Petite séance de rattrapage pour un album sorti en mai 2019, dont j’avais bien l’intention de vous parler mais qui a échappé à ma vigilance. Mais comme mieux vaut tard que jamais selon l’adage, et juste avant que l’année ne se termine, je lui consacre ces lignes qu’il mérite amplement…Pour les moins concernés par l’affaire ALLIANCE, ce nom évoquera une bague que l’on glisse au doigt de sa promise le jour J devant l’autel, ou éventuellement avec une adaptation orthographique, une compagnie spécialisée dans les énergies renouvelables… Mais les puristes de la cause mélodique sauront que ce patronyme représente tout autre chose, une sorte de supergroupe né il y a fort longtemps aux Etats-Unis, et regroupant des pointures du genre…Car ALLIANCE, c’est une vieille histoire musicale, et une très ancienne histoire d’amitié entre une poignée de musiciens, une histoire qui trouve son origine au Wolfgang de Bill Graham, dans les années 80 lorsque plusieurs cadors de la scène Rock US se sont mis en tête de monter un nouveau projet, les leurs tombant plus ou moins à l’eau, à cause de ce bon vieux Sammy Hagar rejoignant pour la postérité VAN HALEN. David Lauser, son batteur, décida alors de voler de ses propres ailes, et en compagnie de Gary Pihl et Alan ‘Fitz’ Fitzgerald des NIGHT RANGER, se rendit à un show du groupe de Robert Berry, celui-là même qui fit partie du légendaire 3, aux côtés de Cozy Powell (un seul album à l’époque, To The Power Of Three, qui reste un des sommets de Pop Progressive de l’époque…). Ce genre de récréation étant monnaie courante dans le monde du Rock, le projet aurait pu rester à l’état embryonnaire, les grands instrumentistes étant assez versatiles en termes de concept. Sauf que l’aventure allait durer beaucoup plus longtemps que n’importe lequel de ses participants n’aurait pu l’imaginer, et c’est ainsi qu’en 2019, le projet ALLIANCE est toujours debout, affichant une carrière que bien des groupes « légitimes » pourraient et devraient lui envier…

En 2019, pas grand-chose n’a changé, puisque Robert Berry (chant, basse et claviers, 3, GTR), Gary Pihl (guitare, BOSTON, Sammy HAGAR) et David Lauser (batterie, SAMMY HAGAR AND THE WABORITAS) sont toujours fidèles au poste, et certainement conscients d’avoir suscité quelques frayeurs chez leurs fans les plus Hardcore. En effet, leur association de bienfaiteurs n’avait pas donné signe de vie depuis plus de onze ans, après avoir été d’une productivité régulière. Cinq LP en dix ans, pas mal pour un simple projet annexe, et c’est ainsi que Bond of Union (1996), Alliance (1997), Missing Piece (1999), Destination Known (2007), et Road to Heaven (2008) se sont succédés pour le plus grand plaisir des amateurs de Rock mélodique, avant que le groupe ne disparaisse corps et harmonies, sans autre explication. Imaginez donc la surprise des fans lorsqu’en 2019 sortit enfin cet inespéré Fire and Grace sur Escape Music, qui battait enfin le rappel des anciens héros bien décidés à reconquérir leur royaume. Quel royaume ? Celui d’un AOR de très grande qualité, tirant la plupart du temps sur un Hard Rock agressif mais harmonieux, soit la recette la plus efficace pour ne pas sombrer dans la mièvrerie inhérente au genre. Mais avec le background de tels musiciens, impossible de craindre le moindre faux pas, et c’est donc sans surprise que Fire and Grace se présente sous un jour très flatteur, et se montre à la hauteur pour rompre cette décade de silence que leur absence a rendu difficilement supportable. Dix ans, c’est long, très même, spécialement en termes de productivité, et il semblerait que les trois anciens compères l’aient très bien compris. Ils ont donc placé la barre très haute, au fait de l’actualité, et du nombre conséquent de musiciens américains et suédois qui ont tenté de ravir la couronne promise aux meilleurs, avec panache et persuasion. Mais on n’apprend pas à un vieux singe à sourire à pleine dents, et les treize nouveaux morceaux d’ALLIANCE sont autant de promesses d’amour, de vœux d’engagement réitérés à l’égard d’un public fidèle qui ne les a jamais oubliés, et surtout, un extraordinaire résumé de leur parcours en un peu moins d’une heure, sans trahir les dogmes, mais en s’adaptant à l’air du temps, de plus en plus exigeant.

