Sans tricher et regarder sur Wikipedia ou Encyclopedia Metallum, êtes-vous capable de me citer un groupe ou un artiste venant de Chypre ? Oui, non, moi non plus, et autant dire que cette nouveauté du label danois Mighty Music m’arrange bien pour situer ce pays sur la carte musicale mondiale. Toujours avide d’inédit, cette maison de disque célèbre vient de réaliser un bon coup en signant le plus gros groupe de Rock chypriote, mais il serait malvenu de ne considérer cette opération que sous un point de vue mercantile, même si les objectifs des deux parties semblent clairs. Il faut dire qu’en prenant en compte le parcours des MINUS ONE, il est difficile de se montrer objectif et uniquement artistique, puisqu’il semblerait que la seule obsession de ce quintette soit de se faire connaître hors de ses frontières, peu importe le ou les moyens. Et le meilleur moyen selon eux de s’exposer internationalement à grande échelle fut de participer au concours Eurovision de la chanson, comme France Gall ou ABBA avant eux. Déjà sélectionnés en 2015 pour participer aux phases finales nationales, ils ont été choisis en 2016 sans passer par les présélections pour interpréter « Alter Ego », et finir malheureusement à la vingt-et-unième place. Mais malgré cet échec d’apparence, le titre finit par devenir un hit virtuel tout à fait crédible, et contaminer Spotify et iTunes, au point de transformer cette place modeste en triomphe numérique, les lançant définitivement comme l’attraction chypriote à la mode. Mais malgré toutes ces considérations de popularité et promotionnelles, il serait profondément injuste de nier les qualités musicales que MINUS ONE expose tout au long de ce premier album, qui se veut aussi séduisant mélodiquement qu’outrancièrement populaire dans le fond et la forme.

Oui, le désir intrinsèque de ces cinq musiciens (Christopher Ioannides - batterie, Constantinos Amerikanos & Harrys Pari - guitares, Max-o-Matic - basse et Andreas Kapatais - chant) est de plaire au plus grand nombre, et de pouvoir continuer à arpenter le monde (ils ont déjà tourné en Angleterre, aux USA, en Grèce évidemment, mais également en Italie, en Autriche ou en Russie) pour jouer leur musique de façon enthousiaste devant des foules de plus en plus compactes. Mais quel mal y-a-t-il à ça lorsque la musique concernée est exubérante, positive, et parfaitement plaisante ? Certes, et en s’en tenant à un contexte Hard Rock puriste, il est difficile d’affilier les chypriotes à un créneau particulier, puisqu’ils semblent bouffer à tous les râteliers, mais l’éthique étant ce qu’elle est, et si terriblement subjective, qu’il convient de la mettre de côté au moment d’écouter cet album qui n’est rien de moins qu’une mine de hits, et qui aligne les refrains anthémiques avec une assurance digne des meilleurs représentants du genre. Dès lors, inutile de leur reprocher cette intention de fédérer, puisqu’ils y parviennent, et si les arguments promotionnels s’adressent aux fans de H.E.A.T, d’ECLIPSE, d’IMAGINE DRAGONS et MUSE, la réalité des faits est un peu plus complexe que ces quelques comparaisons lapidaires destinés à flatter les amateurs de mélodies bombastic dans le sens du poil. En fait, et sans chercher une acuité absolue qui n’est pas à-propos, on pourrait facilement affirmer que Red White Black se sert d’une trame de Metal alternatif moderne pour un broder des thèmes Pop d’une efficacité redoutable, et ainsi sonner comme un gigantesque crossover entre les MADINA LAKE, THE STRUTS, DIAMANTE, THE HARDKISS et ECLIPSE, soit la quintessence d’un Rock subtilement électro destiné à faire danser le public et chanter en chœur au paradis. Impossible de nier cette réalité, mais en substance, et en se montrant clément sur l’aspect le plus putassier du dossier, ce premier album des originaires de Chypre est aussi enthousiasmant qu’il n’est générique, et autant avouer que l’on dodeline volontiers du chef en plus d’une occasion en écoutant leurs chansons.

