La trajectoire de Max Cavalera pourrait emprunter les chapitres du volume de l’anthologie « Le Sublime et le Grotesque », dirigé par Jan Miernowski, en ce sens que l’homme, le musicien, a touché au sublime avant de sombrer dans le grotesque d’une pantalonnade échevelée en quelques mois seulement. Il fut la victime intègre d’une chasse aux sorcières en se faisant éjecter de son propre groupe par Andréas Kisser, alors au sommet de sa gloire et aux chiffres de vente enfin impressionnants, devenant de fait le martyr de sa cause, alors même qu’il l’était lui-même. Et puis, par facilité, par absence de lucidité, il a fini par sombrer dans l’abime de la légèreté en s’adonnant aux joies de l’Adidas Metal, comme le nommaient ses détracteurs, en fondant l’entité hautement dispensable SOULFLY, qu’il se plut à désigner comme sa nouvelle tribu, alors même que certains des musiciens la composant n’était que de passage. En gros, l’homme avait perdu son aura, et se retrouvait dans le caniveau des anciens superhéros, cherchant sa gloire d’antan au travers de sonorités un peu trop jeunes pour lui, qui avait inventé, propagé, et fait évoluer le Thrash sud-américain comme personne avant. Perpétuellement affublé de dreads emmêlées susceptibles de coller la chair de poule à n’importe quel sans-abri jamaïcain en perdition de shampoing, collés dans ses treillis d’une propreté douteuse, le musicien épouvantail cherchait désespérément une porte de sortie pour tenter de regagner un peu de crédibilité, et c’est certainement cette quête, et son désir de se rapprocher de son frère après des années de brouille qui l’ont poussé à fonder l’entité familiale CAVALERA CONSPIRACY, pour un retour à ces fameuses « racines » qu’il avait tant hurlées.

Et admettons les faits tels qu’ils furent et sont. Ce groupe, au départ simple récréation, a réussi la gageure de devenir majeur au travers des années, au point de représenter actuellement la seule alternative viable à un SEPULTURA qui fait pourtant tous les efforts du monde (et y parvient). Et depuis le sacro-saint Pandemonium, publié il y a trois ans qui avait rallumé la mèche, beaucoup en attendent autant d’un duo capable de produire une musique brutale, âpre, sauvage, et non polie aux entournures, histoire de pouvoir sniffer à nouveau les effluves de Belo Horizonte. Mais l’idée de Max était encore plus poussée, sans que nous le sachions. Il voulait vraiment revenir à une forme de Thrash très brute, très authentique et pas seulement en volutes, pour rappeler à un monde qui l’avait oublié quel musicien et compositeur il avait été.

De fait, Psychosis ne vous fera pas plus jumper qu’un LP de SLAYER enregistré même à la va-vite. Il est l’extension logique de son prédécesseur, et en reprend peu ou prou les mêmes recettes, en poussant son paroxysme à fond. Certes, on y retrouve quelques arrangements parfois gênants, mais globalement, ce quatrième longue-durée pourrait représenter l’acmé d’une renaissance que nombre d’entre nous espéraient. Ou pas, mais elle est là, et cet album est méchant, sombre, pas si facile qu’il n’en a l’air sur ses premières mesures, et surtout, empreint d’une nostalgie qui ne se contente pas de regarder vers le passé, mais qui l’incruste dans le présent, pour le meilleur, mais pas pour le pire. Et ça, c’est déjà une sacrée réussite en soi. On pourrait même croire parfois à des morceaux échappés de l’âge d’or, particulièrement lorsque les frangins se souviennent de « Escape To The Void » sur « Crom », au moins l’espace d’une rythmique aplatissante et d’un riff glauque comme une fausse romance. Mais celle qui les unit est de famille, et non incestueuse, même si les rapports amour/haine entre eux pourraient laisser supposer d’une complexité de sentiments un peu alambiqués. Mais Psychosis n’a été créé ni pour expliquer, ni pour justifier. Juste pour jouer l’une des musiques les plus sales, en écho de victoires d’antan qui remontent à la surface pour mieux nous entraîner dans l’abysse de leur ressentiment. Car il y a un temps pour tout. Railler, et admirer. Nous n’en sommes pas encore là, mais osons le dire une fois pour toute.

Les frangins Cavalera sont définitivement (ou, je l’espère) de retour.

