Le mélange Metal et Hardcore a toujours été une source d’inspiration pour les musiciens desdits genres, et ce depuis l’avènement du Hardcore. Que ce soit les Thrasheux avec le Crossover et les groupes que nous connaissons tous maintenant (SUICIDAL TENDENCIES, DRI, MUNICIPAL WASTE…), le Metalcore et ses différentes vagues depuis le début des années 90 (de ALL OUT WAR à ARCHITECTS en passant par POISON THE WELL ou UNEARTH), ou encore le Metallic Hardcore avec une bonne flopée de groupes de qualité qui ont émergés depuis fin 2000 début 2010 (PULLING TEETH, BITTER END, TAKE OFFENSE…), il y en a pour tous les goûts. Nous ne parlerons pas du Deathcore qui, même s’il contient son lot de pépites (OCEANO, WHITECHAPEL), tourne beaucoup, ces dernières années, autour de l’apprentissage du code binaire. Toutefois, tous les groupes cités dans le vulgaire name dropping ci-dessus, à part pour le Crossover, n’existeraient certainement pas dans la forme que nous connaissons sans le groupe dont nous allons parler aujourd’hui, je veux bien sûr parler, de INTEGRITY

29 ans que Dwid Hellion nous agresse de ses sévères vocalises, rendant la frontière entre les 2 styles dont nous parlons aujourd’hui toujours plus floue, même si la base de la base du groupe reste le Hardcore le plus cru et direct possible. Le Holy Terror Hardcore, voilà la marque de fabrique du combo. Un style sombre, apocalyptique et violent à base de breaks rampants et assommants, de mid-tempo galopants et de solo à faire s’extasier d’admiration aussi bien Dave Murray que Kerry King. Ajoutez à cela un son gras très métallique, et vous obtenez ce groupe légendaire, influent et, malheureusement, assez peu connu qu’est INTEGRITY. C’est pourtant une discographie très fournie et de très grande qualité que nous propose INTEGRITY, sur laquelle je vous conseille fortement de vous pencher si vous ne connaissez pas le groupe. Humanity Is The Devil, Seasons In The Size Of Days,To Die For, autant de titres ouvertement désespéré et haineux à découvrir, et ce n’est pas Howling, For The Nightmare Shall Consume qui dérogeras à la règle, en tout cas dans la théorie, car dans la pratique, cet album est un énorme pied-de-nez aux fans qui ne s’attendaient pas à une telle surprise.

Pour son 12èmealbum (quand même), Dwid Hellion change encore son line-up, passage obligé, et s’entoure désormais de Domenic Romeo à la guitare et à la basse, guitariste du regretté groupe PULLING TEETH, mais aussi l’homme derrière A389 Recordings, ainsi que Joshua Brettel, batteur du groupe de Death / Doom / Crust ILSA. Si l’artwork de Dwid Hellion, inspiré par des œuvres du XIXème siècle, peut déjà être considéré comme le plus beau de tous leurs albums, la présence de Domenic Romeo à la composition est autrement plus encourageante quand on connaît le travail de ce dernier, et n’augure que le meilleur pour les 47 minutes qui viennent. Embarquons donc tous ensemble dans ce voyage cauchemardesque où règne une religion extrémiste et dépravée, où les prophéties occultes côtoient l’annihilation, la maladie et l’odeur du souffre, tout cela dans un futur où l’humanité n’est plus rien, car elle se trouve dans les derniers jours de l’Apocalypse. Joie.

47 minutes pour un album d'INTEGRITY, c’est beaucoup. En effet, sur les 11 morceaux de l’album, 4 culminent à plus de 6 minutes, ce qui est assez inhabituel pour du Hardcore vous en conviendrez, mais vous allez vite comprendre que nous ne sommes ni face à un album de Hardcore classique, ni même face à un album standard d'INTEGRITY. Tout le long du CD, Dwid Hellion et l’incroyable Domenic Romeo vont s’efforcer de briser la fameuse frontière Metal / Hardcore dont je vous ai parlé en début de chronique, pour accoucher d’un hybride parfait des 2 styles si cher aux membres, la quintessence même du mix Heavy Metal et Punk Rock.