Et ils ont mis tous les atouts de leur côté pour réussir leur mission. D’abord, en confiant la production à Soren Andersen au Medley Studio (Mike TRAMP, Glenn HUGHES, ARTILLERY), qui leur a tricoté un son énorme, aux basses gonflées et aux guitares affûtées, et en soignant tous les aspects de composition, imposant des couplets rusés découlant sur des refrains certes un poil usés, mais aux motifs intergénérationnels qui laissent pantois d’admiration. Beaucoup d’intelligence dans le fond donc, et de la pertinence dans l’action, puisque même en traquant la moindre erreur de parcours, impossible de relever la moindre faiblesse dans cet édifice à l’unité des peuples. S’il est évident que la plupart des fans de Metal aborderont la chose avec circonspection, une partie de la frange lectrice de ce webzine ne manquera pas d’adhérer au propos, et ce, dès « The Greatest », qui de son intro Electro et de son beat costaud vous fouette de son riff béton finement nuancé d’acoustique atténuée. On sent dès le départ que le quintette chypriote a conçu ses compositions dans l’éventualité d’un live, et l’efficacité de celles-ci in situ est palpable tant les enceintes vibrent de plaisir au son de ces hymnes à la liberté et au plaisir de jouer une musique sans bannière pour une promotion sans barrière. On retrouve-là le groupe qu’on avait aimé découvrir dans le contexte guindé de l’Eurovision, toujours aussi doué, et « How Does It Feel » de confirmer que les olibrius le sont, et capables d’accoucher de hits dorés, mélangeant les guitares féroces et les rythmiques pas vraiment rosses. Aucune méchanceté dans le dossier, juste une énorme envie de partager, et si l’art scandinave pour les harmonies enchevêtrées est constamment célébré, on retrouve aussi des éléments de taylorisme musical up in time US estampillé 2K, pour une farandole de sons et de sensations, certes polies jusqu’au trognon, mais très efficaces et assez décoiffées pour ne pas passer pour des mignons.

Et si la pochette rappelle le « School’s Out » du COOP sans la petite culotte vulgaire, le TWISTED SISTER de « I Wanna Rock » ou le MÖTLEY de « Smokin’ In The Boys Room », aucune de ces références historiques ne trouve asile sur ce premier album qui préfère s’incruster dans son époque que de passer pour du rétrograde accommodé. Mais on tombe de ci de là sur du Hard-Pop assez futé, joué avec une désinvolture flegmatique parfaitement anglaise (« Red Black White », que les STRUTS auraient pu imposer à la Reine sur leur dernier LP), avant de glisser sur de l’alternatif adouci qui s’amuse beaucoup à transposer le langage d’un STONE TEMPLE PILOT dans un idiome de magazine pour adolescents d’aujourd’hui (« Girl »). De la belle ouvrage donc, et des chansons calibrées à la note près, pour ne pas sonner trop abruptes, mais assez rugueuses pour ne pas s’aliéner le public le plus déchaîné (« Run Away »). On pense aussi à un AOR nordique délocalisé à Chypre et expurgé de sa préciosité, substituée par des accès Bluesy banalisés (« You Don’t Own Me »), mais à vrai dire, on ne pense pas à grand-chose, et on se contente d’apprécier, que l’ambiance soit intimiste et feutrée (« Sometimes », un peu forcé mais juste assez sucré), ou jumpy et propice à une fête gentiment dévergondée (« Take Me Away », pas vraiment Rock, mais un plaisir coupable facile à assumer). Mais le résultat est là, et grâce au soutien d’un label de la trempe de Mighty Music, les MINUS ONE seront enfin à même d’exploser sur la scène internationale, faisant trépigner les foules et transpirer à la cool. Les plus aigris parleront de fast-food music, et les moins complaisants de Hard-Pop plaisant, mais peu importe les étiquettes, puisque Red White Black se fait un malin plaisir de les décoller.     


Titres de l’album :

                         1. The Greatest

                         2. How Does It Feel

                         3. Red Black White

                         4. Girl

                         5. Psycho 5

                         6. Nothing For Nothing

                         7. Run Away

                         8. The Other Side

                         9. Take Me Away

                        10. Sometimes

                        11. You Don’t Own Me

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par mortne2001 le 21/12/2018 à 17:04
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