Pour faire simple et cesser là toute analyse psychologique en thérapie familiale de comptoir, admettons que ce quatrième LP enregistré par Arthur Rizk et masterisé par Joel Grind (TOXIC HOLOCAUST) refuse tout effet de manche, et multiplie les clins d’œil à la vie, l’œuvre, et la trajectoire affective de son musicien principal. A l’heure ou GODFLESH remet le couvert pour une nouvelle œuvre qu’on pressent traumatique, il n’est pas incongru de tomber sur une piste aussi profondément Indus que « Hellfire », qui rappelle au passage aux plus étourdis que fut un temps, Max fricotait avec la scène via son projet commun NAILBOMB, fondé avec Alex Newport, de FUDGE TUNNEL. Ou bien, en savourant les sonorités dissonantes de « Judas Pariah », et ses subtils arrangements déviants à la Kisser venus se fracasser sur une des rythmiques les plus impitoyables de frangin Igor, qui frappe comme un damné et réussit à faire passer « Primitive Future » pour une jam tranquille au fin fond d’un garage, une fois les muscles tétanisés. Brutalité, méchanceté, gravité, tels sont les maîtres mots d’un album qui pour une fois, refuse la facilité en l’acceptant comme héritage. Il est en effet impossible de ne pas voir en Psychosis une volonté de retrouver les sensations éprouvées durant les années 80, lorsque l’extrême était encore balbutiant, et que chaque tentative un peu trop poussée était vilipendée par une presse spécialisée pas encore habituée à se voir bousculée. Ainsi, en choisissant de démarrer l’aventure par un « Insane » aussi cathartique que franc, les frères ont sciemment choisi l’honnêteté d’une sauvagerie assumée pour nous prendre de face, sans chercher à nous faire oublier leurs travers. Ces travers sont de moins en moins nombreux, même si on en trouve trace sur la seconde partie du LP, qui pourtant très intelligemment parvient à modérer sans altérer sa moitié miroir en optant pour quelques digressions plus abordables. Celle tribale/Indus de « Psychosis », qui peut rappeler les errances les plus irritantes de SOULFLY aux plus pointilleux, mais qui pourtant offre un bol d’air frais bienvenu, surtout avant le final sadiquement homérique de « Excruciating » qui pose sans ambages le constat suivant :

Max s’est souvenu de la meilleure façon de manier son médiator pour saccader des riffs de ténor. Et ça, excusez-moi du peu, mais ça en dit long, très long.

A l’heure où les groupes semblent renifler le cul des anciens pour en extirper l’odeur la plus putride mais crédible, ces mêmes anciens leur donnent une leçon. Max n’a pas oublié non plus qu’on qualifiait son groupe principal de sous-SLAYER à l’époque SEPULTURA, et se venge à sa façon, en enregistrant le meilleur album de SLAYER depuis Divine Intervention qui n’en soit pas un. Alors, certes, ses lyrics sont toujours aussi prévisibles, mais au moins il ne nous refourgue plus de « tribe » toutes les deux mesures. Certes, quelques trucs par ci par là sentent le pilotage automatique, comme ces thèmes sur « Impalement Execution » qu’on accepte parce les arrangements sont quand même soignés, et puis après tout, une fois avalée la haine viscérale de « Terror Tactics » qui renvoie tous les apprentis old-school thrashers dans des cordes qu’ils n’auraient jamais dû quitter, je peux considérer justement qu’on est quitte. Un solde de tout compte, un réveil un peu plus brutal, une confirmation/infirmation ce Psychosis.

Non, c’est beaucoup plus simple que ça. Il n’est rien de plus ni de moins que l’album de Thrash qu’on attendait de Max et Igor depuis des décennies. Et le meilleur de cette fin d’année. Après le grotesque, vient le sublime, toujours, souvent, parfois. Nous ne l’avons pas encore atteint, mais sait-on jamais. Les lionnes blessées sont toujours les plus dangereuses…


Titres de l'album:

  1. Insane
  2. Terror Tactics
  3. Impalement Execution
  4. Spectral War
  5. Crom
  6. Hellfire
  7. Judas Pariah
  8. Psychosis
  9. Excruciating

Facebook officiel


par mortne2001 le 07/12/2017 à 14:53
80 %    286

Commentaires (4) | Ajouter un commentaire


Tranbert
membre enregistré
07/12/2017 à 15:02:47
Je le trouve pas mal cet album, rien de transcendant mais pas mal. Désolé tes chroniques sont super bien écrites, mais beaucoup trop longues. J'arrive pas a les lires en entier, je lis en diagonale pour y capter l'essentiel. Je critique pas, je te donne juste mon ressenti. C'est super cool de ta part de faire ce taf. Je dois être trop fainéant et le blanc sur noir de l’écran n'arrange rien.

mortne2001
membre enregistré
07/12/2017 à 18:37:34
Je te rassure j'accepte la critique :) Et puis tu es loin d'être le premier à me dire ça en plus, mais je suis un indécrottable bavard à l'écrit. Je vais essayer d'apprendre à être plus concis. Et éviter, comme par le passé, certaines chroniques de 6 pages :)

alan
@78.192.38.132
07/12/2017 à 20:59:26
Le meilleur album des Cavalera depuis Arise

Tranbert
membre enregistré
08/12/2017 à 09:25:57
Merci Mortne pour ton ouverture d'esprit. Vraiment tu as une belle plume mais c'est vrai que pour une chronique ce n'est pas toujours adapté. Après fais toi plaisir, tu n'as de compte à rendre à personne. Tu fais un boulot énorme. Au plaisir de te lire ;)

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plutot death que thrash. definitivement


mème chose on est loin du 1er album (ah jeunesse)....


Un côté très old school, et autant proche du thrash que du Death.

Morceau sympa, j'attend un peut mieux du reste.


Ah ah ah !
Ouais merde... Putain, je pensais pourtant avoir fait "le tour de la question"...

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