On peut diviser l’album en 3 parties : une première partie particulièrement belliqueuse et rapide aux multiples influences, puis une 2èmepartie aux musiques plus longues et atmosphérique mais pas pour autant moins violente, et enfin une dernière partie qui fait office de conclusion, comme une synthèse de la violence d'INTEGRITY et de toutes les expérimentations qu’ils ont pu faire sur cet album.

Commençons par la 1ère partie donc.  Dès le début de l’album, l’apocalyptique intro  "Fallen To Destroy" nous emporte dans le vif du sujet grâce à ses trémolos aiguisés, pour partir au quart de tour sur la très Black Metal "Blood Sermon". Voilà, première musique, et Dwid nous prends déjà à contre-pied. Si l’on peut être étonné par le début de l’album, ce n’est rien à côté de ce que vous allez entendre par la suite. Du Doom Metal, du Heavy Metal, du Hard Rock, les gars s’amusent tels des petits chimistes à prendre le contenu d’un genre pour le verser dans le Hardcore pour voir ce que cela donne, sans jamais que le concept ne leur échappe des mains. Car après 2 morceaux plutôt classique mais diablement efficace, c’est au tour de "Die With Your Boots On" de clôturer cette première partie. Toujours avec cette frénésie propre à INTEGRITY, ces derniers rendent hommage au Heavy Metal et à IRON MAIDEN, vous l’aurez compris, en créant ce morceau qui fait ressortir le meilleur des 2 styles, surtout dans ce final tout en sing along guerrier.

C’est donc la 2ème partie qui commence désormais, et ce sont 3 morceaux lancinant de 7 minutes de moyenne qui s’enchaînent. Je ne vais pas vous parler des 3 morceaux, il faut bien vous laissez la surprise de la découverte, mais sachez qu’en l’espace de ces 3 pistes vous aurez droit à des inspirations neo-classique, du Doom Metal désabusé, et une longue plainte Apocalyptique. N’allez pas croire que pour autant cette partie est morne et déprimante, au contraire, les gars savent quand accélérer le pas, ou quand varier un poil leur ambiance pour vous donner un sentiment de triomphe dans la défaite grisant.

L’album se termine donc sur cette 3ème et dernière partie. Si cette dernière part en trombe avec "Burning Beneath The Devil’s Cross" qui reste dans le style classique d’INTEGRITY, ce n’est pas le cas de "String Up My Teeth" qui remporte sans conteste la palme de la piste la plus surprenante de tout l’album. La première écoute de ce morceaux très rock’n’roll ne se fait pas sans un haussement de sourcil une fois que le chant féminin du refrain se fait entendre, surtout les plus aigus, mais une fois le stade de la première écoute passé, vous vous surprendrez à reprendre ces chants féminins même dans un bus bondé en heure de pointe. C’est enfin le titre éponyme qui clôture cette épopée en terre inquisitrice, sur 6 minutes de Hardcore rampant et ténébreux, ainsi qu’un final triomphant et guerrier qui nous ferais presque lacher une larme. Rideaux.

Vous l’aurez compris, cet album est extrêmement riche et maîtrisé.

D’une part car le travail de Domenic Romeo sur cet album est fantastique. Si dans INTEGRITY le mot d’ordre, en ce qui concerne les guitaristes, a toujours été de briser la frontière entre le riff et le solo, Domenic Romeo est certainement celui qui aura réussi à le plus nous faire tourner la tête, mais aussi celui qui aura fourni les plus beaux solos du groupe, à commencer par "Serpent Of The Crossroads". C’est dans cette piste que Domenic montre tout son potentiel ; que ce soit dans le riff d’ambiance qui accompagne Dwid, ou bien le solo néo-classique enragé du milieu de morceau, tout est parfaitement cohérent.