Si vous n’avez jamais posé vos oreilles sur l’un des albums du groupe, mais que vous êtes plus ou moins coutumier des traditions en vogue dans le Hard Rock mélodique et l’AOR, vous allez sans doute penser être capable d’anticiper tout ce qui vous attend sur Fire and Grace. Mais je ne saurais que trop vous conseiller d’aborder cet album avec quelques informations en tête. D’une, qu’il a été élaboré par des instrumentistes n’étant pas nés de la dernière pluie, et qui ont connu les frimas du Hard Rock des années 80, versant esthétique et technique. De deux, que les dégoulinades sentimentales ne sont pas forcément leur tasse de thé, qu’ils préfèrent épicé et débordant de Rock. Pour vous en convaincre, tendez donc vos oreilles sur la petite merveille qu’est « The Real Thing », le genre de morceau que DEEP PURPLE aurait pu proposer dans les eighties sur des albums comme Perfect Stranger ou House of the Blue Light. On y retrouve en effet cette utilisation de l’orgue en soutien d’une guitare bluesy et rageuse, ce chant profond si symptomatique de Ian Gillan, et cette transposition de canons des seventies aux désidératas d’un public avide de de modernisme. Et avec un petit effort, et en enchaînant avec le survolté « Reason to Walk Away », vous comprendrez aussi que ces mecs, de la même génération ou presque que les BOSTON et REO SPEEDWAGON connaissent toutes les ficelles d’un Hard Rock mélodique n’ayant pas cédé aux sirènes de la facilité, et toujours capable de trouver l’équilibre entre harmonies séduisantes et guitares mordantes. Difficile de croire à l’écoute de ce disque débordant d’énergie qu’il a été enregistré par des musiciens ayant commencé leur carrière il y a plusieurs décennie, tant l’ensemble sonne frais et dispo…On y sent des traces de passé, celui de GTR et 3, mais aussi un peu du VAN HALEN le plus énergique, mais tout est admirablement bien résumé par « Don’t Stop the Wheel Turning », l’attaque hard & smooth dont ce genre d’album avait impérativement besoin.

La guitare justement, celle de Gary, sonne plus affutée que jamais, et pas vraiment décidée à se laisser noyer sous des vagues de synthé gluant. Ses riffs sont tranchants, et s’adaptent aux volutes de Robert, dont la voix n’a rien perdu de sa flamboyance…Ce qui nous donne de courtes tranches de vie de Rock mélodique (« Good Life »), mais aussi des évolutions plus progressives et sensibles, dont le feeling sincère permet d’alléger une rythmique qui n’a pas oublié l’importance de LED ZEP (« Uncertain »). Difficile dans cet étalage de capacités sidérantes de pointer un morceau plutôt qu’un autre, puisque outre leur qualité, c’est leur diversité qui étonne, et nous épargne le côté stérile de bon nombre de réalisations du cru. Le point fort de ce sixième LP, à l’instar des cinq premiers, est d’avoir traité l’AOR comme du Rock et non une soupe radiophonique juste bonne à souligner le générique d’une sitcom familiale, et entre les éclairs violents de « Fire and Grace », et la souplesse romantique de « Change of Heart », toute la palette est utilisée pour remplir le tableau, sans le surcharger, mais en lui offrant les bonnes couleurs au bon endroit. Et « You Are the Heroes » de sa rythmique positive et de ses harmonies un peu nostalgiques de nous ramener à l’époque où les labels Frontiers et Escape n’existaient pas encore, mais où les musiciens savaient déjà gonfler leur musique sans lui faire perdre de son potentiel de séduction. Plus de dix ans d’absence pour un retour en carton plein, et ALLIANCE de prouver que le talent n’admet pas les contraintes des années, et que patience et longueur de temps font plus que force et rage. Un must.  


Titres de l’album :

                        1. Don’t Stop the Wheel Turning

                        2. Good Life

                        3. Uncertain

                        4. I’ll Have Some of That

                        5. Fire and Grace

                        6. Raise Your Glass

                        7. Time

                        8. Real Thing

                        9. Reason to Walk Away

                       10. Fast Forward to Last Night

                       11. Change of Heart

                       12. The Same

                       13. You Are the Heroes

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par mortne2001 le 02/01/2020 à 17:37
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