Les concerts s'enchaînent en ce moment, mais la lassitude n'est pas en vue grâce à une programmation qui s'écarte encore parfois de ses fondamentaux. Par chez nous il n'est pas courant de voir une affiche orientée Electro Indus, même bien coupée au Metal comme celle-là. Comme c'était la seule date de la tournée de Combichrist dans le Midi, beaucoup de gens sont venus d'assez loin comme le confirmaient les plaques du grand nombre de voitures garées aux abords de la salle. Avant même d'entrer, on savait donc que c'était un succès public.

Cette fois encore j'ai raté une partie du set du trio LECKS INC, venu de Provence en voisins comme groupe inaugural. Pareillement à leurs compatriotes l'autre soir, le groupe devait déborder un peu de la scène déjà investie par le matériel d'autres groupes et occuper ce qui est habituellement la fosse. L'espèce de zombie cyberpunk arboré sur une bannière de côté faisait office de quatrième mousquetaire, juste derrière le grand guitariste bardé de symboles antichrétiens plus dans un style Alien Vampires que Gorgoroth. La batteuse faisait correctement le boulot et le chanteur, probablement tête pensante du groupe, posait un peu. Tous les trois étaient grimés à la mode Dark Electro avec le visage blanc et une bande noire à hauteur des yeux, mais leur musique était bien plutôt un Metal Indus assez lyrique, aux plans pas franchement originaux mais souvent changeants. On pensait aux vieux Manson en plus Metal, avec ce chant un peu nasillard.


Plus âgés et comptant un membre de plus, TERROLOKAUST promettait de monter un peu le niveau. Leur Electro Indus Metal se rapprochait plus à première vue de Skinny Puppy, Hocico avec la grosse différence d'avoir un chant sans filtres, me rappelant bizarrement celui d'Eddie Vedder dans ces conditions live. La batterie dominait lourdement le mix, le fond de sauce charleys-coup de caisse étant servi sous diverses variations, au détriment du synthé et des samples sur le côté. Étonné de remarquer que le chanteur prononçait correctement "Montpaillier" (et non pas "Montpeullier" comme la plupart des gens), je compris un peu plus tard quand ils se présentèrent comme venant de la Catalogne espagnole, d'autres voisins ! Au fil des titres, la présence de la guitare, ce chant naturel à l'accent fort éloigné de l'anglais faisaient pencher l'ensemble vers la ressemblance avec nos Punish Yourself sans le côté Punk, ni la qualité de jeux d'éclairages à laquelle nous ont habitués les Toulousains. À l'oreille sans le visuel, on aurait pu rapprocher ce Metal Indus du Néo de l'époque à la Static-X, aussi, dans ses passages les plus faciles et encore une fois avec ce chant qui cherchait à exprimer quelque chose au lieu de se contenter de cracher une folie haineuse à travers des distorsions poussées à fond. Remarquez que cette sobriété limitée au cuir noir et à des visages à nouveau peinturlurés n'était pas déplacée. Avec un mix plus équilibré (difficile à obtenir en live) et de meilleurs spots, cela aurait aurait été encore mieux. J'ai laissé tomber ce style précis depuis un bail mais on pouvait bien se trémousser le popotin sans se prendre la tête.


J'avais écouté COMBICHRIST dans la période "TBM" des tous débuts, quand Andy LaPlegua était encore installé en Norvège et menait de front aussi Icon of Coil, Panzer AG et j'en passe, et que ce projet-ci excluait encore les guitares Metal du mélange d'Indus Rythmique et de Dark-Electro. Cela donnait un son assez technoïde en effet, et l'un des titres emblématiques de cette époque était balancé par les enceintes pour chauffer le public dans les dernières minutes de l'intermède. Était-ce vraiment nécessaire ? Je constatais dans ces instants que si pour ma part je me suis éloigné, Combichrist a gagné une base de fans bien accrochés, dont l'enthousiasme explosa à mesure que le groupe arriva. Au lieu d'avoir un claviériste ou un programmateur sur scène, ce sont deux batteurs qui occupent l'essentiel de la scène, le blond à droite étant plus spectaculaire que l'antillais (?) à gauche. Les deux jouent la même chose (je n'ai jamais été convaincu de l'utilité d'avoir deux batteurs comme on peut avoir deux chanteurs ou deux guitaristes) mais au moins ça assure une puissance redoutable au rythme. Avec les gros riffs d'Eric 13 et la voix rauque et bien virile du chef qui arpentait la scène d'un bord à l'autre en hélant avec autorité et chaleur ses fidèles, le groupe rappelle avec autorité que le Metal Industriel est un jeu de bourrins aussi violent et primaire que celui dit extrême, quand on le veut. Les multiples basses programmées sont typiques d'une Power Noise vulgarisée et se coulent très bien à cette formule en y apportant la dureté nécessaire. Elles étaient si fortes, quand la guitare ne jouait pas avec, que j'ai senti plusieurs fois mes yeux vibrer dans leurs orbites !

L'assistance bougeait et la température de la petite salle monta aussi brûlante qu'avec le GrindCore ou le Thrash des précédents jours, et des circle-pits assez virils se lancèrent plusieurs fois. Je me laissai à nouveau prendre volontiers à ce mélange explosif, qui a gagné en impact ce qu'il a perdu en finesse. Quelques vieux titres écrits sans guitare à l'origine se fondirent très bien dans cet ensemble. L'ambiance clairement Metal du concert était loin de celle froide et austère des sets de pure Indus rythmique sans paroles. Comme d'autres classiques avant, Combichrist a trouvé une formule qui marche en franchissant à son tour cet interdit, se nourrissant allègrement du fruit interdit à six cordes. De même, l'esthétique ne se réfère plus tellement aux spectres fluorescents de l'Aggrotech mais la virilité des riffs et des paroles pas franchement délicates (…) rendent l'ensemble trop efficace pour avoir besoin de se cacher derrière des déguisements outranciers. Le set se déroula jusqu'à son terme sans accroc, professionnel et sincère, nous laissant à nouveau suffoquant, sur les rotules, et un peu meurtri sur les pieds et les flancs.


Même si l'ensemble était bien chargé cette soirée un peu différente restera un bien bon souvenir, pour quelqu'un qui s'intéresse aussi à l'Electro Indus dans une région d'Europe que les tourneurs spécialisés négligent habituellement. Mais un peu de repos va nous faire du bien, plusieurs concerts rapprochés valent bien une journée complète de grand festival.


par RBD le 17/07/2019 à 09:17
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"le premier vecteur d’appréciation d’une œuvre, c’est sa capacité à déranger et à bousculer."
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C'est effectivement très court, mais ça semble bien sonner à mes oreilles de néo-amateur du groupe. J'attends la suite !


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