Mais d’autre part, ce qui fais que nous ne somme pas perdus lors de l’écoute de cet album d’INTEGRITY, c’est Dwid. Déjà, si cet album baigne dans le champ lexical de la religion, ce n’est pas pour rien, Dwid raconte vraiment une histoire dans cet album, celle que je vous ai brièvement contée en fin de présentation du groupe. Mais c’est bien évidemment grâce à la voix de Dwid que nous pouvons garder nos repères, car sa voix reste la même depuis le début du groupe, un chant bien rugueux et agressif qu’il est le seul à avoir. Ce ton est le mortier de chaque morceau qui nous rappelle, au cas où quelqu’un l’aurait oublié, que oui, nous sommes bien dans un album d'INTEGRITY.

Si vous avez peur d’écouter cet album et de tomber sur de vulgaires parodies de W.A.S.P., DARKTHRONE ou JUDAS PRIEST, soyez rassurés. Ici, INTEGRITY, nous livre son meilleur album depuis To Die For (2003), voir Seasons In The Size Of Days (1997), 2 albums du groupe devenus cultes. Car ce n’est pas juste un excellent "come-back" d’un des groupes les plus oubliés de l’histoire du Hardcore, mais il s’agit d’une œuvre majeure réunissant le Metal et le Hardcore sous une même bannière. Bien sûr l’album comporte des défauts, comme cette 2ème partie qui semblera très certainement trop longue pour certain, pouvant même casser le rythme. Que vous aimiez un style ou l’autre, vous devriez aimer cet album pour son urgence, sa mélancolie et sa barbarie. Il est fort probable que cet album finisse dans la catégorie des « chefs d’œuvres injustement méconnus » du Hardcore, mais ce serait passer à côté d’une potentielle pierre angulaire de notre musique ; ce moment ou les chemins ont arrêté de s’approcher de plus en plus sans jamais se rejoindre, pour enfin former un seul passage. Espérons encore au moins un album avec ce line-up, de la part d’un groupe qui, à l’aube de ses 30 ans, prouve que son nom est toujours justifié.

Tracklist :

  1. Fallen To Destroy
  2. Blood Sermon
  3. Hymn For The Children Of The Black Flame
  4. I Am The Spell
  5. Die With Your Boots On
  6. Serpent Of The Crossroads
  7. Unholy Salvation Of Sabbatai Zevi
  8. Reece Mews
  9. Burning Beneath The Devil's Cross
  10. String Up My Teeth
  11. Howling, For The Nightmare Shall Consume

Bandcamp

par Bocchi le 18/09/2017 à 16:00
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Très sympa, j'aime beaucoup !


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Merci pour le report, vieux Jus, ça donne presque envie :)
On se retrouve à DisneyHell en Juin


Exactement le même avis que toi concernant REVENGE et MGLA sur scène !
Pour le public amorphe, à mon avis il devait y avoir pas mal de Hollandais dans la salle :D !


La reprise Autumn Sun est de Deleyaman...le nom du groupe est mal écrit dans l'article ;)


Je te rassure : le "désormais" n'existe pas pour moi puisque je n'ai jamais aimé Korn et consorts (hormis durant ma prime adolescence... donc au temps jadis).


Par contre, Lisa, elle est malade ou quoi ? A la vue des vidéos sur YT, on dirait qu'elle a pris 30 kilos.


Merci pour ce papier, DCD fait partie des grands, et j'imagine les poils se hérisser aux sons de "Xavier" ou l'intemporel "Anywhere...". Ca a dû être de grands moments.


Ce qu'il faudra donc retenir de cette discussion de bon aloi entre Satan et JDTP, c'est que le terme Néo Metal (qui est effectivement une des influences flagrantes de ce groupe) est désormais perçu de façon totalement péjorative...
Intéressant non ?