Sever Sacred Light

Petrification

09/02/2024

Svart Records

Je ne vois vraiment pas quelle bonne raison pourrait nous pousser à refuser de chroniquer une sortie Svart Records. Depuis des années, le label finlandais s’est taillé une réputation de chasseur de têtes précieuses, en fouinant dans les recoins Death, Black, Avant-Garde, expérimental, Progressif ou Punk. Largement de quoi nous satisfaire, chacune de leurs productions étant fatalement intéressante. Et en sachant en plus que le groupe du jour est un transfuge de Sentient Ruin, l’attention est à son maximum.

Et à raison.

PETRIFICATION cumule tous les green flags. Portland, Oregon, Svart Records, et un Death sale, cryptique, grognon mais terriblement inventif, et perméable à quelques méchantes influences Doom. Largement de quoi se faire les dents sur un cadavre bien putréfié, et célébrer la confirmation du virus létal Hollow of the Void qui avait contaminé quelques organismes il y a…six ans.

L’attente fut longue, mais les américains reviennent aujourd’hui par la trappe en fonte de la fosse commune pour animer les enterrements les plus glauques. Première constatation, le quatuor n’a changé ni sa musique, ni son personnel. Voilà de quoi rassurer les fans, qui pouvaient craindre une dérivation et quelques défections eu égard au laps de temps écoulé entre ces deux réalisations. Le passage de Sentient Ruin à Svart n’a donc pas vraiment eu un grand effet, si ce n’est en termes de qualité, puisque Sever Sacred Light pourrait bien être le meilleur album de Death sale de ce premier trimestre 2024.

PETRIFICATION incarne toujours cet esprit pionnier du Death américains des années 80/90. Ce son abrasif et crado, ces tripailles qui pendent d’une guitare en manque de bidoche, et cette rythmique en coup de fusil qui malmène les reins et brise des coccyx. Une sorte de compromis trouvé entre AUTOPSY, PUNGENT STENCH et FUNEBRARUM, soit la quintessence de la puanteur des égouts de villes où les cadavres s’amoncèlent dans l’indifférence générale.

Mais il faut mériter la caution Portland. Après tout, la ville jouit d’une réputation si maculée de boue qu’il en devient impossible de l’évoquer sans avoir un arrière-goût de cire humaine dans la bouche. Et sous cet aspect-là des choses, le quatuor (Nukes – basse, Mario Thunder – batterie, David Pruitt – guitare et Jason Barnett – chant) a respecté le niveau de qualité de sa ville d’origine, en se souvenant des exactions britanniques de BOLT THROWER, et des remugles épais d’INCANTATION, sans jamais avoir besoin d’en rajouter dans le suintant qui tâche les pansements.

En découle un album extraordinaire de méchanceté et de saleté. Sever Sacred Light ressemble à ces vieux pipelines en détresse qu’on retrouve en périphérie des mégapoles, et qui dégoulinent d’excréments, de liquides plus que douteux, drainant les quelques espoirs mort-nés d’une population résignée. En abordant l’album par sa face nord et « Twisted Visions of Creation », on comprend rapidement que malgré cette mélodie d’intro, le voyage va être des plus rudes. Immédiatement, les riffs gras et le feedback envahissant débordent de la casserole, et ce Death suppurant à l’arrière-goût de NOLA nous rappelle un cousin attardé des EYEHATEGOD et autres CROWBAR, sans les tics bluesy gardés à l’arrière-du pick-up. L’affiliation avec AUTOPSY étant plus que criante, il est évident dès le départ que seuls les amateurs d’immondices se rouleront dans la fange de leurs désirs, et ces sonorités qui accrochent l’oreille comme un morpion les burnes donnent dans le trauma immédiat.

Ce qui signifie évidemment, que nous sommes entre gens éduqués.

Car PETRIFICATION n’a rien perdu de son aptitude à brasser les courants pour agrémenter sa torture audio. Avec un nombre conséquent de breaks, de dérivations harmoniques, de silences inquiétants et d’accélérations impromptues, ce deuxième longue-durée offre le visage le plus lépreux d’un Death des cavernes, mais à la technique affutée. Les quatre musiciens savent jouer et aiment ce qu’ils font, ce que cette énorme basse graveleuse et cette guitare sans artifices soulignent avec justesse.

Incroyablement rythmé, chaloupé comme les hanches d’une texane obèse en pleine crise existentielle, Sever Sacred Light est un modèle du genre. Un passage en revue de tout ce que le Death floridien et suédois ont pu offrir de plus cradingue et obscur, le tout mouliné gros morceaux pour que les chansons restent en travers de la gorge. On pourrait même penser que MORGOTH et OBITUARY ont partagé des faces entre deux histoires de fesses, tant la Floride et l’Allemagne cohabitent tout au long du tracklisting.

Cette livraison est tellement recommandable, qu’on en vient rapidement à se rejouer ses titres préférés, pour en apprécier à nouveau chaque détail. Un monolithe funeste de la trempe de « Sepulchral Lesions » justifie à lui seul cette procession funéraire, avec son mid tempo martelé sur les parois d’un caveau, et ses chœurs qui donnent dans le sinistre avant qu’un gigantesque riff doomy ne s’abatte sur nos têtes.

Aucune perte d’inspiration, aucune baisse de régime, et de la variation dans l’abomination. Et sans vouloir utiliser une formule trop définitive eu égard à la fraîcheur (relative) de cet album, je pense qu’on peut l’aborder comme le fils bâtard de Slowly We Rot et Severed Survival.

Tout le monde ne sera pas d’accord avec moi, mais tout le monde sera obligé de reconnaître que cet album schlingue la mort et la pourriture par tous les pores. Humez, humez, et dégobillez. Mais serrez les dents pour garder les plus gros morceaux.  


 

Titres de l'album :

01. Twisted Visions of Creation

02. Oneiric Obscurum

03. Temporal Entrapment

04. Cadaverous Delirium

05. Sepulchral Lesions

06. Seething Cosmological Dread

07. Transmissions of the Unseen

08. The Hourglass Dissolves


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par mortne2001 le 23/04/2024 à 17:23
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