A l’origine, l’utilisation du saxo était une belle incongruité dans le domaine du Metal extrême. Et sans aller jusqu’à dire que l’infâme (en toute sympathie) a gagné son droit de cité, disons qu’il est de nos jours beaucoup plus facilement accepté. Les SHINING ont certainement beaucoup fait pour son acceptation, mais il manquait au palmarès de ce morceau de cuivre une légitimité autre qu’une simple anecdote sur papier. A trop vouloir bouger ses hanches au rythme du souffle dans les anches, le délicat groove de la machine servait plus ou moins de caution d’originalité pour groupes en mal de reconnaissance décalée, mais la donne pourrait changer. Car de Belgique nous en vient un nouveau combo désireux d’intégrer ses sonorités absurdes dans un contexte de violence, et autant admettre que le défi qu’ils se sont fixé est remporté haut la main par ce premier LP qui parvient enfin à trouver une justification à l’emploi d’une instrumentation hors-norme, tout en respectant les codes d’un style assez figé. D’ordinaire, ce satané truc anime les fluctuations morbides de Black metalleux d’avant-garde, ou de Post-metalleux un peu malade, mais dans ce contexte très précis, c’est un Death technique tout à fait probant qui sert d’écrin aux délires analogiques de ce saxophone si décrié, et le premier LP des originaires de Melsele de WOUND COLLECTOR pourrait vite devenir le modèle d’un genre qui ne fédèrera que peu de disciples, tant son homogénéité présente quelques difficultés de mise en place et de calquage. Car on le sait, une ligne de sax balancée à la va-comme-je-te-pousse dans une composition complètement excentrique est un délicieux plaisir, mais lorsqu’un solo chaud vient légitimement décorer un break intelligemment amené, la jouissance et la surprise n’en sont que plus grandes.

WOUND COLLECTOR, pour les néophytes dont je faisais encore partie ce matin, est un jeune gang, mais pas vraiment composé d’inconnus. Fers de lance d’une certaine frange extrême belge, ces quatre musiciens (Peter Verdonck - chant/saxophone, Kurt Hermans - basse/chant, Guy Van Campenhout - guitare/chant et Ben Van Peteghem - batterie) proviennent tous de références plus ou moins affirmées (OFF THE CROSS, ANGELI DI PIETRA, DRUNAR, EVERGLOW, BUTCHERED, WRETCHED VIXEN, et se sont donc regroupés pour donner corps à leur vision d’un Metal foncièrement brutal, qui ne rechigne toutefois pas à aménager des espaces de respiration assez bienvenus, histoire de ne pas se contenter de foncer bille en tête. Mais posons les jalons d’une analyse qui se dessine assez trouble. Le cadre concocté par le quatuor est du genre ouvert/fermé, et ne laisse que peu de place à une interprétation libre. En choisissant de baser leurs morceaux sur des trames évolutives, les WOUND COLLECTOR ne collectionnent pas seulement les cicatrices, mais aussi les problématiques à résoudre, et posent autant de questions qu’ils ne prodiguent de réponses. Pour rester dans un domaine généraliste, il est tout à fait possible de voir en leur musique un étrange mélange de SHINING, de SUFFOCATION, d’ACID BATH et d’ATHEIST, sans que les allusions à ces entités ne soit vraiment franches et délibérées. Mais ce qui aurait pu n’être qu’un énième gimmick sympathique et une anecdote amusante se transforme vite en accomplissement total, qui ouvre le champ des possibles, mais referme aussi pas mal de portes en termes d’évolution. Pour être plus clair, les belges en ne se refusant aucune possibilité tournent le dos à beaucoup d’éventualités, et prennent le risque de se voir condamnés à devenir trop bizarres, ou à rester coincés dans un genre qu’ils auront eux-mêmes inventé ? Death-Jazz ? Death-Jazz progressif ? Les deux catégorisations sont valides et caduques en même temps, et autant faire face à ma réalité, Eternal Bloodcult n’est pas du genre à se laisser labelliser sans se rebeller.

