Thrash, Hardcore ou plus simplement Heavy Metal ? On s’est souvent posé la question à propos de certains groupes qui semblaient n’appartenir à aucun de ces sous-genres, ou à l’inverse à tous. L’exemple du SUICIDAL TENDENCIES de la fin des années 80 fut le plus probant, mais d’autres nous ont titillé l’imagination. ANNIHILATOR (quoique leur versant Hardcore fut limité à la voix de Randy Rampage sur le premier album), et puis certainement beaucoup trop pour que je les recense en ces lignes. Mais ajoutons un nouveau nom bizarre sur cette liste étrange, celui de HELLNITE dont le parcours n’est pas moins étonnant que sa musique. Fondé du côté de Mexico, puis exilé à Edmonton, Canada, par Carlos Paolo Belmar Nieva, cette entité a connu plusieurs naissances/mutations, d’abord sous le nom de MANIPULATOR, puis sous celui de HELLION, avant d’opter pour le plus connoté HELLNITE. Si étymologiquement parlant, la trajectoire n’est pas simple à suivre, elle ne l’est pas plus artistiquement, puisque ce trio (Carlos - chant/guitare, Ryan - batterie et Konnor - basse) semble prôner des valeurs multiples, qu’il s’ingénie à combiner dans une approche de biais intéressante dans le fond, mais pour le moins troublante dans les faits. Vendu par son label US Sliptrick comme chair à canon pour les artificiers fans de KREATOR, SLAYER, HAVOK, SKULL FIST, CARCASS ou DEATH, Midnight Terrors est l’archétype d’album soldé sur une réputation usurpée par des influences complètement hors contexte, puisque même avec toute la mauvaise foi en stock, il est difficile de les affilier aux groupes susmentionnés. En tant qu’agent, j’aurais plutôt conseillé les ex-mexicains et désormais canadiens aux accros de la différence sevrés à VOÏVOD, aux perfusés de Thrash diffus de WHIPLASH, aux malades de la brutalité étouffée de RAZOR, et même aux amateurs de plaisirs coupables et multiples goinfrés de NOMED. C’est vous dire si parler de ces trois-là n’est pas chose facile, d’autant plus que leur premier long bouffe à tous les râteliers, sans prendre la peine de mentionner les additifs sur le paquet.

D’ailleurs, et avec un peu de recul, est-ce encore du Thrash ? La référence Metal Archives colle le groupe dans un créneau Heavy/Thrash, les sites abordant leur cas les coinçant dans la case encore plus restrictive du Heavy tout court, mais les faits donnent raison à ceux qui voient en cette musique biscornue une forme très personnelle de Crossover, tel que certains groupes de série B ont pu le pratiquer à l’agonie des eighties ou à l’orée des nineties. Et du coup, la force du trio représente aussi sa faiblesse, puisque cette hétérogénéité qui le confine à l’hésitation est à la fois un point de focalisation notable mais aussi un point de perdition inévitable, chaque morceau semblant refuser la ligne de conduite du précédent pour tailler sa propre route. Les plus ouverts ne trouveront pas forcément ça gênant, et en restant à la surface, on peut très bien se contenter de cette valse-hésitation entre Heavy bizarre, Thrash presque gêné et sonorités Hardcore pas pleinement assumées, se demandant d’ailleurs de temps à autres si les HELLNITE n’ont pas engendré un nouveau style à eux-seuls, une sorte de Heavy/Thrash vintage joué en 1987, et enregistré en 2019. Et après une courte intro mélodique et acoustique, le groupe rentre au centre des débats, et se complaît dans une agression modérée, de celles que les trois Tony de WHIPLASH nous martelaient sur leurs premiers albums, la vitesse en moins, mais la fluidité en plus. Plaisant mais intrigant, le groupe n’hésite pas à utiliser tous les codes à sa portée, jouant le Metal comme des thrasheurs, et thrashant comme des coreux, la production mettant justement l’emphase sur cette brouille entre les frontières de ses dynamiques absentes et de sa patine générique et générale qui n’est pas sans rappeler les meilleurs OS des années 80. Bizarre, déstabilisant, mais séduisant et parfois efficace. D’un niveau technique tout à fait honorable, les trois musiciens s’amusent beaucoup à nous perdre sur la route des extrêmes, ne l’étant pas tant que ça d’ailleurs, et utilisant des riffs validés par les cadors de la grande époque (celle du KREATOR des 90’s par exemple, en filigrane) pour mieux se reposer sur des rythmiques modérées, mais aux pulsions tangibles.

Si le mid tempo souvent mis en avant pourra gêner les plus bestiaux, si la voix assez bizarre de Carlos Paolo Belmar Nieva rebutera les amateurs de vociférations plus diaboliques, si l’épaisseur des guitares ne séduira pas les fans d’un Hardcore plus foncièrement Rock N’Roll, les plus ouverts et curieux d’entre vous pourront se laisser tenter par ce mélange assez indéfinissable, spécialement lorsque les HELLNITE donnent le sentiment d’avoir publié en 1995 un album de Hardcore de 1988 (« Spirits Prevail »). Basse proéminente et simpliste qui se rappelle des débuts de la scène de Venice et de Californie, mélodies simplistes qui s’incrustent, et breaks qui s’accumulent pour un résultat déroutant, capable d’évoquer ATROPHY tout comme ACROPHET, tout en se rattachant à la mémoire chérie des RAZOR et autres HEXX. Pas franchement Heavy puisque trop brutal et Core pour ça, pas vraiment Hardcore car trop distordu et musclé, pas complètement Thrash car trop raisonnable, Midnight Terrors est à l’image de ce « Beasts from the Deep », les culs entre trois chaises, et les digressions Metal à la ANNIHILATOR perdues dans un univers à la CRUMBSUCKERS. Pourtant, parfois, on choisit plus clairement son camp, et on se laisse aller aux joies de la vélocité, mais même dans ces cas précis, le cocktail n’est toujours pas plus facile à identifier, les harmonies légères du Hardcore se heurtant à un mur Thrash aux briques pas forcément hermétiques. Il est même parfois possible de penser à la scène Thrash anglaise de la fin des eighties, le ridicule en moins (XENTRIX, SLAMMER…), via « Thrash of the Living Dead », mais une fois encore, alors qu’une direction plus claire semblait se dégager, « Darker than Black » pose les bases d’un instrumental aux dissonances à la VOÏVOD pour mieux nous laisser sur le bord de la route.

Au final, on se perd en conjectures, ne sachant jamais vraiment à qui et quoi nous avons affaire, peu aidés par des musiciens pas vraiment prêts à jouer la carte de la simplicité artistique. Heureusement, en dépit de ces tergiversations, l’ensemble reste convaincant, très même (« The Necromancer », toujours aussi de guingois, mais persuasif), et permet au moins aux HELLNITE de se faire un nom. Quant à savoir dans quelles circonstances il sera cité, c’est une autre affaire…           

 

 

Titres de l’album :

                        1. Projection (Instrumental)

                        2. Phantom Force

                        3. Spirits Prevail

                        4. Beasts from the Deep

                        5. Thrash of the Living Dead

                        6. Darker than Black (Instrumental)

                        7. Stage on Fire

                        8. The Necromancer

                        9. Midnight Terrors

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par mortne2001 le 18/08/2019 à 14:36
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