Quoi qu'il en soit, la voix du Bobby me fout toujours les poils et si la galette est à l'instar de ce titre, achat obligatoire !

23/01/2021, 13:10

Humungus

!!! BOLT THROWER est mort !!!!!! !!! !!! Vive MEMORIAM !!! !!! !!!

23/01/2021, 13:02

Humungus

1) Pardon, en me relisant, je me rend compte que je me suis très mal exprimé :J'adore MOONSPELL jusqu'à "Irreligious" inclus."Sin peccado", quoi que encore écoutable, c'est pour moi le début de la fin.2) Sa(...)

23/01/2021, 13:01