En juxtaposant la crudité la plus brutale à un désir évolutif patent, le quatuor bouscule les codes pour imposer les siens, plus restrictifs et plus ouverts à la fois. Si les morceaux possèdent tous ce fil rouge qui permet de suivre l’album comme une logique indéniable, ils n’en possèdent pas moins cette incontestable individualité permettant de les isoler. Titillant le Jazz, sous sa forme free mais aussi easy et lounge, Eternal Bloodcult exhale de ce délicieux parfum qui émane des œuvres sans catégorie, et qui se permettent de mixer des influences disparates au sein d’un même creuset d’inspiration. En confrontant d’énormes riffs typiquement Death, à des embardées rythmique inhérentes au même Metal de la mort, mais vu au travers d’un prisme multiple (Techno-Death, Brutal-Death, Death progressif), les WOUND COLLECTOR jouent avec le feu, un peu comme si un John Zorn assagi croisait le fer en improvisation préparé avec les ACID BATH de Paegan Terrorism Tactics, sous le regard bienveillant de l’arbitre AKERCOCKE. Et le duel tourne vite court tant on se rend compte que les deux opposants s’entendent en fait comme larrons en foire, ce que le morceau d’ouverture « Worship Of The Aton » prouve en moins de quatre minutes. Avec quelques réminiscences de la scène Deathcore la plus crédible, les quatre musiciens tissent une trame pour le moins inhabituelle, et n’attendent même pas le moment adéquat pour exhiber leur singularité, le saxo se plaçant aux avant-postes dès l’intro. De là, la cavalcade indispensable mettant la rythmique au diapason nous fait sombrer dans une violence sans barrière, mais au moins sommes-nous prévenus qu’à partir de là, tout peut arriver. D’autant plus que le maître de cérémonie Peter Verdonck se pose en conteur très crédible, soutenu dans sa tâche par deux autres organes vocaux qui permettent d’accentuer cette schizophrénie.

Schizophrénie qui n’empêche nullement la créature de faire preuve d’une attitude tout à fait cohérente. Sinuant entre la douceur d’un Metal progressif aux accents orientaux et la rudesse d’un Death très sombre mais probant (« Bloodcult »), ou se perdant dans les méandres d’un Sludge vraiment poisseux illuminé de notes s’évaporant dans le lointain (« Hopelesness », qui n’épargne aucun changement de tempo), Eternal Bloodcult fait gicler le sang spirituellement, et nous entraine dans un monde où tout est possible, du moment que l’extravagance de violence répond à des exigences de pertinence indéniables. Et entre une intro Post-Metal parfaitement onirique découlant sur une orgie de barbarie digne des origines (« Divine Music, Unholy Flesh », joli contraste pureté/fiel), et une démonstration de virulence aussi progressive que véhémente (« History Of Torture », l’un des plus fièrement brutaux du lot), le tableau est complet, verni et encadré, et vous n’avez plus qu’à l’accrocher dans votre salon pour le faire admirer à vos invités médusés. Alors, le saxo et le Death Metal, c’est une affaire qui roule ? Oui, mais qui amasse de la mousse au passage, et qui à la fin, ne ressemble à rien d’existant. Plus qu’une curiosité, cet album des belges de WOUND COLLECTOR est une réussite effrontée, qui laisse une interrogation flotter en suspens. Parviendront-ils à tenir la distance et à se renouveler ? Peut-être, sans doute. A moins qu’ils ne se contentent d’un one-shot. Mais cela serait dommage.          

   

Titres de l'album:

                    1. Worship of the Aton

                    2. Bloodcult

                    3. Recapturing the Throne

                    4. Crucifixio to the Inverted Cross

                    5. Divine Music, Unholy Flesh

                    6. History of Torture

                    7. Hopelessness

                    8. Only Corpses Remain

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par mortne2001 le 27/06/2018 à 14:31
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